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Le Barreau du Québec souhaite que l'aspect juridique soit pris en compte dans le débat sur l'égalité entre les femmes et les hommes. Il recommande au gouvernement Charest d'adopter des mesures concrètes de discrimination positive afin que cette égalité de fait soit réelle et respectée.
C'est ce qu'il a plaidé devant la Commission parlementaire des affaires sociales, le 1er février dernier.
Me Fanie Pelletier |
D'entrée de jeu, les quatre avocates déléguées1 pour faire entendre la position de l'Ordre ont insisté sur la nécessité d'intégrer l'aspect juridique dans les futures actions et mesures gouvernementales. « Car c'est bien un droit dont il est question ici, un droit garanti par nos chartes et ratifié dans des conventions internationales : le droit à l'égalité », a soutenu Me Fanie Pelletier, adjointe au bâtonnier et membre du Comité sur les femmes dans la profession du Barreau du Québec.
« Ce n'est pas la société qui a droit à l'égalité, ce sont des individus. Quels individus ont droit à l'égalité ? Ceux qui sont particulièrement vulnérables, ceux qui sont victimes de discrimination », a pour sa part lancé aux membres de la Commission Me Lucie Lamarche, professeure et chercheuse à la Faculté de science politique et de droit de l'UQAM.
Le Barreau aimerait que la justice occupe une place plus importante dans le contrat social que propose le Conseil du statut de la femme. Me Pelletier rappelle que les femmes sont victimes de discrimination systémique : « L'État a le devoir d'enrayer cette discrimination et d'allouer les ressources en conséquence, et l'égal bénéfice de la loi pour les femmes justifie l'application de mesures spécifiques, ciblées et préférentielles. »
Une position qui a semblé intéresser la ministre des Relations avec les citoyens et de l'Immigration et responsable du Secrétariat à la condition féminine, Michelle Courchesne*, qui s'est d'ailleurs dite ouverte à intégrer l'angle juridique de l'égalité des sexes dans le document de travail.
Le Barreau n'a pas l'intention de baisser la garde. « Nous allons demeurer alertes et vigilants quant au dépôt de la politique. Nous avons reçu une bonne écoute, mais nous sentons bien que le gouvernement préfère l'approche dite “sociétale” à l'approche spécifique, plus juridique », note Me Pelletier, à la suite du dépôt du mémoire.
Il existerait, même dans la pratique d'avocat, un « plafond de verre » qui limite l'accès des femmes aux échelons professionnels supérieurs, et ce, malgré l'accès à l'éducation, au marché du travail et à l'autonomie financière.
Le Barreau fait ce constat à l'intérieur même de son organisation, pourtant formée de gensinstruits, et donc privilégiés, dont les femmes représentent 45 % des membres.
« Après avoir accompli des avancées considérables au cours des dernières décennies, après avoir fait despas de géant, il semble que les derniers pas encore nécessaires pour atteindrel'égalité de fait soient les plus difficiles à faire. Ce n'est surtout pas lemoment de relâcher notre vigilance quant au respect du droit à l'égalité »,a insisté Me Pelletier.
Sylvie Champagne, avocate du Service de recherche et de législation du Barreau du Québec et membre du Comité sur les communautés culturelles de l'Ordrea rappelé que le gouvernement du Québec a le devoir de s'assurer que le principe d'égalité entre les hommes et les femmes serve d'assise à toute stratégie et à toute action gouvernementales, en ayant les outils et les ressources nécessaires pour assurer « l'ancrage de l'égalité entre les hommes et les femmes ».
Me Sylvie Champagne |
« Un travail laborieux reste à définir en collaboration avec les principaux acteurs interpellés par le nouveau contrat social. À cet effet, c'est à regret que nous constatons que, dans le document tel que préparé par le Conseil du statut de la femme à la demande de la ministre Courchesne, ça n'inclut pas le monde juridique, a déploré Me Samoisette. Peut-être cela fait-il tellement partie de l'évidence que c'est tout simplement tombé dans l'oubli lors de la rédaction. »
Le Barreau a donc profité de son passage en Commission pour manifester son intérêt à participer activement à toute initiative, table de concertation ou autre, qui serait lancée dans la foulée de la nouvelle politique en matière d'égalité entre les sexes.
Du côté de la magistrature, les tribunaux québécois souffrent de sous-représentation des femmes juges, estime le Barreau, que ce soit à la Cour du Québec, à la Cour supérieure ou encore à la Cour d'appel.
* N.D.L.R. : Au moment de mettre sous presse, Me Courchesne venait d'être nommée ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale.
1 Il s'agit de Me Fanie Pelletier, adjointe au Bâtonnier et membre du Comité sur les femmes dans la profession du Barreau du Québec; Me Sylvie Champagne, du Service de recherche et de législation du Barreau du Québec et membre du Comité sur les communautés culturelles du Barreau du Québec; Me Line Samoisette, avocate au Centre communautaire juridique de l'Estrie et membre du Comité sur les femmes dans la profession du Barreau du Québec, et Me Lucie Lamarche, professeure et chercheuse à la Faculté de science politique et de droit de l'UQAM.
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