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Avec l'avant-projet de Convention de l'UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, la culture s'apprête peut-être pour la première fois dans l'Histoire à faire son entrée dans les rangs grossissants du droit international.
L'ancienne ministre québécoise des Relations internationales, Louise Beaudoin |
Approuvé à Paris le 3 juin dernier par 127 pays présents, le texte fera l'objet d'un vote en vue de son adoption officielle au mois d'octobre, alors que se réuniront les 190 États membres dans le cadre de la Conférence générale de l'UNESCO.
Il faudra, à ce moment, obtenir un oui de la part des deux tiers de l'assemblée pour voir le document mis en vigueur.
Ayant milité pour son rejet lors du dernier round de négociations, les États-Unis, aussitôt le projet conclu, ont immédiatement et farouchement fait connaître leur opposition. La partie n'est donc pas encore gagnée pour ce qui est de la pérennité de l'accord.
C'est au cœur de cette parenthèse, intercalée entre deux dates clés, que s'est tenue à l'Université de Montréal en juin dernier une table ronde sur le sujet, sous les auspices du Cercle Jean-Monnet de la Culture, et dont la principale organisatrice était notre collègue au Journal, Myriam Jézéquel, présidente de cette nouvelle association.
Louise Beaudoin a du mal à saisir la portée de cet article une fois qu'on le met en parallèle avec certaines ententes bilatérales signées entre les États-Unis et des pays d'Amérique centrale, lesquelles couvrent des questions qui portent en tout ou en partie sur des enjeux à caractère culturel. En d'autres mots, se demande-t-elle au sujet de cette disposition, « est-ce un cas typique de la main gauche ignorant ce que fait la main droite? »
Selon Mme Beaudoin, le dispositif proposé constitue un « recul » par rapport à ce qui était prévu dans la mouture de texte précédente, et par rapport à ce qui était réclamé par les gouvernements du Québec et du Canada, c'est-à-dire un mécanisme « contraignant ».
Ivan Bernier, professeur, Faculté de droit de l'Université Laval |
Le texte est important, souligne l'universitaire : « Il offre une base pour maintenant, pour pouvoir discuter au plan international de cette thématique. » Il rappelle qu'avant cet accord, l'Organisation mondiale du commerce intervenait librement dans tous les secteurs d'activités, y compris dans le secteur des biens et services culturels.
La Convention n'est pas figée, fait d'ailleurs remarquer l'expert. « Il y a possibilité d'avoir des amendements et des modifications avec le temps. » De plus, une dynamique nouvelle pourrait s'enclencher si un certain nombre d'États croyant en ce traité et prêts à embarquer à fond dans l'aventure se liguaient pour faire fonctionner l'accord. « C'est un outil, la Convention, précise-t-il. Si on sait l'utiliser, elle permettra d'aller plus loin. »
Dans cette perspective, il n'est pas impossible d'envisager que les pays signataires puissent un jour en venir à refuser « de prendre des engagements susceptibles de nuire à la protection de la diversité des expressions culturelles ». Pour cela, prévient Ivan Bernier, il faudra de leur part un désir de créer des consensus. Cela s'avérera crucial.
Peter Leuprecht, directeur de l'Institut d'études internationales de Montréal |
Les Américains, s'interroge-t-il, tenteront-ils, par exemple, de saboter la Convention de l'UNESCO, comme cela semble avoir été leur intention avec le Tribunal pénal international pour le Cambodge, où, rappelle-t-il, ils ont conclu vraisemblablement dans cette optique des ententes bilatérales avec certains pays? « Est-ce qu'ils vont faire la même chose? » se demande l'ancien doyen de la Faculté de droit de l'Université McGill. Plusieurs questions se posent à cet effet. Chose certaine, pense-t-il, « il ne faut pas mettre de l'eau dans notre vin dans l'espoir de rallier les États-Unis » à cet accord.
« Nous assistons malheureusement, observe le juriste, à un développement schizophrénique du droit international. » Isolés qu'ils sont les uns des autres par une cloison étanche, des pans entiers de ce droit se développent actuellement dans plusieurs institutions. « Il y a tout le droit de l'OMC, constate-t-il. Il y aura le droit de l'UNESCO avec la Convention sur la diversité. »
Quant au dispositif de règlement des différends, il a le mérite d'exister. « Il est mieux que rien, formule-t-il. Mais il est faible. Il est décevant. Pourquoi peut-on avoir un mécanisme contraignant à l'OMC et pas dans le cadre de l'UNESCO? »
La grande question qui se trouve aujourd'hui sur la table, analyse Peter Leuprecht, est de savoir quelle logique prévaudra avec cet accord : la logique marchande ou bien, cette fois, la logique culturelle?
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