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Éducaloi

5 ans d'éducation à la justice

Guylaine Boucher

Entre ce qu'il devait faire et ce qu'il a fait, l'écart est vertigineux… Éducaloi devait faire œuvre d'éducation. Mais, sur sa lancée, la comète sème plus encore… jusqu'à faire échec au décrochage scolaire !

Rejeton du Sommet de la justice de 1993, Éducaloi est né de la volonté conjointe des ministères de la Justice et du Barreau du Québec d'agir à l'égard de l'éducation en matière de justice.

M<sup>e</sup> Annick Gariépy, chargée de projet pour Éducaloi, et M<sup>e</sup> Nathalie Roy, directrice générale d'Éducaloi
Me Annick Gariépy, chargée de projet pour Éducaloi, et Me Nathalie Roy, directrice générale d'Éducaloi

Depuis, l'organisme, qui célèbre ces jours-ci son cinquième anniversaire, n'a cessé d'étendre son rayonnement, démystifiant au passage l'univers du droit et des tribunaux. Satisfaite du chemin parcouru, l'équipe en promet encore davantage pour les années à venir.

M<sup>e</sup> Nathalie Roy
Me Nathalie Roy

« Dans le rapport produit au terme du Sommet de la justice, on a clairement mis en évidence le fait que l'accessibilité à la justice ne se limitait pas seulement à l'accès aux tribunaux, ni à une question financière », précise Me Nathalie Roy, directrice générale d'Éducaloi.

L'éducation et la diffusion de l'information y étaient en effet ciblées comme des moyens d'assurer l'accessibilité des citoyens au système de justice.

Comment, demandait le rapport, prétendre accéder à un système sans comprendre comment il fonctionne et être minimalement informé sur ses droits ? « Ailleurs au Canada, il existait des organismes chargés de faire de l'éducation en matière de justice, mais au Québec, rapporte la directrice générale, il n'y avait pas de groupe dont c'était la seule et unique mission. Le Barreau du Québec ? qui sortait d'un important exercice de réflexion et était confronté à une crise de confiance du public à l'égard de la profession ? et les deux ministères de la Justice se sont concertés, et Éducaloi est né. »

Une fenêtre Web

Rapidement, les budgets limités et le désir d'atteindre le plus de gens possible poussent l'organisme à opter pour Internet comme principal outil de communication. « C'était flexible et facile à mettre à jour, et ça nous permettait de transmettre facilement de l'information aux professionnels du secteur de l'éducation, comme les enseignants et les travailleurs sociaux, qui étaient des cibles importantes pour nous », explique Nathalie Roy.

… et toute une maison

Remis en question au départ, le choix s'avérera fort heureux. En effet, avec un taux de fréquentation d'environ 50 000 visites par mois, le site compte de nombreux utilisateurs. « Le succès du site est tel que certaines personnes sont persuadées qu'Éducaloi se limite à Internet, alors que ce n'est pas du tout le cas. Le site est évidemment la colonne vertébrale de notre organisme, mais s'y ajoutent la production de documents imprimés et la réalisation de projets sur le terrain. »

De l'école pour ados en difficulté à l'École du Barreau

De fait, au cours des cinq dernières années, l'organisme a piloté une série de projets terrain et d'expériences aux retombées intéressantes. La plus récente, Aventure en Cour, un camp de jour destiné à des adolescents d'un quartier défavorisé de Montréal, fait encore parler d'elle.

M<sup>e</sup> Annick Gariépy
Me Annick Gariépy

« Nous sommes partis d'une initiative prise à Terre-Neuve pour l'appliquer ici », explique Me Annick Gariépy, chargée de projet pour Éducaloi. Concrètement, en collaboration avec une école du quartier Hochelaga-Maisonneuve, l'organisme a permis à une quinzaine de jeunes1 de se familiariser avec le fonctionnement du système judiciaire, les lois et les tribunaux. Pendant une semaine, ils ont fait leur Petite École du Barreau. « Nous leur avons fait faire des jeux de rôle dans des procès simulés. Nous leur avons expliqué certaines règles de droit. Nous sommes aussi allés au Parlement pour voir comment fonctionne le système parlementaire. Ils ont appris beaucoup de choses. Ce sont des acquis pour la vie. »

Ils en parlent encore !

Psychoéducateur à l'école Chomedey-de-Maisonneuve, Jude Alexandre confirme l'impact majeur qu'a eu l'expérience sur les jeunes participants. « Il ne se passe pratiquement pas une journée sans que l'un d'entre eux me parle de ce qu'ils ont fait et me demande s'il y aura une deuxième édition. Je les ai vus lors du procès simulé. J'ai ressenti leur fierté. Certains jeunes en difficulté qui participaient ont été encouragés. Pour une des élèves, en particulier, le camp a tout changé. Elle avait un fort taux d'absentéisme et était au bord du décrochage. Aujourd'hui, elle est sur mon tableau de performance ! Le camp lui a ouvert une porte. »

Experts en vulgarisation

Au-delà des projets ponctuels, Éducaloi collabore aussi à la production de nombreux documents de vulgarisation juridique. « C'est une science en soi. Peu de gens en ont vraiment fait une spécialité. Pour nous, c'est devenu un réflexe. Nous sommes donc de plus en plus sollicités quand vient le temps de produire du matériel à l'intention du grand public », confirme Me Roy. À titre d'exemple, l'organisme collabore depuis quelques mois à la production du magazine Justice-Santé, produit par le Conseil pour la protection des malades.

Une collaboration que la rédactrice en chef de ce magazine, Me Lucie Legault, apprécie grandement. « Le Conseil et Éducaloi évoluent dans le même créneau, en ce sens que nous faisons tous les deux de l'information juridique. Notre action se limite cependant aux droits des usagers, ce qui n'est pas le cas d'Éducaloi. Quand il faut déborder un peu de ces sujets, l'alliance avec Éducaloi apporte donc un grand plus. Les avocats d'Éducaloi font un excellent travail. »

Se renouveler

Mieux connu, plus sollicité, Éducaloi envisage l'avenir avec optimisme et déborde de projets. En fait, l'organisme profite du cinquième anniversaire de sa fondation pour lancer la troisième édition de son site Web. « Nous voulions faire en sorte de rendre le site plus convivial, notamment que les gens puissent, au moyen d'un répertoire, se repérer très rapidement. Des ponts seront aussi construits entre les différentes capsules pour amener les personnes qui fréquentent le site à aller plus loin », affirme à ce sujet Me Gariépy.

Prise sur l'actualité

Une nouvelle section, appelée Place Publique, permettra aussi de mettre en contexte certains évènements ayant marqué l'actualité juridique. « Il ne s'agit pas de commenter l'actualité, précise Nathalie Roy, mais d'expliquer certaines choses aux gens pour qu'ils comprennent bien ce qui se passe dans telle ou telle situation. » Un bulletin électronique, publié dix fois l'an, sera aussi offert sur abonnement.

Une référence pour les médias

Les mots d'ordre ? Visibilité et partenariat. « Au cours des cinq dernières années, nous avons développé beaucoup de choses intéressantes. Nous voulons maintenant faire en sorte qu'il y ait plus de synergie entre nos différents produits, leur assurer une meilleure diffusion et une durée de vie plus longue », explique la directrice générale. L'organisme ne cache pas non plus son désir d'être plus visible dans les médias, notamment.

Le nerf de la guerre… toujours l'argent

Rien de tout cela ne sera cependant possible sans un financement adéquat. Aussi, l'équipe d'Éducaloi travaille à établir de nouveaux partenariats susceptibles de lui garantir des bases financières plus solides. « Nous avons de très bonnes idées, mais, jusqu'à présent, faute de budget et de ressources, nous avons malheureusement dû travailler beaucoup par projets et par subventions. Nous aimerions stabiliser notre situation pour pouvoir déployer encore davantage nos produits et services. Il y a tellement de choses à faire… C'est infini ! La conclusion de certains partenariats stratégiques nous permettrait d'aller plus loin. Nous avons bon espoir d'y parvenir. »

Lire l'article de Marie-Annick Lalande intitulé «Les avocats, c'est pas tous des menteurs», dans l'édition du 1er septembre 2004 du Journal du Barreau, à la page 30.

 

 
 

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