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Faire sortir l'université dans le monde

Evelyne Leblanc

Rapprocher théorie et pratique juridiques, c'est là un objectif que se donne le Centre de développement professionnel (CDP) de la Faculté de droit de l'Université de Sherbrooke. Pour ce faire, le Centre organise des soupers-causeries, baptisés les « soupers du doyen ».

Le principe de ces rencontres est tout bonnement de réunir autour d'une même table des praticiens du droit et des étudiants du baccalauréat en droit, toutes années confondues. Chaque souper présente une thématique. Une trentaine d'étudiants ont l'occasion de discuter à bâtons rompus sur un aspect du droit que, bien souvent, ils ne connaissent qu'à travers la théorie.

Contact sans cérémonie

La soirée s'amorce par un cocktail, puis les invités passent à table afin de poursuivre les discussions autour d'un repas gastronomique. « Ce contexte amical facilite l'approche des professionnels. C'est plus accessible qu'une conférence et moins stressant qu'une entrevue. On peut discuter de tout, prendre le temps de poser nos questions. Se retrouver ainsi en petit groupe, ça permet également d'écouter les questions des autres », souligne Jean-Philippe Verreau, étudiant de première année au baccalauréat en droit.

Clés d'orientation

Les étudiants qui participent à ces soupers disent profiter de cette activité pour en apprendre davantage sur le milieu juridique et ce qu'il leur offrira une fois leurs études terminées. « Les soupers-causeries, selon le sujet retenu, nous permettent d'envisager ce que l'on peut faire après le bac. On rencontre des gens intéressants et ayant une notoriété dans leur domaine, avec qui nous pouvons parler de leur réalité de tous les jours, c'est ça l'intérêt », confiait Vanessa Dubois, étudiante en deuxième année, option biotechnologie.

L'activité est considérée par les étudiants comme un outil pour les aider à s'orienter face aux nombreux domaines de pratique et aux possibilités qui s'offrent à eux. « Nous avons tous des intérêts différents selon l'étape où nous en sommes rendus au baccalauréat. Plus nous nous rapprochons de la graduation, plus ces soupers deviennent une occasion de confronter nos convictions personnelles à la réalité du marché. Par contre, cette activité n'est pas suffisante pour nous indiquer avec exactitude le chemin à prendre. C'est toutefois un outil de plus dans le processus de choix que nous avons à suivre », notait Benoît Côté, étudiant en troisième année, option biotechnologie, qui assistait à son deuxième souper-causerie depuis son entrée à la Faculté.

D'autres étudiants voient ces soirées comme un outil de repérage devant la multitude d'options qui se présentent à eux. «Je viens d'amorcer mon bac et j'ai l'impression de toucher à tout et à rien à la fois. Je veux connaître les avenues possibles, parce que j'ai besoin d'une source de motivation et de savoir vers quoi je me dirige pour orienter mes choix futurs», admet Geneviève Charron, étudiante en première année.

Instigateurs et parrains

C'est à l'arrivée de la directrice du Centre de développement professionnel, Me France Mainville, que les soupers du doyen ont pris forme, il y a trois ans.

À titre de responsable des stages au Barreau du Québec, Me Mainville avait déjà organisé de telles rencontres. Les soupers-causeries se déroulaient à Montréal, à Québec ou à Ottawa et réunissaient en moyenne 80 personnes. Plusieurs thèmes étaient abordés au cours d'une même soirée, selon la table où les convives prenaient place.

La formule adoptée à l'Université de Sherbrooke diffère quelque peu : une seule thématique par souper et un groupe de convives plus restreint.

Il y a trois ans, Me Mainville proposait au doyen alors en poste, Me Louis Marquis, de mettre sur pied ce type de rendez-vous entre praticiens et étudiants. Me Marquis a vu une similitude avec une activité du temps où il faisait sa maîtrise en Grande-Bretagne : « À Cambridge, la tradition voulait que le doyen de la faculté de droit invite les étudiants à sa table pour discuter de divers sujets. »

Pour les deux premières éditions de ces soupers, le doyen a reçu les étudiants chez lui. Puis, l'activité a eu lieu dans un restaurant, ce qui a permis de faire passer de 20 à 30 le nombre d'étudiants admis.

« Compte tenu de la popularité de cette activité auprès des étudiants, ceux-ci sont limités à un seul souper par année », précise Me Mainville. Une contribution est aussi exigée des étudiants afin de couvrir le prix de leur repas.

Le doyen Daniel Proulx croit fermement aux retombées de tels échanges : « Lorsque j'étais étudiant, le monde des avocats était lointain pour moi. Je ne savais trop à quoi m'attendre. Donc, je ne peux qu'appuyer de telles initiatives permettant aux étudiants et aux professionnels de se parler du milieu juridique tel qu'il est pour que tombe le mur séparant l'éducation et la pratique. »

Intérêt partagé

Lors d'une récente rencontre, qui avait pour thème les biotechnologies et la propriété intellectuelle, Me Katherine Britt, agente de brevets, se disait enchantée de sa participation à cet échange : « Je n'ai jamais vu ce type d'activité auparavant. J'en ai connu de plus formelles, mais pas avec la même chaleur et la même proximité. J'aurais bien aimé que cela existe du temps où j'étais étudiante en droit. » La directrice des affaires juridiques de H3 Pharma, Me Lise Bourque, a tenu à souligner la réciprocité des échanges : « Je tire autant de ma participation à ce souper-causerie que j'ai pu en donner. J'ai beaucoup appris en écoutant les étudiants me parler de leur vision du monde juridique, de leurs craintes et aussi des nouvelles approches universitaires. Ces discussions changeront sûrement quelque chose dans ma pratique et dans ma vision de la jeunesse. »

 

 
 

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