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Si depuis plus de 150 ans le juge a pour rôle de trancher les litiges dont il est saisi et de rendre jugement, depuis les dernières années, ce rôle s'est considérablement transformé. Impensable il y a seulement 10 ans, le juge peut maintenant régler un litige autrement que par procès, comme en témoigne, depuis 2001, la popularité grandissante des conférences de règlement à l'amiable. Pour le juge en chef de la Cour supérieure du Québec, François Rolland, ce n'est qu'un début. Avec l'émergence de la nouvelle culture judiciaire, le rôle du juge est appelé à évoluer de façon encore plus marquée dans le but d'assurer un meilleur accès à la justice au citoyen. Bilan d'ouverture du nouveau juge en chef dans l'œil de la réforme du Code de procédure civile.
À la barre de la Cour supérieure depuis le 1er octobre 2004, le juge en chef livre un message clair : il entend utiliser toutes les ressources dont la Cour dispose pour rendre la justice accessible et adaptée aux réalités d'aujourd'hui.
François Rolland, juge en chef de la Cour supérieure du Québec |
François Rolland a pris le gouvernail de la Cour supérieure du Québec avec « optimisme et humilité » et avec la profonde confiance d'insuffler à tous les juges sa vision moderne de ce qu'elle doit être. « La Cour supérieure est une institution accessible à tous les justiciables. Ses juges sont compétents, empathiques, efficaces, adaptés aux réalités d'aujourd'hui et fiers d'en faire partie », affirme d'entrée de jeu le juge Rolland, qui tient le cap « dans une période remplie de défis et où le rôle du juge évolue beaucoup plus rapidement qu'il y a 20 ans ».
Gouverneur à l'Institut national de la magistrature, il a participé en 1996-1997 à l'élaboration d'une formation sur les réalités sociales. Familles monoparentales, communautés ethniques, pauvreté, le juge en chef est conscient de ces nouvelles réalités qui, particulièrement dans le contexte des chartes des droits et libertés, « constituent un défi inhérent à la fonction de juge ».
C'est avec fierté qu'il annonce qu'à compter de septembre 2005 les avocats pourront réserver leur date de conférence amiable par Internet. S'il se réjouit du succès connu par ces conférences de règlement, dont le nombre est passé de 150 à 800 en quatre ans dans la seule Division de Montréal, il reconnaît du même coup qu'un « gros problème » d'accès à la justice subsiste. « Pour le justiciable qui a un revenu moyen, se rendre jusqu'au jugement en Cour supérieure peut être très onéreux, notamment en matière familiale. Que la personne gagne 25 000 $ ou 100 000 $ par année, les procédures sont les mêmes : interrogatoires, requêtes pour précision, expertises psychosociales. »
Aussi, le juge en chef se déclare-t-il heureux des nouvelles dispositions du Code de procédure civile sur la gestion d'instance. « La nouvelle procédure mérite d'être utilisée. Or, déplore le magistrat, en ce moment, les juges gèrent des dates, des délais, des échéanciers. »
Traditionnellement, le juge n'intervenait pas dans le déroulement de l'instance, observe le juge. « On n'a pas encore développé d'automatisme, de réflexe d'intervenir. Des séances d'information sur la gestion d'instance à l'intention des juges sont prévues en juin 2005. Si on simplifie la procédure, l'action de 30 000 $ ne coûtera pas une fortune au justiciable, et la justice deviendra plus accessible. »
Le juge en chef est également soucieux d'humaniser la Cour et de briser l'isolement rattaché par nature à la fonction de juge. Il tient sa porte de bureau ouverte, une invitation à tous les collègues de venir discuter avec lui.
En outre, la réforme n'a pas été adoptée dans son intégralité, et François Rolland anticipe sur la réalisation de la phase deux. « C'est surprenant de trouver encore dans le Code une dizaine de moyens dilatoires alors que l'on tente d'accélérer le processus de la justice. Là encore, on aurait avantage à remplacer les requêtes produites par écrit en vertu des articles 163 et suivants C.p.c par une conférence de gestion d'instance. »Un procès sur rendez-vous? Le juge en chef rêve au jour où il pourra donner une date de procès sur rendez-vous. Après l'expiration du délai de 180 jours, le justiciable obtiendrait une date de procès à son choix. « En vertu des dispositions sur la gestion d'instance introduite dans le Code lors de l'entrée en vigueur de la première phase de la réforme, nous pouvons, théoriquement, offrir dès maintenant cette option au justiciable lors d'une conférence de gestion d'instance. Il reste à changer les mentalités. On progresse dans cette voie.»
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