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En indiquant les conditions de réouverture d'un accord de séparation, l'arrêt Miglin1 de la Cour suprême du Canada a du même coup montré comment rédiger ce document pour qu'il soit plus solide.
Au début de la quarantaine et alors qu'ils ont quatre enfants en bas âge, Linda Miglin et Éric Miglin concluent, au terme d'une difficile négociation, une entente de séparation dans laquelle la conjointe renonce à toute pension alimentaire pour elle-même. Un an et demi après le prononcé du divorce, les relations s'étant envenimées, Linda Miglin demande à la cour d'annuler sa renonciation à la pension alimentaire. Sa cause remonte jusqu'en Cour suprême du Canada, qui, en 2003, refuse finalement de modifier l'accord.
La juge Julie Dutil, de la Cour d'appel du Québec |
Pour rendre leur décision, les juges ont eu à se demander : quel poids faut-il désormais accorder aux ententes alimentaires entre conjoints, et quels critères faut-il appliquer pour décider s'il y a lieu de les modifier ?
Le résultat de leur réflexion a été expliqué par Mes Dominique Goubau, Marie-Josée Brodeur, Catherine La Rosa, lors d'une récente conférence organisée à Québec par la section de droit de la famille de l'Association du Barreau canadien et animée par la juge Julie Dutil, de la Cour d'appel du Québec.
Étant donné l'évolution de la conception d'obligation alimentaire entre époux au cours des dernières années dans la société et la jurisprudence, les juges considèrent qu'il faut maintenant accorder plus d'importance à la volonté des conjoints. Pour s'assurer que cette volonté s'est exprimée de manière satisfaisante et dans le cadre établi par la Loi sur le divorce, la Cour a élaboré un test en deux étapes.
En ce qui a trait au contenu, les juges ont à se demander si l'accord tient compte de l'essence de la Loi sur le divorce. « Plus la vulnérabilité était importante au moment de la formation de l'accord, plus l'examen du tribunal sera rigoureux à ce stade », font remarquer les conférenciers dans leur document de présentation.
Pour faire cette évaluation, « il faut se situer au moment de la demande de pension alimentaire ou de modification de la pension alimentaire », précise Me Goubau. La Cour suprême a donné une liste de changements qui ne peuvent pas être invoqués pour annuler une convention : les changements du marché du travail, les responsabilités parentales devenues plus onéreuses compte tenu de la difficile transition vers le marché du travail, les troubles de santé, la fluctuation de la valeur des actifs, la variation du prix des maisons, la progression ou le ralentissement économique d'une entreprise, le remariage d'une des parties, ou le choix de ne pas travailler.
Me Catherine La Rosa |
Cette liste de changements est illustrative et non exhaustive, prévient en entrevue Me Catherine La Rosa. « Cela montre à quel point il est difficile de modifier une convention », indique-t-elle.
Ce test en deux étapes s'applique à tout accord de séparation portant sur des aliments versés au conjoint, mais non aux accords portant sur les aliments payables aux enfants, car ils sont d'ordre public.
Il reste que les contrats de séparation ne peuvent jamais être à toute épreuve à cause des enjeux particuliers au droit de la famille, qui permet le débat quand les ex-conjoints se sentent lésés, a fait remarquer la juge Dutil à l'issue de la conférence. En mettant l'accent sur la volonté des parties, l'arrêt Miglin rend certes plus difficile l'annulation des conventions. Cependant, la juge Dutil conclut, reprenant les mots de Me Dominique Goubau : « Il reste encore des portes ouvertes. »
1. Dire au client de prendre le temps de réfléchir
Les conjoints ont beaucoup d'information à obtenir et à assimiler. Plus le temps passe entre la séparation et la signature de la convention, plus les allégations de pression perdent de valeur.
On a intérêt à mentionner :la période de négociation et le délai de réflexion après la première lecture; l'état d'esprit des conjoints lors de la signature; l'aide professionnelle reçue de juristes, comptables, planificateurs financiers, etc.; si des services de médiation ont été reçus, et le nombre de séances.
3. Personnaliser la convention
On ne peut plus établir les conventions comme avant, en faisant du copier/coller, souligne Me La Rosa. « Si une partie renonce à des aliments, il faut qu'on sache pourquoi et quelle contrepartie elle a reçue », dit-elle. Par exemple, la contrepartie peut être un partage inégal du patrimoine familial. « Si les conjoints se déclarent autonomes, il faut dire pourquoi, en indiquant le salaire et l'emploi », considère Me Brodeur.
4. Refléter l'essentiel de la Loi sur le divorce
Il faut que la convention dans son ensemble apparaisse raisonnable pour les conjoints qui la signent en fonction des quatre objectifs prévus aux articles 15 et 17 de la Loi sur le divorce et des trois objectifs ajoutés par la Cour suprême : la finalité de la loi, la certitude et l'invitation faite aux parties de régler leurs propres affaires.
5. Prévoir les changements et les régler à l'avance
Les conjoints ont intérêt à se pencher sur les différents évènements pouvant influer sur leur situation et à décider d'avance des effets que ceux-ci auront sur l'obligation alimentaire.
1 [2003] 1 R.C.S. 303.
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