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Le Journal
Volume 32 - numéro 12 - 1er juillet 2000

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Un mandat bien rempli
Les grands cabinets internationaux
Chambre de la faillite et de l'insolvabilité
Un bon rendement des REER
BARREAU DE LONGUEUIL
Une première édition fort réussie
BARREAU DE MONTRÉAL
La justice a bonne mine
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Les principes de base en droit d'auteur
Comment faire un choix objectif
Les acteurs municipaux sous surveillance
CONGRÈS 2000
La Charte obtient la faveur générale
Redonner confiance dans les institutions
De la sagesse et de l'éclectisme
Au service de ses concitoyens
Un avocat avec un grand A
Hommage à un homme de conviction
Favoriser l'avancement des avocates
Quel est l'impact de la Charte canadienne des droits et libertés à l'égard de la Cour suprême, de notre système judiciaire et de notre société?
Le congrès en photos
Le nouveau bâtonnier vise l'excellence

Les avocats à l'étranger

Les grands cabinets internationaux

Éric Dufresne, avocat

Bien des cabinets d'avocats ont développé ou accru, ces dernières années, leur présence à l'étranger. En fait, certains d'entre eux sont devenus de véritables cabinets internationaux. Qui sont-ils? Le plus souvent, ce sont des cabinets de très grande taille originaires des États-Unis et de la Grande-Bretagne.

Avec 51 bureaux implantés dans 30 pays différents, et 78,1 % de ses avocats basés à l'étranger, Backer& McKenzie, de Chicago, est nettement le cabinet le plus international de tous. Baker & McKenzie est aussi le plus grand cabinet au monde avec ses 2625 avocats1. Le cabinet britannique Clifford Chance totalise presque le même nombre d'avocats (2600) depuis sa fusion avec les cabinets américain Rogers & Wells et allemand Pünder Volhard Weber & Axster, l'année dernière. Et il est, lui aussi, très développé au plan international. Avant sa fusion, 46,8 % de ses effectifs étaient établis dans 17 pays étrangers. Depuis la fusion, ses effectifs sont répartis dans 30 pays différents2.

Est-ce à dire que les cabinets les plus internationaux sont nécessairement les plus grands ? La taille a certes à voir avec l'internationalisation, mais seulement partiellement. Sur les 20 cabinets les plus internationaux, 10 d'entre eux font partie des 50 plus grands cabinets au monde (comptant plus de 500 avocats). En pourcentage, la moyenne des avocats basés à l'étranger parmi les 50 plus grandes études fut de 12,7 % en 19983. Il s'agit d'un fort pourcentage si l'on considère que la grande majorité des cabinets dans le monde, qui comptent plus de 50 avocats, n'ont aucune présence à l'étranger.

Cela dit, taille et internationalisation ne vont pas toujours de pair. Ainsi, 20 % des cabinets du top 50 ont moins de 3 % de leurs avocats localisés à l'étranger et quatre d'entre eux n'en ont aucun. À l'opposé, certains cabinets de taille moyenne sont, en proportion, très internationaux. Les deuxième, cinquième et sixième études les plus internationales ne comptent qu'entre 172 à 340 juristes (voir le tableau). Pour ces cabinets, le futur passe nettement par l'internationalisation de leurs activités, et ce, en dépit de leurs ressources limitées.

La nationalité

Les cabinets britanniques sont nettement les cabinets les plus internationaux. Vingt-six d'entre eux ont des bureaux outre frontières. Ils détiennent chacun, en moyenne, neuf bureaux à l'étranger. Parmi eux, cinq possèdent plus de 20 bureaux outre frontières, tandis que cinq autres cabinets en ont entre 10 et 204.

Les cabinets américains constituent aujourd'hui le second groupe de cabinets les plus internationaux, au moins 57 d'entre eux ayant des bureaux à l'extérieur de leur territoire. Ces 57 détiennent chacun, en moyenne, 5,25 bureaux à l'étranger. Toutefois, seulement deux cabinets en ont plus de 20. Cinq autres en comptent entre 10 et 20.

Lorsque l'on considère ces chiffres, on ne peut que conclure que les grands cabinets américains sont moins développé au plan international que les cabinets anglais; même s'ils le sont quand même passablement. En effet, l'économie américaine est six fois plus importante que l'économie anglaise et 31 des 50 plus grands cabinets au monde sont américains, contre seulement 10 pour les Britanniques.

Quoique dans une moindre mesure, certains cabinets des Pays-Bas sont relativement présents à l'étranger : deux d'entre eux y ont plus de 10 bureaux, deux autres en ont respectivement sept et six... Pour un pays possédant une économie de taille relativement modeste, ce n'est pas si mal.

Les Hollandais ont toujours regardé au-delà de leurs propres frontières, affirme Me Theo Van Maaren du bureau Baker & McKenzie d'Amsterdam, lorsqu'interrogé par la revue International Financial Law Review de janvier dernier. « Cela fait partie du caractère des gens d'ici. Nous faisons beaucoup de commerce international et nous avons beaucoup de firmes multinationales: Shell, Unilever, Philips5 » et ce, depuis longtemps. Les cabinets ont suivi les entreprises là où celles-ci faisaient affaires.

Pour ce qui est des cabinets germaniques, 17 d'entre eux possèdent des bureaux à l'étranger; pour un total de 79. Cependant, un seul de ceux-là en possède plus de 10, tandis que neuf autres en comptent entre et huit. Proportionnellement, c'est moins que les Hollandais si l'on considère que l'économie allemande est six fois plus grande que celle des Pays-Bas, et que plusieurs grands cabinets germaniques n'ont aucune présence à l'étranger.

Ce n'est toutefois qu'au début de la dernière décennie que les cabinets allemands ont commencé à prendre de l'expansion, tant au plan domestique qu'international. Avant 1989, le Barreau allemand interdisait qu'un cabinet compte plus de 20 partenaires. Depuis que cet interdit a été levé, certains cabinets ont grossi très rapidement... et cette expansion ne semble pas vouloir bientôt prendre fin, à voir les récentes fusions qui se sont produites entre de grands cabinets allemands avec ceux de d'autres nationalités.

Pour sa part, la France ne possède qu'une poignée de cabinets internationaux.

Quant aux cabinets des autres pays, ils sont, en général, peu internationaux, en comparaison. On y retrouve soit qu'un ou deux cabinets comptant plusieurs bureaux à l'étranger par pays ­ comme au Canada, en Australie, en Italie, en Suède ou au Danemark ­, soit aucun.

Les Anglais et les Américains

L'ampleur des effectifs actuels des grands cabinets anglais et américains est loin d'être le seul facteur expli-quant le haut niveau d'internationalisation d'un bon nombre d'entre eux.

Les cabinets britanniques ont été les premiers à exploiter les opportunités qui se présentaient à l'échelle internationale6 pour assurer leur expansion. Encore aujourd'hui, « l'expansion internationale peut seule nous assurer la croissance », estime Me Terence Kyle, de l'étude londonienne Linklaters & Paines7. C'est que, contrairement à celui des États-Unis, le marché domestique du Royaume-Uni est relativement modeste. « Cette nécessité, jointe à la précocité de leur expansion internationale, explique en partie qu'ils y soient si développés aujourd'hui. S'ajoute aussi à cela une volonté réelle et ancrée depuis longtemps de développer des réseaux juridiques internationaux; volonté que la vaste majorité des cabinets américains ne possèdent toujours pas. Compte tenu des besoins actuels considérables des clients internationaux, certains observateurs jugent que les cabinets anglais ont agi en visionnaires.

Par ailleurs, les cabinets anglais ont pu, et peuvent encore, s'appuyer sur un très grand avantage pour se développer sur la scène mondiale : le droit anglais. Celui-ci est largement utilisé dans le commerce international depuis l'établissement de l'empire colonial britannique au XIX8. Ce n'est que depuis une vingtaine d'années que la domination internationale du droit anglais est remise en question par le droit américain.

Ces deux droits sont aujourd'hui utilisés au plan international dans bien des secteurs, comme la finance et la construction. Ainsi, bien de grands projets d'infrastructure requièrent la participation de plusieurs entreprises et de banques provenant de différents pays. Ces dernières réclament que les parties soient gérées par un droit reconnu mondialement ­ le droit anglais ou maintenant le droit américain ­ plutôt que par un autre droit, lui inconnu. En outre, indique Me Ilan Dunsky, de chez McCarthy Tétrault, « les clients veulent que ce soit un grand cabinet américain ou britannique qui se charge de la question du financement; même si un cabinet d'une autre origine, comme un cabinet canadien, serait en mesure de la gérer. »

Les facteurs qui expliquent que les cabinets américains constituent, aujourd'hui, le second groupe de cabinets le plus international sont en bonne partie différents de ceux des Anglais. La prospérité que les États-Unis ont connu, après la Deuxième Guerre mondiale, a fait en sorte que la très vaste majorité des cabinets américains ne se sont longtemps intéressés qu'à ce qui se faisait chez eux. Ce n'était souvent qu'à la demande des grandes entreprises américaines, qui formaient le cœur de leur clientèle, que ces cabinets consentaient à s'établir à l'étranger, et ce, afin de les y aider à compléter leurs transactions. Quand ces grands clients mettaient un terme à leurs activités dans un pays, les cabinets y fermaient leur bureau.

Depuis le milieu de la décennie 80 cependant, les motifs poussant les grands cabinets à s'implanter à l'étranger ­ à leur propre initiative cette fois ­ se sont diversifiés. Tout d'abord, les forts profits générés par les affaires internationales en ont incité plus d'un à accroître leur présence. D'autres s'y sont plutôt établis par mesure défensive : pour ne pas perdre des clients aux mains des cabinets internationaux. D'autres encore ont ouvert, durant la dernière décennie, des bureaux en Europe parce que le renforcement anticipé de l'Union Européenne, à partir de 1999, allait donner naissance à un marché unifié trop important pour pouvoir être ignoré.

Finalement, plusieurs cabinets américains se sont implantés à l'étranger par pur mimétisme. Ils ne sont toutefois pas les seuls dans ce cas, certains cabinets anglais agissant de même à l'occasion. La plupart des bureaux ouverts en Italie par des cabinets britanniques l'ont été davantage pour suivre une mode que pour des motifs réellement justifiés, selon l'avocat italien Francesco Aleandri, de chez Piergrossi Villa Manca Graziadei. « D'après mon expérience, quand un cabinet de la City fait quelque chose, les autres cabinets en font autant9. »

« Dateline 2000 : the world's biggest firms », International Financial Law Review, janvier 2000, pp. 14-16.

« Clifford Chance becomes the world's largest firm », International Financial Law Review, août 1999.

« The global players revealed », International Financial Law Review, novembre 1998, pp. 23-30.

Ces chiffres ne sont pas exhaustifs. Ils proviennent de compilations que nous avons effectuées à partir de différentes bases de données, comme tous les autres qui sont présentés par la suite.

Citation extraite de l'article « Benelux firms resist international competition », International Financial Law Review, avril 1998, pp. 39-41.

Cette explication est formulée dans l'article « Settingthe law firm standard », International Financial Law Review, novembre 1997, pp. 16-28.

« Quality control drives New York strategy », IFLR, mars 1999, pp. 23-26.

« Red tape around the world », The Economist, 23 novembre 1996, pp. 77-78.

Citation extraite de l'article « Italian firms look to domestic strength », International Financial Law Review, avril 1999, pp. 41-44.

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