NDLR - Le Barreau de Montréal et la Centrale de l'enseignement du Québec présentaient en avril dernier la dixième édition du concours annuel de composition La justice a bonne mine. À l'intention des étudiants des niveaux primaire et secondaire de l'île de Montréal, le concours1 avait pour but cette année d'engager une réflexion sur la violence dans la société et plus particulièrement dans les écoles. Le thème : Le témoin: silence ou combat?
La remise des prix avait lieu le 19 avril au Complexe Desjardins, dans le cadre de la Semaine du Barreau de Montréal. Les gagnants, Julie-Anne Chapleau (École Lalande), Jérémy Tétrault Farber (Collège de Montréal), Quéré Griselda (Collège Stanislas), Julia Konow (Priory School), Lauren Ross (John XXIII/Dorval High School) et Jen Mutch (Miss Edgar's and Miss Cramp's School (ECS), ont fait lecture de leur texte devant public à cette occasion. Le Journal du Barreau vous propose, dans cette édition, les textes de trois des six lauréats. Les trois autres textes primés seront présentés dans l'édition du 1er août prochain.
Petit Paul pleure dans la cour d'école. Vous vous approchez de lui et il vous confie, au milieu de ses sanglots, que Claudette (la terreur de l'école) vient de lui prendre les 2 $ que ses parents lui avaient donnés pour acheter son lait. Allez-vous raconter à un adulte (parent, surveillant, professeur, directeur...) ce que Claudette « la terreur » a fait? Si oui, lequel et pourquoi?
Expliquez-nous pourquoi, si vous étiez témoin d'un événement (réel ou fictif) où une personne en situation d'infériorité se sentait menacée, vous auriez décidé d'intervenir ou de vous abstenir.
Julie-Anne Chapleau, Sixième année, École Lalande
La journée où j'ai décidé de tenir tête à Claudette-la-terreur était nuageuse. Les branches des arbres pliaient sous la puissance du vent. Je ne suis pas superstitieuse, alors je n'ai pas pris les nuages orageux qui planaient au-dessus de ma tête comme une menace. C'en était trop. Je ne pouvais plus supporter de la voir menacer et battre les petits pour avoir leur argent de poche. J'ai rassemblé un groupe d'amis et nous avons commencé à surveiller les enfants de première année. Je n'avais pas l'intention de la dénoncer car je déteste passer pour une rapporteuse. Malgré tous nos efforts, la terreur continuait de voler les plus jeunes. Nous parlions aux petits et nous écoutions attentivement leur histoire. Après quelques jours, nous avions remarqué qu'elle s'en prenait en majorité aux solitaires et à ceux qui sont différents des autres. C'était comme si pour elle, les voler était une manière de se moquer d'eux. Une de mes amies et moi les avons rassemblés. Nous pensions que s'ils se tenaient tous ensemble, ils courraient moins de danger. Nous avions raison.
Pendant quelques semaines, les jeunes de première année ont pu jouer sans être dans la peur constante de se faire taxer. Ils avaient confiance en nous et nous leur consacrions tout notre temps. Évidemment, ce système de protection ne plaisait pas à Claudette. Elle a sauvagement attaqué Marianne, une de mes amies, la seule d'entre nous qui n'était pas en mesure de se défendre. Pauvre elle! Mais encore une fois, j'ai refusé d'avertir la directrice. Nous avons cependant recruté d'autres personnes afin de pouvoir effectuer notre surveillance en équipe de deux. Si nous voulions bien protéger les enfants, il fallait d'abord que nous ne courrions aucun risque. Heureusement, Marianne n'avait rien de grave et elle s'est vite rétablie.
C'est dans cette journée que j'ai entendu l'histoire de petit Paul, un élève de deuxième année. C'était le plus horrible méfait de la terreur et j'ai décidé de la traîner sur les traces de la suspension. Cette fois-ci, elle ne s'était pas contentée de le battre. Elle avait apporté un poignard et l'avait menacé de le tuer. Le pauvre petit n'arrivait pas à sécher ses larmes et tremblait énormément. Je le comprenais d'ailleurs car même si Claudette n'est qu'en cinquième année, elle est la plus grande et la plus forte de l'école. J'ai accompagné Paul au bureau de la directrice et je lui ai raconté toute l'histoire de Paul et je lui ai dit qu'elle avait aussi menacé d'autres jeunes. Ensuite, je lui ai expliqué que mes amis et moi avions entrepris de les protéger il y a environ un mois. Elle m'a félicité pour mon initiative et elle a fait venir la terreur. Paul et moi sommes partis. Je ne sais pas ce qui s'est passé mais Claudette est restée avec la directrice pendant deux heures. Quand elle est sortie, son visage était rouge de colère et elle m'a foudroyée du regard. Je n'ai pu résister à l'envie de lui tirer la langue.
Ce n'est que beaucoup plus tard que j'ai appris qu'elle allait changer d'école. Les petits de première année n'ont plus eu de problèmes. À la fin de cette histoire, j'étais très fière de moi car j'avais réussi à vaincre ma peur et à aider les plus jeunes. Après tout, eux aussi ont droit à la sécurité!
Julia Konow Priory School
The Witness - I was walking by the bushes in the playground when I heard a soft whimper. I stopped. Was it just my imagination?
I turned towards the large and dense bushes. I was positive that the whimper had come from somewhere around the bushes. I started to go around the bush closest to me when I heard a long and frustrated moan. I leaned forward to take another step, but a twig snapped under the weight of my foot. The whimpering and moaning abruptly stopped and a terrified little voice said:
"Don't hurt me!"
"I won't" I responded coming around the corner.
As suddenly as the crying had stopped it started up again except much more loud and persistent.
I sat down next to the young boy. He looked around the age of eight and I remembered his name was Paul. I had seen him often the centre of the bullying in the playground.
"What happened?" I asked, although it was already quite obvious.
"My lunch money was stolen by that mean bully Claudette." He said without looking up even when he pointed at Claudette who was sitting waiting for any one else who dared to come in range of her strong hands.
Then he raised his head with a quick jerk and told me not to tell any adult about what had happened. I looked at his tear stained face and then into his desperate eyes.
"Of course I won't", trying to imitate my mother's respectful and understanding voice.
"Why wouldn't you?" Paul asked suspiciously.
"I won't because I respect what you have asked, but I will try and solve the problem with Claudette."
With that little Paul ran off without another word, but with a look of thankfulness on his face. I felt sorry for the little guy, but at the same time I was confused: "Why had he run off like that?" I wondered.
It was getting late. I headed home.
During supper my mom asked me if there was something wrong. I just said I was tired. The truth really was that I wanted to end the bullying.
As I was getting ready for bed there came a knock on my door. I opened the door. My mom looked at me, almost inspecting me. She studied my face and looked at the way I was standing.
"Come in" I said stepping aside to let her enter.
She went over and sat on one of my chairs and began to talk to me in her kind and respectful manner: "Céasare, she began in her heavy French accent, something is bugging you and I wish you would tell me. I know that you are twelve, but anybody can use a little help once and a while. You know I'll always be willing to talk about any problems or answer any questions if you need someone to talk to. Do you have a question?" She asked grinning.
"Yes, yes I do", I stammered amazed at how well she could read the expressions on my face.
"I wanted to know what to do if there is bullying in the playground at school and it was becoming quite out of hand, not that there is or anything..." I already felt awful that I had lied.
"I think that the best thing to do is to ask the bully to listen to the way you and everyone else feels about the way he or she is acting. It may not work, but you can always try it if you have to." responded my mom.
I thanked my mom and then went to sleep. I slept a dreamless sleep.
The next day was Saturday and I decided to go and speak to Claudette. I found her alone in the park a block away from my house. What was she doing? I couldn't quite see.
Her shoulders and head were lowered over her body as she kicked at the sand from her seat on top of a swing. Then it came to me like a bolt of lightning into my head. She was crying.
My body was left where it was standing, but my heart and my courage were slowly and cautiously walking towards Claudette. I came closer to her until I stopped just three feet away from her. She still hadn't noticed. Before I could stop myself I walked over and put my arms around Claudette in a comforting manner. I thought to myself that this was the last day I would ever see daylight again when her body stiffened, but instead she let go of her self and started crying uncontrollably and let me hold her up and tell her everything would be alright.
After what seemed like ages she stopped crying and looked up. She looked much younger and weaker. Then it poured out: "I've been put down and screamed at, I've been hit and thrown out...by my own family! I have had enough. I never meant to be so mean, but at first I got the same negative attitude as I have at home from the kids at school and I felt good being able to have power over people. I understand that it is wrong and hurtful, but I need help to work things out and nobody would help me." And Claudette burst into tears.
"I'll be you're friend", I said truthfully.
Claudette smiled a smile I had never seen before. It wasn't one full of nastiness or mirth, but one of great happiness and joy. I had done it!
Claudette and I are now good friends and Claudette had developed a new reputation for being a kind and caring person and there is never any bullying in the school's playgrounds.
Jérémy Tétrault Farber Secondaire 1, Collège de Montréal
Je suis en train de jouer au basketball avec mes amis. Je viens tout juste de rentrer le ballon dans le panier. Soudainement, à quelques mètres du terrain de jeu, je vois un groupe d'élèves de troisième secondaire qui battent un étudiant de première secondaire. Ils le rouent de coups de poing et quand le pauvre est trop épuisé pour résister, ils fouillent ses poches et en prennent le contenu. Avant de repartir, un des agresseurs dit à sa victime: « Si tu dis un seul mot au directeur général, on va te casser la gueule! »
Même pendant le cours de français, ma matière préférée, je ne peux me concentrer. La scène dont j'ai été témoin ne peut sortir de ma tête. Ce soir-là, mes devoirs terminés, je réfléchis.
« Cet élève devrait dénoncer ses attaquants! Mais c'est vrai que les élèves de troisième secondaire l'ont menacé. S'il les dénonce, ils seront probablement renvoyés de l'école. Par contre, ils pourront l'attendre après le dernier cours. Donc, cet élève est pris. S'il ne les dénonce pas, ses agresseurs continueront de l'achaler. S'il fait le contraire, il sera battu. Quel problème! Si seulement je pouvais l'aider. »
Tout à coup, une idée me frappe. Je me rappelle d'un jour, en cinquième année du primaire, une situation semblable m'était arrivée. Je m'étais senti très triste et fâché. Je ne voulais vraiment pas que l'élève qui s'était fait agresser se sente désespéré et vive des sentiments de tristesse et de colère. Je pense à comment je pourrais utiliser la solution à ce problème d'hier pour résoudre celui d'aujourd'hui. J'y parviens. Mon plan est prêt à être mis en action.
Le lendemain midi, à la cafétéria, je rencontre l'élève qui s'était fait battre le jour précédent. « Salut, lui dis-je. Comment t'appelles-tu? » « Pascal Dupuis », répond le jeune homme. « Eh bien, Pascal, j'ai vu des élèves du troisième secondaire te battre hier. Tu devrais les dénoncer. » « Mais, n'as tu pas entendu leurs menaces? Ils me battront encore plus! »
« Moi, j'ai un plan. Tu les dénonceras à un surveillant, mais tu diras au surveillant de faire semblant d'avoir été témoin de la scène. Donc, les élèves de troisième secondaire, qui t'ont battu hier, ne sauront pas que tu les as dénoncés. » « Quelle idée! Je le ferai tout de suite après le dîner. »
Après avoir terminé de manger, Pascal et moi allons voir Monsieur Halcours, le surveillant de la cour d'école. Pascal lui explique son problème. « Revenez me voir demain, nous dit-il. J'y penserai. »
Pascal et moi arrivâmes très tôt le matin suivant. On alla demander la réponse de Monsieur Halcours. Il nous dit qu'il accepterait s'il y avait plus de témoins. Donc, pendant la récréation, il circula partout dans l'école et demanda aux étudiants s'ils avaient vu des élèves de troisième secondaire battre un élève de première. Plusieurs admirent avoir été témoins, mais seulement après avoir obtenu de Monsieur Halcours la promesse de ne pas divulguer leurs noms aux agresseurs de Pascal.
Ce jour-là, tous les étudiants de troisième impliqués dans l'attaque contre Pascal se retrouvèrent au bureau du directeur général. D'abord ils nièrent leur responsabilité relative à cette accusation. Mais, quand Monsieur Halcours dit qu'il les avait vus lui-même, les élèves admirent leur crime. Leurs parents furent appelés à l'école pour assister à une réunion du conseil disciplinaire. Finalement, ces élèves furent renvoyés de l'école. Ils ne surent jamais qui les avait dénoncés!
« Eh, Pascal, dis-je à mon nouvel ami, penses-tu que mon truc a bien marché? » « Il a fonctionné à la perfection. Je devrais l'utiliser plus souvent. » « Si tu fais ça, je te bats. » Pascal commença à pâlir. « C'est une blague », lui répondis-je en riant.
1 Le concours s'adressait à trois groupes pour chacun des secteurs francophone et anglophone: les élèves du deuxième cycle primaire, ceux du premier cycle secondaire et ceux du deuxième cycle secondaire. Un gagnant est choisi dans chacun des groupes par un jury formé de membres du Barreau de Montréal.