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Depuis le début des années 2000, la donne a considérablement changé au Canada en ce qui concerne la possibilité pour les autorités policières et les organismes d'enquête gouvernementaux de mener des perquisitions dans des bureaux d'avocats. Aujourd'hui, ce genre de fouille s'avère plus compliqué à conduire en raison de deux récentes décisions de la Cour suprême.
Me Christopher R. Mostovac, avocat fiscaliste |
C'est là l'évaluation de deux avocats qui s'intéressent de près à la question et qui ont récemment fait part de leur analyse à l'occasion de la tenue à Montréal d'un colloque organisé par l'Association de planification fiscale et financière (APFF).
Les deux conférenciers, Me Christopher R. Mostovac, avocat fiscaliste chez Starnino Mostovac, et Me Yvan Poulin, du ministère fédéral de la Justice, ont récapitulé pour le Journal les grandes lignes de leur présentation et ont prolongé en entrevue leur réflexion à ce sujet. Chacun d'eux s'exprime ici en son nom personnel.
En déclarant illégal cet article, la Cour a créé un vide juridique, qu'elle s'est empressée de combler en édictant une série de règles : " les 10 commandements " - selon l'expression de Me Poulin -, qui délimitent aujourd'hui le champ d'action à l'intérieur duquel doivent évoluer les autorités désireuses d'effectuer une saisie dans un bureau d'avocat.
Autre élément à prendre en compte : aussitôt saisis, les documents doivent être mis sous scellés avant de faire l'objet d'un examen plus approfondi. Un juge déterminera par la suite s'il s'agit de documents privilégiés ou non.
Pour bien comprendre le jugement, faisons un bref rappel. En 1996, des policiers de la Gendarmerie royale du Canada effectuent une perquisition dans le cabinet de Me Léo-René Maranda. L'action a lieu dans le cadre d'une enquête menée sur l'un des clients de ce dernier, soupçonné de liens avec le trafic de stupéfiants. La cause est portée en Cour supérieure, puis en Cour d'appel et, enfin, en Cour suprême.
Dans sa décision de 2003, le plus haut tribunal a jugé déraisonnable et abusive la perquisition policière, parce que l'obligation de " minimisation ", c'est-à-dire cette responsabilité visant à s'assurer de réduire au minimum les atteintes au secret professionnel, n'avait pas été respectée.
Me Mostovac et Me Poulin s'entendent pour dire que la relation privilégiée avocat-client n'est pas absolue et connaît des limites. Toutefois, leurs interprétations divergent quant à la portée exacte des récents développements.
Christopher Mostovac soutient que les " 10 commandements " laissent tellement peu de place à l'erreur que le processus équivaut, pour les enquêteurs, à commettre un parcours sans faute. Un avocat habile, fait-il valoir, dispose d'un arsenal d'idées pour remettre en question l'action des investigateurs et les placer en porte-à-faux par rapport aux procédures à respecter.
Mais le cabinet d'avocats, assure-t-il, ne s'est pas transformé pour autant en une voûte sacrée ni en un endroit inaccessible. " Je pense, estime le juriste, qu'il est toujours possible de faire des perquisitions si celles-ci sont bien encadrées. Cela sera peut-être plus difficile qu'antérieurement. Et peut-être faudra-t-il être plus consciencieux et plus méticuleux pour convaincre un juge d'autoriser un organisme d'enquête à accéder à ces lieux. "Mais de toutes façons, fait-il remarquer, plusieurs règles élaborées à l'occasion de l'affaire Lavallée étaient déjà suivies, dans les faits, par les autorités. La Cour reconnaît elle-même que ces perquisitions demeurent dans le domaine du possible. Sinon, elle les aurait clairement interdites. Et puis, enchaîne-t-il, depuis le jugement Maranda, on a assisté à d'autres saisies de cette nature.
Ce genre de communication, rappelle Me Poulin, n'est pas considérée comme privilégiée. D'autres exceptions, ajoute-t-il, peuvent également être invoquées lorsque l'innocence d'un accusé est en jeu ou que la sécurité publique est menacée.
Lui vient aussi à l'esprit ce scénario mettant en scène deux fiscalistes, l'un comptable, l'autre avocat. Tous deux travaillent ensemble et envoient des factures d'honoraires semblables pour des services similaires. Advient une perquisition. Aucun papier de l'avocat ne sera touché, prédit-il, tandis que ceux du comptable, eux, pourront être saisis.
Porter le titre d'avocat ne suffit pas, tient à préciser à cet effet Me Poulin. Encore faut-il que la personne agisse en sa qualité professionnelle d'avocat si elle veut voir ses communications couvertes par le privilège.
Désormais, résume-t-il, " une espèce de mur d'acier a été édifié entre le cabinet d'avocats et les autorités fiscales ". Socialement parlant, cette absence de transparence s'annonce problématique.
Ne partageant pas entièrement ce point de vue quant à la portée du jugement Maranda, Me Poulin affirme ne pouvoir tirer de celui-ci les mêmes conclusions. Quant à savoir si des avocats pourraient un jour profiter frauduleusement de ces changements, il table sur le temps pour le dire.
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