Le défi du nouveau bâtonnier, Serge Francoeur
Trouver le juste équilibre
C'est dans une ambiance de fête que s'est déroulée la cérémonie de la passation des pouvoirs, tenue au Château Mont Tremblant le 31 mai dernier, lors du banquet de clôture marquant la fin du Congrès 1997 du Barreau du Québec. Un moment fort émouvant pour celui prenant la destiné du Barreau pour la prochaine année... et un certain soulagement pour celui qui laisse la place, heureux j'imagine, de retrouver une vie normale.
La passation des pouvoirs entre le bâtonnier sortant, Me Claude Masse (à droite) et le nouveau bâtonnier du Québec, Me Serge Francoeur.Le bâtonnier Claude Masse n'a d'ailleurs pas manqué de souligner que l'année passée à la tête du Barreau en avait été une passionnante mais intense. Une des plus passionnante de mon existence, a-t-il dit en substance. «Et si j'avais eu à choisir l'année de mon bâtonnat, c'est cette année, mon année, que j'aurais choisie, et de loin».
Une année qu'il a passée haut la main avec l'aide de Me Serge Francoeur à la vice-présidence, qu'il a remercié chaleureusement, «malgré les différences qui nous séparent», a-t-il dit, dévoilant... ce que tout le monde avait déjà remarqué au fil des mois. Les invités ont bien ri! Me Masse en a rajouté, se disant confiant de pouvoir travailler à nouveau avec le nouveau bâtonnier, supposant une même allégeance politique éventuelle.
Il a ensuite tenu à remercier tous ceux qui l'ont aidé dans son travail au cours de la dernière année. Le personnel du Barreau, bien sûr, mais surtout sa famille, pour laquelle il doit beaucoup.
Me Masse a par la suite invité le nouveau bâtonnier à monter sur l'estrade pour lui remettre l'épinglette du bâtonnier, officialisant du coup la passation des pouvoirs entre les mains de Me Francoeur. Les invités, près de 500 personnes, se sont ensuite levés pour applaudir celui qui a si bien servi la cause du Barreau durant la dernière année.
Le nouveau bâtonnier
«Le grand défi, sous différentes facettes, c'est de trouver le juste équilibre dans le rôle socioprofessionnel du Barreau», a dit le bâtonnier Serge Francoeur, lors de la cérémonie de la passation des pouvoirs.Place maintenant au nouveau bâtonnier. Fort ému, les premières paroles du bâtonnier Serge Francoeur ont été pour son prédécesseur, qu'il a remercié «au nom de nos membres, de tes efforts et de ton travail incessant au cours de la dernière année. Pour avoir partagé avec toi la lourdeur de la tâche et plusieurs des situations survenues, je te témoigne de mon respect et mes voeux de succès t'accompagnent. Bonne chance à toi, ton épouse Anne-Marie et tes enfants.»
La suite du discours aura été pour sa famille, qui l'aura aidé à être ce qu'il est aujourd'hui. «Le chemin, pour devenir bâtonnier du Québec - je suis maintenant en mesure de le constater - il doit être bâti pierre par pierre, année après année. Les premières, elles proviennent de ta famille, des valeurs qu'elle t'inculque. De mon père qui, jeune avocat de la région de Trois-Rivières s'adaptant mal au régime de Duplessis, a quitté la région pour aller s'établir sur la Côte-Nord, coin de pays où tout était à développer. De ma mère, grande philanthrope qui est, je l'espère, la seule personne dans cette salle a toujours pouvoir lire mes pensées. Ce soir, je pense que je peux moi aussi lire les siennes. Tout à l'heure nos regards se sont croisés et j'ai senti que lorsqu'elle me regardait, et voyant son fils devenir bâtonnier du Québec, elle voulait livrer un message à toutes les mères dans cette salle: que même si vos fils ou vos filles sont difficiles à un certain âge, ne perdez pas espoir, ça se replace.»
Me Francoeur a également rendu hommage à son épouse, Lise. «Malgré des carrières fort différentes, elle m'a continuellement appuyé dans mes multiples implications et partagé mes idées pour développer notre profession. Il y a 18 ans, après nos études à l'Université d'Ottawa, elle a accepté de sacrifier beaucoup de choses pour m'accompagner un an à l'Université de Californie à Los Angeles. Encore aujourd'hui, nous entreprenons un voyage d'un an. Je veux juste te dire merci pour tout.»
Outre sa famille, Me Francoeur a également eu de bons mots pour ses associés de Baie-Comeau. Particulièrement pour Me Jean Nadeau, un partenaire de longue date, «(...) qui, de façon humble je l'admets, m'a transmis et me transmet encore les connaissances et les réflexes juridiques appropriés.»
Le nouveau bâtonnier du Québec prévoit, bien sûr, une année exceptionnelle, entourée du vice-président, Me Jacques Fournier, «une personne qui mérite toute notre confiance et avec qui je partage plusieurs affinités», du Comité administratif et du Conseil général aussi, et le support d'employés, qu'il a qualifié de «compétents et performants».
Le juste équilibre
Me Francoeur s'est ensuite attardé sur les grands enjeux de la prochaine année, prônant le juste équilibre: «Le grand défi, sous différentes facettes, c'est de trouver le juste équilibre dans le rôle socioprofessionnel du Barreau. L'État, par le Code des professions, s'est associé au Barreau et autres ordres professionnels et, sous son contrôle, nous fait participer à la protection du public. L'accent n'est plus sur les privilèges des membres de l'Ordre.»
«Indépendamment de ces structures, gouvernements, Office et Barreau, il y a les avocates et les avocats dont la mission est d'introduire la liberté dans la justice, cela est notre noble tâche.»
«Notre excellence scientifique, le développement élevé de l'éthique, l'avenir basé sur les nouvelles technologies et une ouverture globale sans frontières, n'empêcheront pas la socialisation de notre profession. Mais tout cela permettra aux avocates, avocats de conserver, voire de reconquérir dans un cadre différent, notre autorité et notre indépendance professionnelles, la seule qui compte vraiment.»
Me Francoeur a par la suite tenu à souligner l'influence qu'ont eu, pour lui, les bâtonniers précédents, notamment les trois seules femmes à avoir été bâtonnières du Québec en 148 ans d'histoire: madame la juge Sylviane Borenstein, et les bâtonnières Claudette Picard et Jocelyne Olivier. «Celles-ci m'ont aidé, m'ont fait réalisé des situations particulières et je tiens à mentionner aux avocates du Québec qu'elles ont en moi un allié indéfectible pour faire avancer certains dossiers.»
Enfin, M. le bâtonnier a terminé son allocution par une pensée toute simple, «comme je désire que mes actions le soient», a-t-il pris la peine de souligner. Une citation d'un homme moins connu pour ses talents d'auteur que ceux d'athlète, soit Babe Ruth, à la différence des messages de Balzac ou LaRoche Foucauld, habituellement cités dans de telle circonstance. Un message que Babe Ruth a livré à ses coéquipiers avant la septième partie d'une série mondiale de baseball: «nos coups de circuit d'hier ne nous feront pas gagner la partie de demain.»