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Le Journal
Volume 30 - numéro 9 - 15 mai 1998

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Un défi de taille relevé avec brio
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Knock ou le professionnel déshumanisé
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Comment convaincre le juge
TRIBUNE LIBRE
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Quelques précisions

Des horaires plus flexibles pour solutionner le problème

Conciliation travail-famille

Louis Baribeau, avocat

Les superwomen font douze choses en même temps. À la fin de leur journée, elles ont l'air fraîches et disposes, mais en réalité elles frôlent le burn-out. Ces femmes de 25 à 50 ans sont prises en sandwich entre leur vie familiale et professionnelle. Pour concilier ces univers opposés, il leur faut des conditions de travail flexibles, révèle une récente étude dirigée par Louise Vandelac, professeure au département de sociologie de l'UQAM. Mme Vandelac présentait récemment les résultats de ses recherches au Lundi des avocates, organisé par le Barreau de Québec.

L'étude portait sur divers groupes d'employés des secteurs public, parapublic et privé. Un des groupes était constitué d'une trentaine de téléphonistes d'une entreprise de communication. L'horaire de ces téléphonistes est établi en fonction du nombre d'appels reçus à différentes périodes de l'année. Il varie à chaque jour. « Par exemple, le lundi, une des téléphonistes commence son travail à 5 heures de l'après-midi, le mardi, à 8 heures le matin, le mercredi, à 3 heures de l'après-midi, etc. », explique la professeure Vandelac. Elles prennent connaissance de leur horaire hebdomadaire seulement quelques jours à l'avance. Ces 30 téléphonistes ont recours à un total de 104 personnes pour garder leurs enfants. Durant les 14 jours où l'étude a été menée, elles ont fait 212 réarrangements de garde. De plus, elles ont tenté à 156 reprises de réarranger leur horaire de travail. Dans 80 % des cas ces tentatives se sont soldées par un échec !

Il tombe sous le sens que les types d'horaires de ce groupe de téléphonistes ont des impacts sur les enfants, la vie de couple, le taux de maternité, etc. Il est presque impossible de planifier des activités de loisir ou de formation.

Détresse psychologique

« Une des conclusions étonnantes de l'enquête est que plus de 50 % des hommes et des femmes avaient un indice élevé de détresse psychologique. Cet indice élevé est l'antichambre des problèmes d'épuisement chronique. J'ai été aussi étonnée de constater qu'il est pratiquement devenu normal que les conjoints choisissent des horaires décalés pour garder eux-mêmes les enfants et ainsi éviter les frais de garde », dit Mme Vandelac.

Ce type d'horaire est le pendant de ce qu'on appelle dans le secteur industriel le just-in-time. On planifie les horaires de travail au jour le jour en fonction des besoins de production de façon à restreindre au minimum le stockage des matières premières. La même tendance se retrouve dans les entreprises de services. « Quand je vois ces modes d'organisation du travail, je me demande si nous ne sommes pas en train de revenir en arrière. On a réussi depuis un siècle à réduire de façon considérable la durée du travail. Ce qui se profile à l'horizon, c'est un temps de disponibilité infini », dit Mme Vandelac.

La chercheuse a comparé les conditions de travail rigides de ces téléphonistes avec celles plus flexibles des employés d'une entreprise privée du secteur de l'énergie. Ces derniers ont le loisir de répartir leur prestation de travail de 8 h jusqu'à midi et de 13 h à 18 h pourvu qu'ils soient présents au travail au moins deux heures le matin et deux heures l'après-midi. La notion de retard devient désuète. En travaillant un peu plus chaque jour, les employés peuvent cumuler du temps libre au rythme d'une journée par deux semaines. Ils utilisent ces vacances lorsque leurs enfants ne sont pas à l'école, par exemple, lors d'un congé pédagogique ou d'une absence pour maladie. L'étude démontre que la productivité des employés n'est pas affectée par la flexibilité de l'horaire, car en général ils sont au travail de 9 h à 16h ou 17h.

Services de garde

« Il est décevant de constater, poursuit la professeure, que le gouvernement du Québec centre essentiellement sa politique sur les services de garde, comme si les enfants étaient à la source des difficultés à concilier le travail et la famille. L'hypothèse de créer des garderies de jour et de soir nous entraîne dans une perspective de disponibilité totale de l'employé. À quel prix pour les enfants? ».

Ce qu'il faut avant tout, c'est se préserver de faire des horaires comme ceux du groupe de téléphonistes visé par l'étude.

Journal du Barreau - fin d'article volume 30 - numéro 9 - 15 mai 1998

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