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Volume 37, no 15
Novembre 2005

Cure de rajeunissement pour les techniques juridiques

Rollande Parent

La cure de rajeunissement appliquée à la formation en techniques juridiques, dans trois cégeps et quatre collèges privés au Québec, constitue le moment idéal pour examiner les nombreuses tâches que ces techniciens peuvent abattre dans un bureau d'avocats et à maints autres endroits.

M<sup>e</sup> Martin Rondeau
Me Martin Rondeau

Il y a quelques semaines, la seconde génération d'étudiants en techniques juridiques est entrée dans les trois cégeps publics (Ahuntsic, L'Assomption et Garneau) ou les collèges privés (dont O'Sullivan, à Montréal; Bart, à Québec; Collège d'affaires Ellis, à Drummondville) où est offerte cette formation nouvelle manière.

Avocat formé en techniques juridiques
Un des principaux artisans du renouvellement du programme est Me Martin Rondeau qui, parallèlement à sa pratique de droit à Joliette, enseigne aux futurs techniciens juridiques au Cégep régional de Lanaudière, à L'Assomption. Il le fait depuis 13 ans. Et avant d'étudier en droit, il était passé par les techniques juridiques, au Cégep Ahuntsic. C'est dire qu'il connaît son sujet.

Consultation tous azimuts
Avec ces atouts en poche et un mandat du ministère de l'Éducation, désireux de mettre au goût du jour un programme mis en place en 1972, Me Rondeau a mené des consultations auprès des employeurs habituels, soit les avocats, les notaires, les administrateurs des palais de justice, les contentieux des ministères et les bureaux d'huissiers. Les représentants du Barreau, de la Chambre des notaires, de la Chambre des huissiers et du milieu de l'éducation y sont allés de leur contribution. A été en outre prise en compte l'opinion des techniciens juridiques en poste dans les palais de justice à titre de maître des rôles, d'officier de taxation des mémoires de frais, de percepteur des amendes, de préposé aux petites créances et au bureau de la publicité des droits. Une analyse détaillée de leurs tâches a permis d'identifier les habiletés requises pour les exécuter.

Des habiletés plus concrètes
En tout et partout, Me Rondeau a planché sur ce dossier pendant près de trois ans. Au terme de cet exercice, la décision s'est imposée : la formation des étudiants en techniques juridiques, d'une durée de trois ans, portera dorénavant sur l'acquisition de 18 compétences. Par exemple : interpréter un texte législatif sous supervision, rédiger des projets de procédure ou des contrats, exécuter des décisions (comme des saisies), faire le suivi des dossiers au pénal, faire la recherche de titres (pour les notaires), faire des recherches juridiques (pour les avocats).
« Dans l'ancien programme, la formation donnée aux techniciens juridiques s'apparentait à celle d'un étudiant en droit à l'université, quoique moins pointue, a signalé Me Rondeau. Nous avons retenu une approche technique, soit l'exécution d'une tâche, la rédaction de rapports ou encore l'exécution de recherches », a-t-il ajouté.

Une formation méconnue
La directrice du Cégep régional de Lanaudière, Carole Rivest-Turgeon, espère que la formation revue et corrigée facilitera la vie au technicien juridique lorsque viendra le moment de convaincre un employeur des énormes services qu'il peut lui rendre.
« Cette technique est mal connue », déplore celle qui entend remédier à cette situation en recourant un peu à la publicité et beaucoup à des rencontres d'information avec des groupes d'employeurs potentiels.

Passage obligé des huissiers
Tout n'est pas à faire. Des progrès ont été accomplis. D'autres sont prévisibles. Déjà, la Loi sur les huissiers exige que tout candidat désireux de passer l'examen de la Chambre des huissiers détienne un diplôme en techniques juridiques. Il s'agit là d'un bon petit coup de pouce. Quant au poste de greffier, pour l'heure, le diplôme est requis seulement dans les grands centres.

Débouchés variés
Même si les postes ne leur sont pas réservés en exclusivité, les techniciens juridiques se retrouvent nombreux dans les palais de justice, à titre de maître des rôles ou de préposé à l'accueil aux petites créances, entre autres fonctions.
Dans les grands bureaux d'avocats, ils sont nombreux. « Ils sont bien connus, et on leur réserve une bonne place », indique Me Rondeau, qui signale que dans un bureau de Joliette comptant sept avocats, on a vu l'intérêt d'avoir un technicien juridique. Il y est depuis plusieurs années.
Généralement, le technicien juridique — une femme trois fois sur quatre— gagne au départ de 25 000 $ à 30 000 $ annuellement.

Savoir tout faire
C'est le cas de Marie-Josée Aubin qui, après avoir travaillé dans divers bureaux de droit civil de la région de Joliette — à faire de la recherche, à écrire des procédures et des actions sur comptes —, est maintenant au palais de justice de l'endroit. Certains jours, elle est secrétaire d'un juge. D'autres jours, elle agit comme greffière autant à la Cour supérieure qu'à la Cour du Québec. Elle conseille en outre des citoyens désireux de déposer une réclamation à la Cour des petites créances. Elle aide aussi ceux qui contestent la réclamation.
Si c'était à refaire, Mme Aubin entreprendrait des études en techniques juridiques, sans hésitation. Cependant, après 12 ans dans le monde du travail, dont quatre au palais de justice, elle ne détient toujours pas de poste permanent.

Taux de placement
Selon une enquête menée en 2004 et à laquelle ont répondu quatre cégeps, sur 110 diplômés en techniques juridiques désireux de travailler, 89 avaient décroché un poste relié à leur formation six mois après la fin de leurs études (79 à plein temps, 10 à temps partiel), pendant que 15 autres travaillaient dans un secteur non relié et que six n'avaient pas d'emploi.

 

 
 

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