Méconnue au sein même de la communauté juridique, la Fondation du Barreau célèbre cette année son vingtième anniversaire d'existence. Or, vingt ans après avoir fait ses premiers pas, un tout nouveau président à sa tête, l'organisme a des airs de jeune première. Avec un projet de bibliothèque virtuelle qui arrive bientôt à maturité et de nombreuses autres idées de réalisations pour l'avenir, qu'on se le tienne pour dit, la Fondation fera du bruit, affirme son nouveau président, Me Robert Mongeon.
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Me Robert Mongeon, président de la Fondation du Barreau, accompagné de la directrice de l'organisme, Me Claire Morency |
Créé à la fin des années 1970, l'organisme avait, à ses débuts, un mandat unique : promouvoir et contribuer au développement de la recherche juridique au Québec. Par le biais de subventions à la recherche et de concours soulignant les efforts menés en ce sens, la Fondation allait donc encourager l'avancement de la science juridique. Plus d'un million et demi de dollars ont ainsi été distribués au fil des ans au sein de la communauté juridique. Les années 1990 viendront toutefois élargir le mandat de l'organisme, y greffant un volet intérêt public, destiné non seulement aux juristes, mais aussi au public québécois.
De plus en plus ouvert
Une vocation tardive donc, mais que le nouveau président souhaite voir s'affirmer davantage au cours des prochaines années. « Tout organisme émanant d'un ordre professionnel a pour mission de promouvoir la protection du public, dit-il. À la Fondation, cette idée faisait implicitement partie du mandat. C'est aussi non seulement une façon d'assurer une certaine visibilité, mais aussi de mettre de l'avant des réalisations qui touchent un nombre important de personnes. »
Concrètement, depuis cette ouverture de mandat, la Fondation s'est notamment penchée sur la question du droit familial. En juillet 1997, elle rendait publics les résultats d'une étude sur la satisfaction des clients envers le processus judiciaire lié au droit de la famille. C'était une vaste consultation doublée d'une batterie de recommandations devant faciliter l'exercice de ce champ du droit tant pour les avocats que pour la population en général.
Ces recommandations, la Fondation a voulu les matérialiser en créant une pochette disponible en deux volets, le premier à l'intention des avocats pratiquant le droit familial et un second pour leurs clients. Conçus d'abord pour informer, les documents destinés aux clients font le tour des questions les plus fréquemment posées en cas de divorce; ils énumèrent la liste d'actions à poser ou de documents à produire, donne des conseils sur la façon d'expliquer la situation aux enfants, etc.
Quant aux documents destinés aux avocats, surtout préparés pour ceux qui ne pratiquent pas assidûment le droit familial, ils procurent aussi une mine de renseignements sur les documents, formulaires et procédures. Voilà une façon, selon Robert Mongeon, de permettre aux avocats « de gagner énormément de temps tout en étant toujours au courant des derniers changements survenus dans ce champ de pratique ». Il s'agit, ajoute-t-il, « d'humaniser le droit de la famille, tout en contribuant à démythifier cette espèce de monstre que sont les causes de divorce et offrir certains bénéfices à la clientèle. »
Ces objectifs ont par ailleurs, croit-il, été atteints puisque « à peine l'étude était-elle rendue disponible qu'elle provoquait des réactions positives ».
Toujours plus loin
Distribuée à tous les familialistes de la province, l'étude est en soi, selon le nouveau président, l'exemple parfait du volet « intérêt public » de la Fondation.
C'est ce volet que le projet de bibliothèque virtuelle, annoncé pour l'automne prochain, vient encore renforcer. Élaborée de concert avec le Barreau du Québec, la bibliothèque se veut en ce sens, explique Robert Mongeon, « l'assurance que tous les avocats pratiquant au Québec aient accès aux mêmes outils, autant ceux travaillant dans un grand cabinet du centre-ville de Montréal qu'à Chicoutimi, en Abitibi ou dans le Bas-Saint-Laurent. »
Sorte de banque de données sur les ouvrages et publications juridiques existants, la bibliothèque, accessible par Internet, sera ainsi disponible à tous les membres du Barreau. Elle contiendra aussi un kiosque d'information juridique conçu pour la population en général, où il sera possible de trouver réponses à certaines questions de nature juridique. La Fondation aura au total investi quelque 70 000 $ dans ce projet ambitieux.
Or, des projets comme celui-là, le nouveau président affirme en avoir en réserve. « Le droit de la famille, la bibliothèque virtuelle, ce sont des projets qui ont des impacts directs sur la profession et le public et c'est ce qui les rend intéressants. Nous voulons continuer en ce sens. D'autres pointent à l'horizon, ne serait-ce, précise-t-il, qu'à cause de la réforme du Code de procédure civile ».
Sans préciser la nature exacte des projets mis de
l'avant, Me Mongeon est cependant catégorique sur la philosophie qui devra les inspirer. « Nos intentions sont claires. Nous voulons remettre la Fondation sur la carte de la communauté juridique afin qu'elle soit perçue comme un organisme actif. »
Nul n'est prophète...
Une Fondation active donc, mais aussi beaucoup plus tournée vers les régions, soutient le président. « Il faut absolument promouvoir l'ouverture de la Fondation vers les régions pour que tous comprennent que ses activités ne sont pas réservées à une petite clique de grande ville. À la limite, ajoute-t-il, nous aimerions créer des centres d'intérêt de la Fondation dans chacune des sections du Barreau. »
L'objectif est simple, selon le président. Il faut absolument convaincre les 17 000 membres du Barreau de cotiser à la Fondation. Cet objectif est très loin de la réalité actuelle alors que la Fondation compte quelque 5400 membres inscrits. C'est que, explique le président, « 90 % des membres de la communauté juridique ne savent pas que la Fondation a un volet grand public. D'autres ne savent même pas qu'elle a un bureau permanent à la Maison du Barreau ou pire encore qu'elle existe! »
Il importe, selon lui, de briser cette méconnaissance générale. « Nous ferons beaucoup d'efforts pour être plus visibles et avoir une ouverture plus fréquente sur le monde juridique. Il faut absolument développer un intérêt réel de la communauté pour la Fondation parce que qui dit intérêt, dit souvent contribution financière ». Or, pour Robert Mongeon, le calcul est simple : de nouvelles cotisations représentent autant de nouveaux projets à pouvoir mettre de l'avant. « Un bon noyau d'avocats s'intéresse déjà à la Fondation, mais elle doit tout de même continuer à grandir. Pour être actifs, nous avons besoin de moyens suffisants. Si nous voulons solliciter la collaboration financière de groupes extérieurs à la communauté juridique pour mener à bien un projet ou l'autre, il faudrait d'abord que la majorité des avocats participent à la Fondation et la connaissent. Il n'y a pas 36 façons de le faire : il faut multiplier les contacts avec les gens pour qu'ils comprennent que nous les aidons dans leurs activités quotidiennes. Il faut faire vivre une cure de rajeunissement à la Fondation ! »