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Sollicité afin de connaître son avis sur la façon dont il envisage ses relations avec le Barreau du Québec et comment, plus précisément, il voit le rôle de l'Ordre professionnel - comme un empêcheur de tourner en rond, par exemple, ou encore comme un partenaire -, le nouveau ministre de la Justice et Procureur général du Québec, Yvon Marcoux, ne s'est pas fait prier pour répondre. « Certainement pas comme un empêcheur de tourner en rond! » a déclaré le ministre. Il est clair, estime-t-il, que le Barreau représente « un partenaire important » et un « acteur majeur ».
Le nouveau ministre québécois de la Justice, Yvon Marcoux |
Les contributions que l'Ordre produit en termes d'analyses des enjeux qui touchent au système juridique québécois, de même que son apport sur le plan du développement de la législation, le rangent assurément dans cette catégorie. D'ailleurs, rappelle-t-il, peu après sa nomination, il a rencontré le bâtonnier du Québec, Me Denis Mondor, ainsi que les juges en chef de la Cour d'appel, de la Cour supérieure et de la Cour du Québec.
Sept semaines après le remaniement ministériel, orchestré par le premier ministre Jean Charest, le député libéral de la circonscription de Vaudreuil, élu pour la première fois en 1998, puis réélu en 2003, nous a reçu le 8 avril dans ses tout nouveaux bureaux montréalais du 11e étage du palais de justice de Montréal, des locaux qui sentaient encore la peinture fraîche et dont l'installation du mobilier venait à peine d'être entreprise.
Rappelons que M. Marcoux prononcera, le jeudi 2 juin, l'allocution d'ouverture du Congrès du Barreau, qui se tient à Gatineau. Il prendra la parole juste avant la grande plénière. Le nouveau ministre dit s'y rendre avec beaucoup de plaisir puisqu'il s'agit pour lui d'une occasion de rencontres importantes avec les membres du Barreau, et il pourra y faire état des orientations prioritaires esquissées ici en entrevue, tout en prenant acte des réactions des participants.
Pour Yvon Marcoux, 64 ans, il s'agit d'un « retour aux sources ». Admis au Barreau du Québec en 1964, détenteur d'une maîtrise en droit de l'Université de Toronto et d'un diplôme d'études supérieures en droit de l'Université Laval, il a commencé sa carrière, raconte-t-il, comme professeur à la Faculté de droit de l'Université Laval et comme chargé d'enseignement à la Faculté des sciences de l'administration de cette institution. Fonctionnaire, par la suite, au gouvernement du Québec de 1970 à 1978, avant de faire le saut pour une longue période dans l'entreprise privée, il a pu s'intéresser de près, durant son passage dans la fonction publique, aux questions liées au développement de la législation.
« On a un bon système de justice au Québec, commence par faire remarquer l'ex-professeur de droit. Et il est essentiel de maintenir la confiance et l'intégrité de ce système pour assurer le respect des droits collectifs et des droits individuels. Je pense que c'est fondamental dans une société démocratique. » Cela dit, on doit, selon lui, rendre cet appareil « toujours plus accessible, plus proche des citoyens, transparent et également efficace pour les citoyens ».
Par ailleurs, il appert essentiel de pouvoir donner régulièrement aux médias des explications, pouvant être relayées par la suite à la population. C'est dans cette perspective, note M. Marcoux, que le Ministère a récemment créé un nouveau poste et qu'il a fait appel aux services d'une avocate d'expérience pour y pourvoir. Depuis le 21 février 2005, en effet, Me Joanne Marceau occupe les fonctions de porte-parole officielle du Ministère.
Afin de renforcer la confiance du public dans le système judiciaire, le ministre Marcoux dit qu'il « considère sérieusement l'institution d'une Direction des poursuites publiques » |
« Ce que je prévois, annonce Yvon Marcoux, c'est de revenir normalement à cette session-ci dans ce dossier-là, soit [pour] amender [le projet de loi] 35, soit [avec] un nouveau projet de loi. »
Pareille institution existe depuis quelques années en Grande-Bretagne et en Australie. Au Canada, précise Yvon Marcoux, on en a créé une en Nouvelle-Écosse, tandis qu'une autre fonctionne, quoiqu'à un degré moindre, en Colombie-Britannique.
Yvon Marcoux n'a pas encore le rapport en sa possession. Mais il s'attend à le recevoir bientôt, au cours des prochains mois, tout au plus. D'ici là, il ne peut entrer dans les détails, car, explique-t-il, il présumerait alors des recommandations. « Comme pour tout autre rapport, relate-t-il, on va d'abord l'analyser pour déterminer quelles sont, selon les recommandations, les actions appropriées qui devraient suivre. Est-ce que, le cas échéant, cela demanderait des amendements législatifs, ou encore simplement des ajustements sur le plan de la réglementation? On verra. »
M. Marcoux dit souhaiter « qu'au cours de l'automne on puisse arriver avec des avenues ». Pour l'instant, il ne veut pas s'avancer à déterminer la forme que cette consultation pourrait prendre. L'idée d'une commission parlementaire n'est pas exclue, mais d'autres formes de consultation pourraient être étudiées.
« Ce qui est important, note-t-il, c'est d'avoir l'avis [des intervenants]. Avant de dire qu'on s'en va en commission parlementaire, on doit arriver, pour que cela soit productif, avec certaines avenues de réflexion qui permettent à ce moment-là aux groupes, aux gens de pouvoir faire des suggestions, des recommandations, sur des avenues qui ont déjà été examinées. »
M. Marcoux n'a pas encore rencontré les responsables d'associations de victimes, tels ceux de l'Association des familles de personnes assassinées ou disparues, présidée par M. Pierre-Hughes Boisvenu, ou encore ceux du Regroupement des innocentes victimes du crime organisé. Mais il se montre ouvert à le faire. « Là-dessus, indique-t-il, je suis le plus disponible possible. Pour moi, cela fait partie du rôle du ministre de rencontrer ces personnes. »
La proposition d'Ottawa consiste en la création d'un comité consultatif chargé d'étudier la candidature de nouveaux juges. Il serait composé, entre autres personnes, d'un délégué du Barreau du Québec et d'un représentant du gouvernement du Québec, et serait ainsi plus représentatif, advenant la nécessité de nommer un magistrat québécois. Yvon Marcoux soutient que la participation du gouvernement québécois doit s'inscrire de manière « plus formelle » dans ce processus.
Une rencontre a été demandée avec Irwin Cotler. Ce dernier s'est montré ouvert à cet échange, qui arrive cependant un peu tard aux yeux de son homologue du Québec. « Nous aurions aimé l'avoir avant », de préciser Yvon Marcoux.
Plusieurs questions lui viennent en tête, mais il n'en connaît pas encore les réponses. Il s'agit là, convient-il, d'une préoccupation, et il se dit en recherche d'explications. « C'est certainement un sujet, assure-t-il, dont je vais discuter avec les partenaires. »
Dans le dossier des palais de justice, indique-t-il, quatre projets sont prioritaires : ceux de Salaberry-Valleyfield, de Cowansville, de Rimouski et de Val-d'Or. « Je ne dis pas qu'il n'y aurait pas d'autres travaux [à faire] ailleurs, nuance le ministre. Mais en termes de priorités et d'investissements plus importants, je pense que ce sont ces quatre-là. »
Sans avancer de date quant aux décisions à prendre pour débloquer les fonds afin d'aller de l'avant, Yvon Marcoux dit souhaiter que cela se fasse « à l'intérieur d'un délai raisonnable ». Chose certaine, conclut-il, ces quatre projets constituent des priorités en ce qui concerne les plans d'investissements à venir.
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