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Mais l'optimisme des délégués n'aura duré qu'un temps. D'entrée de jeu, tout laissait déjà présager l'orage. Dès l'ouverture de la session, le représentant de la Fédération de Russie, se prévalant d'un point d'ordre, s'est élevé contre la prière aux anciens, coutume connue et acceptée dans la plupart des réunions onusiennes auxquelles sont invités des délégués autochtones.
Puis, arriva la décision de quelques délégués autochtones d'entamer une grève de la faim et un jeûne spirituel durant les activités du Groupe de travail.
De leur côté, les délégués autochtones ont été très clairs dans leurs revendications : ils veulent un droit à l'autodétermination qui soit distinct de celui qui existe actuellement. Un droit sui generis qui tienne compte de leur situation particulière, car le droit à l'autodétermination des peuples, bien que déjà existant en droit international et applicable à tous les peuples, ne semble pas l'être aux autochtones.
Le pouvoir des mots est incontestable, et en changeant le vocabulaire utilisé, l'on perd parfois l'essence des articles.
Après des années de discussions, les délégués autochtones en sont arrivés à un stade critique, où ils ont besoin de faire le point sur leurs revendications, et surtout, sur ce qu'ils veulent obtenir par ces dernières.
Malgré des années de luttes, de négociations et de discussions, les parties n'ont pas encore trouvé de terrain d'entente.
Depuis plusieurs années, les États-Unis proposent des amendements qui attribuent aux États la charge de développer un système visant la reconnaissance du statut et des droits des autochtones. Situation inacceptable pour les autochtones, qui utilisent le principe d'auto-identification pour se définir.
D'un autre côté, la France, qui redoute l'usage excessif du terme « autochtone » et qui demande que celui-ci soit mieux défini, reconnaît le caractère sacré des terres pour les autochtones, ce qui est totalement paradoxal.
La hiérarchie des droits, si longtemps redoutée des délégués gouvernementaux, a pris un nouveau visage qui semble en atténuer l'impact. Il ne s'agit plus d'une hiérarchie de droits, mais bien de droits distincts qui méritent que l'on s'y attarde de façon différente selon les situations.
Cette « nouvelle » interprétation des droits collectifs a déçu tous les espoirs, même ceux des plus optimistes, de voir un jour le projet de Déclaration adopté.
La promesse faite aux grévistes de la faim par le Haut-commissariat aux droits de l'homme, selon laquelle une Déclaration sur leurs droits ne pourra leur être imposée, ne suffit pas.
Le rapport final du Groupe de travail ne montre pas de réels progrès, sans compter que le paragraphe qui mentionnait cette volonté étatique de poursuivre les efforts vers l'adoption du projet de Déclaration a été remis en question par certains États lors de la dernière plénière.
Le Canada, quant à lui, est demeuré fidèle à sa position quant au droit à l'autodétermination2, mais est resté plutôt silencieux à propos de la dichotomie entre les droits individuels et les droits collectifs.
Cependant, il s'est dissocié de l'approche rigide de l'UE et des États-Unis, tout en maintenant qu'il existe certains droits collectifs qui ne sont effectivement pas des droits de la personne.
L'avenir des négociations reste très incertain, et ce n'est qu'au printemps que l'on sera fixé. Cependant, une chose est certaine : le caucus autochtone devra demeurer uni pour rester fort, car la question des droits des autochtones se meut dans un espace où le politique prend fréquemment le pas sur le juridique.
1 E/CN.4/Sub.2/1994/56.
2 Voir l'article intitulé " Loin de la coupe aux lèvres ", publié dans l'édition de décembre 2004 du Journal du Barreau.
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