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Fermement opposé à la remise en cause de l'existence de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse ainsi que de celle du Tribunal des droits de la personne, le Barreau du Québec a déposé, en décembre, un vigoureux plaidoyer en faveur du maintien de ces deux institutions. Celles-ci comptent parmi les 60 organismes que le comité Boudreau, mis sur pied par le Conseil du Trésor, est chargé d'examiner dans une perspective globale de " réingénierie " de l'État.
Le bâtonnier du Québec, Denis Mondor |
Dans sa prise de position, le Barreau, sous la plume du bâtonnier Denis Mondor, s'est porté à la défense du respect des mandats respectifs de ces deux institutions. Me Mondor fait valoir la pertinence de ces deux organismes complémentaires au sein de la société québécoise : " La Commission et le Tribunal remplissent des rôles indispensables. Leurs mandats doivent être non seulement maintenus, mais aussi renforcés, de manière à leur permettre de répondre adéquatement aux missions qui leur ont été confiées par le législateur. "
Le Barreau du Québec a confié l'étude de la pertinence des mandats de la Commission et du Tribunal à son Comité des droits de la personne, présidé par Me Jean-Guy Ouellet. Lors de ses travaux, le Comité a consulté maints organismes de défense des droits de la personne et des droits fondamentaux. Dans son rapport, il insiste sur le rôle de " chien de garde de la Charte " assumé par ces deux institutions.
Pour le bâtonnier Mondor, les besoins qui ont donné naissance à la Commission, en 1975, et au Tribunal, en 1990, se manifestent toujours avec autant d'acuité. " La protection des droits fondamentaux, dit-il, et la primauté du droit constituent les piliers de l'État démocratique contemporain. "
" Dans leurs multiples fonctions d'éducation, d'enquête ou de conseil auprès des organismes du gouvernement, ils assument un rôle primordial qui n'échoit à aucune autre institution québécoise ", explique le bâtonnier.
Me Mondor argue que ces deux institutions se distinguent des quelque 60 autres organismes dans la mire du Comité Boudreau. " Il ne s'agit pas ici d'une simple fourniture de services par des organismes gouvernementaux, tels l'assurance automobile ou l'octroi de permis de pêche, souligne le bâtonnier. La Commission et le Tribunal assurent la promotion et la protection des droits et libertés de la personne. Ce sont là des conditions essentielles d'une citoyenneté effective et d'une participation de tous aux affaires publiques. En ce sens, ces organismes assurent une fonction cruciale d'inclusion sociale garante d'une résolution pacifique des conflits, assurant ainsi stabilité et paix au sein de la société. "
Ces deux institutions donnent aux citoyens des recours " simples, efficaces et gratuits ", comme le souhaitait, rappelle le bâtonnier, l'ancien ministre Gil Rémillard à l'époque de la création du Tribunal : " Le projet de loi que nous déposons […] veut justement favoriser l'accessibilité à la justice. […] On prendra fait et cause pour cette personne devant le tribunal, et c'est la Commission qui le fera […]. Alors, je veux insister sur cet aspect. Le Tribunal des droits que nous créons sera un tribunal qui pourra assurer une expertise, une compétence, une indépendance. Il pourra aussi assurer l'accessibilité en faisant en sorte que ceux qui se croient lésés dans leurs droits et libertés n'aient pas à défrayer des frais judiciaires et extrajudiciaires. "
En l'absence de la Commission, explique le bâtonnier, les citoyens devraient systématiquement s'adresser aux tribunaux. Or, beaucoup sont démunis ou manquent de ressources appropriées. " Ce serait pour eux une étape impossible à franchir. L'accès à la justice ne serait pas assuré, et de nombreux droits fondamentaux seraient impunément violés ou perdus. "
Des exemples? Le racisme cru des années 60 est moins présent, reconnaît le bâtonnier, " mais la question des accommodements raisonnables en matière religieuse, celle des discriminations selon l'âge et celle de l'équité salariale présentent des complexités qui requièrent une expertise spécifique si l'on souhaite favoriser une étude plus poussée, un débat plus serein, des solutions plus durables. "
Me Marc Sauvé, directeur du Service de recherche et de législation du Barreau du Québec |
Après la santé et l'éducation, la justice est-elle une priorité pour le gouvernement Charest ? " La justice et la qualité de la justice, répond Me Marc Sauvé, directeur du Service de recherche et de législation du Barreau du Québec, doivent continuer à être un choix de société. On a la justice qu'on veut bien se donner. "
Or, les cas de discrimination, de harcèlement ou d'exploitation n'ont pas disparu avec l'avènement des chartes, observe Me Sauvé, également secrétaire du Comité des droits de la personne dans le dossier de la prise de position du Barreau déposé auprès du Comité Boudreau.
Pour ce dernier, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse de même que le Tribunal des droits de la personne " donnent un sens concret à la Charte québécoise ". Ensemble, ils offrent des outils de protection contre la discrimination et la marginalisation. " Les citoyens ne peuvent se satisfaire de droits fondamentaux sur papier, sans la possibilité d'exercer des recours pour les concrétiser ", défend Me Sauvé, qui souhaite que le gouvernement accorde davantage de moyens à ces deux institutions afin de renforcer leur rôle de promotion et de défense des droits de la personne dans la société québécoise.
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