Quelque 200 personnes étaient invitées au traditionnel dîner du Barreau du Québec à l'occasion de l'ouverture des tribunaux, le 2 septembre dernier, à Montréal. |
Le bâtonnier Serge Francoeur était l'hôte du traditionnel dîner du Barreau du Québec à l'occasion de l'ouverture des tribunaux, le 2 septembre dernier, à Montréal. Il a profité de cette tribune privilégiée pour faire le point sur l'état de la profession, et, de façon plus générale, sur l'administration de la justice au Québec où il s'est notamment dit insatisfait des nouvelles règles imposées par la procédure allégée.
«J'ai le sentiment profond que nous n'avons pas terminé le travail sur cette réforme» a-t-il dit en présence de quelque 200 invités, dont le nouveau ministre de la Justice, Serge Ménard. «Nous devons nous remettre à la tâche.»
Le bâtonnier du Québec, qui s'est toujours dit favorable à la mise sur pied d'une procédure allégée, estime que les changements apportés ont davantage amené une procédure accélérée qu'allégée, où aucun aspect n'a été simplifié. En ce sens, certains points doivent être améliorés. «D'ailleurs, comme il existe un proverbe qui dit qu'un changement en prépare un autre, ne serait-il pas temps, dans les domaines procéduraux, de cesser tous et chacun de proposer ou de mettre en place des réformes à la pièce et de penser plutôt à une réforme complète du Code de procédure civile, code où actuellement les exceptions s'appliquent plus souvent que la règle, de dire le bâtonnier du Québec. La procédure allégée a certes constitué un pas dans la bonne direction, mais ce n'est pas une réponse complète.»
Fierté d'être avocat
Dans un autre ordre d'idée, le bâtonnier du Québec s'est également efforcé de raviver les troupes, dans un contexte où «tout le système judiciaire et la profession d'avocat sont sous constante attaque». Il a donc rappelé aux membres du Barreau l'importance de rester fiers de faire partie du domaine judiciaire et de pratiquer la profession d'avocat. «Rappelez-vous pourquoi nous sommes devenus avocats, a-t-il dit. Les raisons de l'un peuvent différer de l'autre, mais la fierté nous a toujours guidés. Fiers d'aider les gens, la société et de pratiquer la plus belle des professions. Nous devons faire revivre cette fierté, petit à petit, en posant entre autres les actions suivantes: refaire notre image, être à la fine pointe des nouvelles technologies, continuer nos activités bénévoles et prioriser le pro bono en aidant les plus démunis selon nos capacités diverses, assurer l'indépendance judiciaire (...) et défendre le principe que, sous certains aspects, les tribunaux et le Barreau même if they are not twins, they are brothers.»
Le nouveau ministre de la Justice, Serge Ménard, a été accueilli par le bâtonnier Serge Francoeur. |
C'est par de petits gestes, posés individuellement, qu'il sera possible de faire changer les perceptions. En ce sens, le bâtonnier du Québec a rappelé que c'est aux avocats qu'il incombe de faire revivre cette fierté.
«En fait, tout n'est pas notre faute, mais on a des responsabilités et nous devons les prendre. Chose certaine, si les gens de cette salle, qui ont comme mandat, à différents niveaux, de faire valoir l'importance de la justice ne se lèvent pas, force est de constater que personne ne va se lever. Le Barreau du Québec, quant à lui, va se lever.»
Laissez-vous envoûter par la Chicoutai!Le bâtonnier Serge Francoeur, originaire de Baie-Comeau, a marqué cette soirée de façon tout à fait spéciale en offrant à ses invités une liqueur de son coin de pays: la Chicoutai. Il s'agit d'une liqueur élaborée à partir de la «chicouté», un fruit au parfum sauvage récolté exclusivement dans les tourbières de la Côte-Nord. D'une nature singulière, la «chicouté» passe du rouge au jaune à maturité et se caractérise par son goût légèrement amer et acidulé. On l'utilise localement pour les confitures et pour les pâtisseries. Servie comme liqueur, après une lente macération du fruit dans l'alcool, la Chicoutai offre une belle couleur ambrée à l'arôme plutôt invitant. Un digestif au goût nettement différent que les invités ont semblé apprécier. |
Monsieur le Ministre
Le bâtonnier a par la suite laissé la parole au nouveau ministre de la Justice, Serge Ménard, qu'il a félicité en son nom personnel et au nom des membres du Barreau du Québec.
«Je n'ai nul besoin, je crois, de défiler ici tous les éléments du curriculum vitae de Monsieur Ménard sauf peut-être le plus important: il a occupé le poste de bâtonnier du Québec en 1986-87», de dire avec humour Serge Francoeur.
Plus sérieusement, il a rappelé la carrière du Ministre, notamment celle consacrée à la pratique du droit criminel. M. Ménard a également été très actif au sein de son milieu, notamment à titre de président de l'Association des avocats en droit de la défense de Montréal. Il a de plus siégé à de nombreux comités dont celui de l'Association du Barreau canadien auprès de la Commission de réforme du droit. Avant d'être nommé ministre de la Justice, procureur général et ministre responsable de l'application des lois professionnelles, le 25 août dernier, M. Ménard a été successivement ministre de la Sécurité publique et ministre d'État à la Métropole.
D'ailleurs, d'entrée de jeu, le nouveau ministre s'est dit un peu triste d'avoir quitté le ministère de la Métropole, un poste où il a été amené à faire du «défrichage». Ce sera différent au ministère de la Justice, a-t-il précisé, où il n'aura qu'à récolter le fruit du travail de son prédécesseur, Paul Bégin.
On se rapellera que plusieurs dossiers ont été réglés ces derniers mois sous la gouverne du ministre Bégin, notamment à l'aide juridique, dans le dossier de la médiation familiale et, avec un moindre succès, avec les nouvelles règles imposées par la procédure allégée.
Cela dit, le ministre Ménard s'est tout de même dit particulièrement heureux d'avoir été muté au ministère de la Justice. Sans dévoiler ses priorités - il venait à peine d'être nommé lorsqu'il s'est adressé aux convives -, il s'est dit confiant de pouvoir travailler avec les différents intervenants du milieu, dont le Barreau du Québec.
En terminant, parmi les invités présents au dîner, outre le ministre Serge Ménard, soulignons la présence de l'honorable Charles Gonthier, juge à la Cour suprême du Canada, de l'honorable Pierre A. Michaud, juge en chef de la Cour d'appel du Québec, de l'honorable Lyse Lemieux, juge en chef de la Cour supérieure du Québec, de l'honorable Huguette St-Louis, juge en chef de la Cour du Québec, de Mme Eleni Bakopanos, députée d'Ahuntsic représentant la ministre de la Justice du Canada, Mme Anne McLellan, de Me Daniel Jacoby, protecteur du citoyen, et de Me P. André Gervais, nouveau président de l'Association du Barreau canadien, pour n'en nommer que quelques-uns.
Le dîner du Barreau du Québec est également l'occasion d'accueillir différents invités de l'étranger. Cette année n'a pas fait exception à la règle avec la présence de représentants du Louisiana State Bar, de l'Ordre des avocats à la Cour de Paris, de l'Ordre français des avocats du Barreau de Bruxelles, de l'Ordre des avocats à la Cour de Versailles et de la Cour d'appel de Versailles, ainsi que des représentants des jeunes barreaux de Paris, Bruxelles, Luxembourg, d'Angleterre et des États-Unis.