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Avocat canadien à New York

Me Allan Rock plaide pour une réforme
des Nations unies

Me Alain Vallières, Ph. D.

Le 28 janvier dernier, Me Alan Rock, l'actuel ambassadeur du Canada auprès de l'Organisation des Nations unies à New York, a prononcé une conférence, à la demande du Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal, sur la situation et l'avenir de l'organisation universelle.

D'entrée de jeu, le conférencier a souligné les fonctions importantes occupées par des Canadiens dans la construction de la paix au nom de l'Organisation. Le Secrétaire général a même délégué les plus lourdes responsabilités à des Canadiens dans le cadre de missions diverses visant à tenter de maintenir la paix dans certaines régions du globe. Les noms de Me Yves Fortier, de Montréal, qui œuvre actuellement à la résolution du conflit frontalier opposant le Cameroun au Gabon, de M. Lloyd Axworthy, ancien ministre des Affaires étrangères, Envoyé spécial pour l'Éthiopie et l'Érythrée, également dans le but d'aider à la résolution d'un conflit frontalier, et de Mme Carolyn McAskie, Représentante spéciale sur site pour le Burundi, ont été cités.

Il a d'ailleurs été rappelé que les Canadiens ont une longue tradition de participation à la construction de la paix auprès de l'organisation universelle. Lors du conflit du canal de Suez, le père de Me Rock lui-même a participé comme militaire à la toute première mission de Casques bleus, mise sur pied à l'initiative du ministre des Affaires étrangères de l'époque, Lester B. Pearson, ce qui, rappelons-le, a valu à ce dernier le prix Nobel de la Paix.

Les 3 ONU de Me Rock

Me Rock, qui a intégré son poste de représentant du Canada il y a maintenant un an, a partagé avec un auditoire nombreux ses impressions sur l'Organisation. Il a ainsi dit avoir trouvé dans la mégalopole américaine trois ONU.

La première, très efficace, concerne la facette humanitaire de ses responsabilités. Il a ainsi été rappelé à l'auditoire que des millions de personnes sont nourries chaque année grâce au travail des divers bureaux et des fonds onusiens. L'Organisation n'est-elle pas actuellement chargée de la coordination de toute l'aide humanitaire dirigée vers le Sud-Est asiatique en raison de son expertise ? Force est donc de conclure à son efficacité sous cet aspect.

La seconde ONU identifiée par l'orateur est celle qui s'occupe du maintien de la paix. Il a ainsi été rappelé que 17 missions, totalisant un effectif de plus de 50 000 personnes, sont actuellement en activité dans le monde.

Les envoyés spéciaux du Secrétaire général participent à cette mission de maintien de la paix en tentant d'éviter que des conflits frontaliers ne se transforment en combats guerriers. Il demeure toutefois que l'ONU, qui peut être si efficiente dans le domaine humanitaire, ne sait fonctionner de manière à éviter la naissance des conflits armés internes, comme le démontrent les situations de la Somalie et du Darfour.

La troisième ONU que met en lumière le nouvel ambassadeur est celle de 1945, impliquant un effectif de plus de 50 000 personnes, préservée par sa Charte initiale, et qui doit être, sans aucun doute, améliorée pour mieux répondre à sa réalité moderne de société internationale.

Les intérêts nationaux d'abord... La paix, ensuite

La répartition des responsabilités et le style de gestion ne conviennent plus aux besoins actuels. Le Conseil de sécurité dans lequel œuvrent des membres permanents qui, tel que l'a souligné M. Rock, font régulièrement prévaloir leurs intérêts nationaux sur les besoins internationaux, et ce, nonobstant leurs responsabilités découlant de leur statut particulier, nécessite une révision.

L'Assemblée générale elle-même n'est souvent que le forum de débats stériles n'abordant pas les véritables besoins des peuples. Il existe également un clivage réel entre les pays du Nord et ceux du Sud, les seconds ne croyant pas que les premiers soient prêts à adopter les mesures nécessaires pour faire disparaître le problème de la faim qui prévaut chez eux et leur permettre un développement équitable.

Une réforme s'impose

Me Rock constate donc l'existence de points forts et de faiblesses évidentes dans le fonctionnement et la structure de l'organisation universelle. Il ne conclut pas pour autant à la nécessité de sa dissolution. Il lui semble préférable de tenter de réformer l'institution par la préservation de ses qualités, comme l'aspect humanitaire ou les missions de maintien de la paix, tout en renforçant ses structures déficientes.

Dans ce sens, le 2 décembre dernier, en conclusion d'un travail de 14 mois, un comité composé de personnalités dites «de haut niveau» a présenté au Secrétaire général un rapport contenant 101 recommandations pour améliorer l'ONU. S'appuyant sur cet outil, le Secrétaire général va produire un document cadre devant servir aux États membres pour débuter des négociations, dont les conclusions seront remises aux chefs d'États et de gouvernements lors de la prochaine Assemblée générale, au mois de septembre prochain.

La position que défendra Allan Rock

Le Canada a déterminé quatre objectifs stratégiques devant guider les travaux et le processus de révision de l'Organisation. L'exposé de Me Rock fait nettement ressortir que la vision générale consiste à corriger les faiblesses sans modifier substantiellement les bases existantes.

Pour obvier les lacunes dans la prévention des désastres humanitaires, il est ainsi proposé de créer une Commission pour la consolidation de la paix, qui permettrait de renforcer les capacités de médiation et de prévention de la violence par des interventions précoces. Il est nécessaire de mettre sur pied un cadre d'intervention pour les situations de conflit afin de guider le Conseil de sécurité et d'accélérer la prise de décisions.

La paix dans le monde nécessite toutefois que les mentalités soient transformées et qu'il soit accepté que la sécurité collective est une notion intimement liée au développement. Il est nécessaire d'accélérer les actions pour permettre le développement des pays dits «en développement». Il faut donc tendre à éliminer les mécanismes de subvention existants dans les pays riches pour leur assurer un accès véritable aux marchés des pays développés.

Non à l'élargissement du Conseil de sécurité

Le Canada ne veut toutefois pas écarter toute volonté de lutter contre le terrorisme international. Il lui semble au contraire nécessaire de renforcer les moyens de l'organisation internationale à cet égard. Mais la sécurité dépend également de la discussion, et le gouvernement cherchera à favoriser ce que le premier ministre a qualifié de «nouveau multilatéralisme», qui se traduit par un forum de 20 chefs d'États et de gouvernements (L 20), qui, dans le cadre de l'Organisation, devrait permettre des échanges plus fructueux.

Cette voie est préférée à un élargissement du Conseil de sécurité, qui n'est pas appuyé par le Canada. L'ambassadeur indique qu'il serait préférable d'assurer une plus grande transparence des travaux de cet organe essentiel plutôt que d'en augmenter le nombre des membres ou des membres détenant un droit de veto.

Devoir d'innover

Me Rock a terminé son allocution en soulignant que l'action de M. Pearson, à son époque, avait consisté à trouver un nouvel instrument auquel personne n'avait pensé jusqu'alors. Il incombe à la génération actuelle de trouver aussi de nouvelles solutions pour améliorer l'Organisation et permettre la construction d'un monde plus sûr et plus juste.

 

 
 

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