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Nouvelle Tour de Babel… langage juridique confronté au langage informatique

Christian Côté

Avec le développement des technologies de l'information, le vol d'entreprise fleurit. Les investigateurs informatiques croient posséder les outils nécessaires pour dénicher et inculper les malfaiteurs virtuels. Mais encore faut-il que la justice soit capable de se servir de ces outils modernes, qui sont à sa portée.

Le Service de la formation permanente du Barreau du Québec a tenu le deuxième volet de l'atelier L'avocat et la sécurité informatique (voir compte rendu de la première partie dans le Journal du Barreau du 15 avril 2005). Cette activité, ouverte à tous les avocats, tenait plus de la séance de démonstration des différents outils d'enquête à la portée des cyberdétectives que de la véritable séance de formation.

Cette démonstration visait à rappeler qu'il y a encore un arrimage à faire entre la profession juridique et celle qui se concentre sur l'investigation informatique. Les deux parties communiquent, mais pas toujours de façon efficace…

Utiliser le terme juste

Quand vient le temps d'enquêter sur un crime que l'on soupçonne avoir été commis à l'aide de l'informatique, un mandat d'enquête clair et précis est nécessaire, car les termes qui régissent le domaine informatique sont précis. Il faut donc établir des barèmes clairs au moment d'évaluer le cas.

Mais un juriste n'est pas nécessairement au courant du jargon utilisé dans le milieu informatique.

Les ordonnances de la Cour, par exemple, ne donnent pas toujours le mandat idéal ou complet aux investigateurs pour qu'ils recueillent la preuve en béton. Une question de connaissance des termes technologiques serait à l'origine de certains quiproquos.

D'où l'intérêt d'informer les avocats sur l'importance du travail d'investigation informatique. C'est du moins ce que croit Jacques Bourdeau, ingénieur en sécurité informatique.

M. Bourdeau a démontré que le travail d'enquête informatique exigeait une rigueur implacable. On a beau composer avec du langage binaire, il faut quand même appliquer une méthode efficace et éprouvée pour retracer les éléments importants.

Outils d'investigation

Les participants à l'atelier ont pu découvrir les outils d'investigation utilisés par les spécialistes pour dénicher l'information enfouie dans les disques durs des ordinateurs saisis par ordre de la Cour.

Ces outils prennent plusieurs formes, les premiers étant les unités d'acquisition des données. Ces unités, qui ressemblent à des blocs de plastique de la taille d'une tablette de chocolat, contiennent des disques durs qui enregistrent le stock de renseignements nécessaires à la saisie judiciaire.

Dès cette étape, les investigateurs agissent avec une extrême prudence. Une donnée altérée, et hop! c'est l'authenticité de la preuve qui vole en éclat.

Pour éviter les risques de bousiller des heures d'effort, le travail d'investigation est exécuté sur des copies du matériel saisi. Tout est réalisé en mode lecture et non pas écriture, encore une fois pour assurer l'authenticité du matériel. Des logiciels donnent même la possibilité d'assurer que rien n'a été modifié par les enquêteurs.

Pour analyser la matière recueillie, plusieurs logiciels spécialisés peuvent venir en aide à l'enquêteur. Ces logiciels permettent, par exemple, de déterminer qui a utilisé l'ordinateur et à quel moment afin d'établir ce qui pourrait être jugé comme étant conflictuel. On peut aussi avoir accès à la totalité de la cache Internet et identifier tous les sites Internet consultés.

En fait, grâce à ces programmes informatiques, tout ce qui est inscrit sur le support de données peut être passé au crible afin d'y dénicher l'élément, aussi infime soit-il, qui viendra confirmer les soupçons. L'enquête est une opération de précision.

Gare aux courriels!

Le conférencier Jacques Bourdeau a profité de ce deuxième rendez-vous pour mettre les participants en garde sur l'absence de sécurité du courrier électronique.

Ce mode de communication s'avère hautement hasardeux. Et pourtant, combien avouent être en parfaite confiance avec cet outil de communication, facile d'utilisation?

« Le courriel n'a jamais été conçu pour être sécuritaire, a-t-il lancé, provoquant la stupéfaction chez quelques participants. Il vaut mieux utiliser d'autres canaux de communication pour transmettre des informations importantes et confidentielles. »

Comme l'explique M. Bourdeau, un message électronique laisse des traces partout où il passe. Une version est intégrée à votre disque dur, une deuxième s'inscrit chez votre fournisseur d'accès Internet, et la troisième s'imprime dans la mémoire de l'ordinateur de celui qui reçoit le message. Le risque d'être intercepté par une tierce partie est donc assez important.

Alors, on le répète, oubliez le courriel pour les échanges que vous ne voulez pas voir découverts, tous les messages sans exception peuvent être retracés.

 

 
 

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