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Le Journal
Volume 30 - numéro 15 - 15 septembre 1998

ACTUALITÉ JURIDIQUE
La liberté d'informer n'est pas menacée
Assurer aux régions les mêmes services
N'est pas sténo qui veut!
Un pas de plus vers la communauté
Une nouvelle association est créée
Premier rapport annuel
Un déluge de juristes à Jonquière
Les régions se sentent plus concernées
Conférence sur le droit à communiquer
BARREAU DE MONTRÉAL
Tableau des sténographes
BARREAUX DE SECTION
Reprise des activités
CHRONIQUES
RECENSIONS JURIDIQUES
PROPOS DU BATONNIER
TRIBUNAL DES PROFESSIONS
PARMI NOUS
COMITÉ DE DISCIPLINE
COLLOQUES, CONFÉRENCES, SÉMINAIRES...
Comment choisir le bon recours
Les aspects fiscaux
Éthique et responsabilité
JEUNE BARREAU
L'AJBM rencontre le ministre Serge Ménard
Un nouveau visage pour l'AJBM
PRATIQUE PROFESSIONNELLE
La menace est-elle sérieuse?
TRIBUNE LIBRE
Urgence d'une réforme du C.p.c.
Merci!
Les médias...

Les médias...

Mark Savard, avocat
À la suite de la parution d'un article de Me Véronique Meunier, le 15 juin dernier (volume 30, numéro 11, page 24), rapportant les propos de madame Jocelyne Cazin, journaliste à J.E., tenus lors d'atelier de formation sur le pouvoir des médias et les relations avocats-journalistes, j'aimerais faire quelques commentaires concernant l'utilisation des médias comme source de règlement de conflits. Lorsque des fraudeurs notoires essaient de bénéficier des règles de la Loi sur la faillite et l'insolvabilité et de la protection du voile corporatif, voir le visage de ces gens sur l'écran couleur, rappelle l'époque où l'on placardait les murs des reproductions des auteurs de « hold-up ». De temps en temps, les dossiers traités par les émissions comme J.E. bénéficient sûrement du travail des journalistes.

Cependant, lorsque Madame Cazin nous dit se faire refiler des dossiers par des avocats parce que «le chemin légal sera très long et très ardu», permettez-moi de douter. La lenteur des tribunaux et l'abus de procédures sont devenus des clichés trop commodes. Ce genre de clichés transmis par les médias, directement ou indirectement, ne suscitent guère ma sympathie et causent un tort certain à ceux qui s'efforcent de pratiquer selon les nouvelles règles, en plus de ne pas rendre justice à ceux qui travaillent justement à développer notre système d'instruction contradictoire. Ce propos de madame Cazin et le suivant, que l'on trouve rapporté plus loin dans le même article: « un journaliste prend un dossier en main, comme par hasard, ça se règle en 24 heures », suggèrent que les services des avocats sont inefficaces et contournables. Les avocats règlent parfois un dossier en une semaine. Une justice trop expéditive serait évidemment critiquée par ces mêmes journalistes qui qualifient aujourd'hui le système judiciaire de lent et abusif. Si les journalistes et relationnistes veulent un « mariage » entre professionnels, et ceci est un commentaire strictement personnel, ils devront mesurer leurs propos susceptibles de nuire indûment à la profession, particulièrement attaquée en ce moment. Lorsque l'on constate l'état de la pratique pour les nouveaux diplômés, entre autres, qui aiment sûrement autant leur métier que les journalistes ou relationnistes aiment le leur, ceux-ci verront certainement venir de loin les journalistes leur enlever le pain de la bouche d'un côté en leur disant que leur collaboration est essentielle de l'autre.

Ceci étant dit, l'envers de la médaille est rarement divulgué aux gens sollicités par les médias pour qu'ils leur confient leurs problèmes qui sont la matière première gratuite et essentielle à la production de ces émissions de télévision. Les gens qui passent des commentaires sur d'autres au petit écran s'exposent à une requête en diffamation qui peut jouer un rôle négatif de taille dans la cause qui leur tient à coeur. Il m'est arrivé de représenter des clients ayant une bonne cause au départ et qui, ayant donné leur témoignage à une émission du genre, se sont retrouvés poursuivis pour le quadruple, voir le quintuple en dommages et intérêts dans une procédure de nature reconventionnelle pour atteinte à la réputation. Les dommages réclamés en diffamation sont autrement plus élevés que les demandes initiales des consommateurs, généralement contractuelles.

L'avocat qui représente le consommateur ayant l'intention d'exposer ses problèmes devant les caméras et le public, devrait, à mon avis, avertir son client du risque évident de poursuite en diffamation. Les médias voudront-ils alors s'engager d'avance à prendre faits et cause pour leur « client » advenant le cas et même s'obliger à l'indemniser de tout dommage si un règlement ou une condamnation survient à la suite de la diffusion de l'émission? Donner un droit de regard sur le contenu final de l'émission? C'est négociable. Actuellement, si une personne poursuivie est visitée par exemple, sans rendez-vous, avec une caméra cachée ou des caméramans, je n'aurai aucune hésitation, lorsque sa vie privée ou sa réputation est en jeu, à lui conseiller le recours approprié.

Quant au rêve hypermédiatique de M. Luc Lavoie du cabinet de relation publique National et son vent du sud, je le remercie de son conseil « de ne pas pratiquer en vase clos », conseil que j'ai dû entendre à quelques centaines de reprises depuis le début de ma pratique et qui est en voie de devenir un autre cliché. Après avoir séjourné aux États-Unis, j'ai cru remarquer que les médias américains ont un public en général, patriotique, informé, respectueux de sa constitution apprise tôt sur les bancs d'école, et celui-ci y est également inculqué d'un esprit de « Law and Order » que l'on retrouve moins au Québec. La médiatisation de la justice passe, avec respect pour d'autres opinions, par l'éducation et non par le tape-à-l'oeil médiatique qui, veut-on nous faire croire, est essentiel à la maîtrise de la profession et à ce que justice soit rendue.

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