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Réflexion sur la gouvernance du Barreau

Claude Duchesnay, avocat

Il faudra mettre de côté les intérêts individuels au profit de la mission de l'institution. Tel est le leitmotiv de l'avocat Claude Béland, qui a reçu pour mandat de repenser la gouvernance du Barreau du Québec. Me Béland aura à conseiller l'ordre professionnel sur la marche à suivre pour rénover ses structures décisionnelle et administrative.

Cette réflexion sur la gouvernance pourrait conduire à une modification du partage des responsabilités au sein de l'Ordre, entre les différentes instances décisionnelles. De l'avis de Claude Béland, il faudra choisir entre « modifier les pouvoirs dévolus au bâtonnier, au comité administratif ainsi qu'au Conseil général, et ceux conférés au directeur général de l'institution ».

M<sup>e</sup> Claude Béland
Me Claude Béland

Claude Béland estime que cette réflexion sur la gouvernance fournit l'occasion de se demander s'il est dans l'intérêt du Barreau du Québec que la durée du mandat de son bâtonnier et des membres des différentes instances décisionnelles soit si courte (un an ou deux1). « Aucune entreprise ne peut se permettre de changer de direction chaque année, argue l'ancien président des Caisses Desjardins. Alors, pourquoi le faisons-nous ? Qu'est-ce qui le justifie ? »

Me Béland croit que la brièveté du mandat du bâtonnier a, par exemple, un impact sur la participation du Barreau aux grands débats de l'heure, en ce qu'elle ne permet pas d'accorder le suivi nécessaire au développement des dossiers de la justice auprès des instances gouvernementales.

« Barreau est une institution importante dans notre société, poursuit Me Béland. C'est une entreprise qui traite de dossiers complexes autant sur le plan juridique que sur le plan social. La société est fondée sur l'économie et sur la justice, et le Barreau est l'un des piliers de cette société. »

Cependant, contrairement à ce qui se produit au sein d'autres ordres professionnels, peu de bâtonniers se prononcent sur les grands débats de société. « Barreau du Québec est aussi souvent confondu avec les barreaux de section, remarque-t-il. En fait, la population et même certains avocats ne savent pas qui est le bâtonnier du Québec. »

« Nous sommes dorénavant plus interdépendants; ce qui se passe ailleurs dans le monde a un impact ici, poursuit Me Béland. Nous avons aussi assisté à de grandes vagues de rationalisation au sein d'autres entreprises ? je n'aime pas employer ce terme, car ces rationalisations ne sont pas toujours très rationnelles. Mais nous devons nous adapter à ces changements, travailler au développement et au rayonnement de notre mission, et mettre en place les structures nécessaires pour en assurer le suivi. »

La direction d'une entreprise doit pouvoir déterminer « ce qu'on veut » et préciser les enjeux. Le rôle de l'exploitation consiste plutôt à analyser « ce qui peut être fait » et comment ces objectifs seront atteints. Selon Claude Béland, « nous devrons décider si nous voulons un bâtonnier fort, qui aura les outils nécessaires pour cerner ces enjeux et assurer la continuité des projets mis de l'avant par le Barreau ».

La tâche du bâtonnier du Québec, ainsi que le temps et l'énergie qu'il investit dans la représentation régionale, nationale et internationale de l'Ordre sont considérables. À cet égard, Me Béland dit n'avoir pas connu beaucoup de bâtonniers qui ne se soient pas plaints de la lourdeur de la tâche à réaliser et de la courte durée du mandat. « Ils doivent faire le pont avec les programmes des bâtonniers précédents. Ils arrivent aussi en poste avec de grands projets qu'ils veulent ajouter, à leur tour, et ils ont à peine le temps de travailler sur quelques bribes de leur programme que déjà leur mandat se termine, et un nouveau bâtonnier arrive avec ses idées et ses objectifs. »

1 La tradition veut que le bâtonnier provienne tous les deux ans de la section de Montréal, en alternance avec la section de Québec et l'une des 13 autres sections. Pour leur part, les membres du Comité administratif sont élus pour un an (et rééligibles), et les membres du Comité des finances sont nommés chaque année.

 

 
 

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