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Ils sont venus chercher des outils pour reconstruire le droit dans leur pays nouvellement libéré de la dictature |
Les membres de la Defensoría - une institution originale née au Chili en 2001 dans la foulée de la réforme du système de justice en matière criminelle - ont, du 6 au 15 février dernier, rencontré des représentants de divers organismes juridiques du Québec pour se familiariser avec les ressources disponibles. La visite avait pour objectif principal de cibler les possibilités de transfert de connaissances de manière à préciser, avec les homologues canadiens, le contenu du projet.
Agissant aux yeux de l'ACDI à titre de contrepartie officielle du côté chilien, la Defensoría, une entité qui relève organiquement du ministère de la Justice, mais qui en demeure indépendante, a le mandat d'offrir des services d'avocats de la défense pour toute personne qui, dans un dossier en matière criminelle, en manifeste le besoin.
Les coûts de cette expérience unique, dont la durée s'échelonnera sur deux à trois ans, sont estimés à environ un million de dollars. Si le plan est accepté, quelque 800 000 $ proviendront de l'ACDI, tandis que les deux contreparties fourniront le reste en investissant leurs ressources institutionnelles.
La venue des Chiliens fait suite à une première visite effectuée au Chili en octobre1 par les deux mandataires du Barreau, Me Bernard Grenier, juge à la retraite de la Cour du Québec et avocat conseil, ainsi que Me Érick Vanchestein, directeur du Comité de révision et des communications à la Commission des services juridiques du Québec (CSJ). Cet organisme sera d'ailleurs mis à contribution de façon importante dans le projet, en raison du réseau d'aide juridique qu'il chapeaute.
« Présentement, on apprend sur le tas, enchaîne Magdalena Atria, avocate à la Direction des affaires internationales de la Commission. Toute aide que nous pourrons aller chercher sera la bienvenue. »
En mettant en chantier une réforme aussi ambitieuse, les Chiliens ont fait leurs adieux à beaucoup de caractéristiques du passé, dont une culture juridique axée essentiellement sur l'écrit, pour ouvrir la porte à une culture de la parole et de l'expression orale. Ce saut représente un défi considérable. « Aucun de nous n'a de l'expérience dans ce domaine, observe Mme Atria. Les juges n'en ont pas. Les professeurs dans les facultés n'en ont pas. Et les avocats n'en ont pas plus. » C'est pourquoi les Chiliens mettent les bouchées doubles pour se procurer toute l'information disponible.
Et il n'est pas question de reculer. Exit le système centenaire de justice inquisitoire reconnu pour son opacité. Place aux procès conduits non pas par un, mais par trois juges à la fois !
La délégation a aussi fait la connaissance de partenaires de l'Ordre : le Centre d'accès à l'information juridique (CAIJ) et Éducaloi. Ils ont aussi eu l'occasion d'échanger avec des représentants de la CSJ, des juristes, des universitaires et des fonctionnaires de l'ACDI.
Les échanges visaient à évaluer la manière dont l'expertise des partenaires pressentis pourrait s'articuler à l'intérieur du projet et comment cette expertise pourrait se traduire par des activités.
Le cœur du contenu repose sur l'aspect de la représentation orale en matière pénale. Il y aura donc forcément, assure Érick Vanchestein, une semaine de formation en techniques de plaidoirie. Dès maintenant, il faut envisager l'établissement de contacts avec un certain nombre d'experts dans ce domaine.
Parallèlement à cela se profile la nécessité de traduire du matériel pertinent, par exemple des cassettes vidéo. Tous ces outils devront être adaptés aux lois chiliennes, au portrait de la criminalité dans ce pays et au fonctionnement local des tribunaux.
Au bout du compte, estime Me Vanchestein, le projet de coopération devrait prendre l'allure d'une sorte d'accompagnement. « Il faut, avance-t-il, trouver la manière de donner ce que nous avons à donner tout en respectant leurs procédés. »
Si tout va bien, le projet de transfert d'expertise pourrait officiellement être lancé en juin prochain, soit au moment de l'implantation de la réforme dans la capitale, Santiago, terminus de la transition amorcée graduellement en région depuis déjà 2001.
Il serait également intéressant, pense M. Salinas, d'expliquer à la communauté chilienne du Québec la profondeur des transformations juridiques qui sont survenues au Chili depuis la fin de la dictature.
1 Lire l'article intitulé « Avocats du Québec à pied d'œuvre dans une réforme d'après dictature », à la une du 1er décembre du Journal du Barreau
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