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Tendance à la mode

Yves Lavertu

« Les hommes et les dames doivent être en tout temps convenablement vêtus sur les parcours de golf, ainsi que dans les aires de golf du pavillon. »

Le premier article du Code vestimentaire de ce club de golf ouvre sur une série de règlements relatifs à l'habillement des golfeurs. Il s'agit en somme d'un véritable protocole, d'un guide de conduite auquel sont priés de se soumettre les membres parmi lesquels figurent peut-être un certain nombre d'avocats, dont ceux qui arrivent à la salle d'audience en tenue parfois débraillée.

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Sous les pavés, la plage

La Cour possède sa propre étiquette au chapitre de la présentation vestimentaire. Toutefois, bien des observateurs s'accordent à constater une tendance de plus en plus marquée vers un laisser-aller en cette matière.

Des exemples? En voici un croqué sur le vif. Clic clac clic clac, les couloirs de la Cour d'appel semblent décupler le bruit provoqué par cette avocate qui arrive, chaussée de sandales, dans l'auguste enceinte. Elle donne l'impression qu'elle débarque directement d'une plage ensoleillée de Cuba.

Et voici cet avocat qui, devant le juge, se présente vêtu d'une toge fripée, dont le rabat pointe en direction ouest, droit vers Hawaï. D'évidence, on constate un relâchement de sa tenue. Mais attention, il s'agit d'un demi-mal, pourrait-on concéder, puisque la toge, si froissée soit-elle, sauve encore les apparences. Ce n'est pas toujours le cas…

Code + mode… pas un heureux cocktail

Lorsque la toge n'est pas de rigueur et que l'avocat doit se présenter devant un membre du personnel judiciaire, pour une question de requête par exemple, les règles vestimentaires, jugées de mise, ne sont pas toujours au rendez-vous.

Aux premières loges, des juges perplexes, voire médusés, assistent parfois à un défilé extravagant. La gamme comprend les minijupes à la mode, jusqu'aux cravates si dénouées qu'elles ressemblent à des lassos.

S'aventurer à commenter pareilles tenues s'avère d'ailleurs un sujet délicat. Pour preuve, lorsqu'un juge s'est avancé un jour à demander à une avocate de s'habiller de manière plus appropriée la prochaine fois qu'elle se présenterait en Cour, il s'est fait répondre dare-dare que ce qu'elle portait était bien correct. À peine si elle ne lui a pas conseillé de suivre davantage la mode.

Ce que le public voit…

Par un effet de miroir, le défaut de se conformer aux normes élémentaires en matière de tenue vestimentaire à la Cour donne au public l'image d'avocats qui manquent de respect envers l'institution et distille également l'idée d'une carence sur le plan du professionnalisme.

Les juristes qui se veulent à la page, quel que soit l'endroit, et les autres dont la négligence confine au même résultat consolident la propension observée quant au relâchement du respect du code vestimentaire. Assurément, cette tendance-là semble être de plus en plus à la mode…

* … tout à l'opposé du droit.
Dans le champ gauche aborde diverses questions relatives à la civilité, à la courtoisie et à la déontologie des avocats. Cette chronique est faite en collaboration avec le Bureau du Syndic du Barreau du Québec.

 

 
 

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