Le Comité sur les femmes dans la profession du Barreau du Québec a décerné le Prix Christine-Tourigny à l'honorable Lise Gaboury, juge à la Cour du Québec, soulignant sa contribution exceptionnelle à la progression des femmes dans la profession. La cérémonie de remise avait eu lieu le 3 juin dernier, à Mont-Tremblant, à l'occasion du congrès du Barreau du Québec.
Madame la juge Lise Gaboury, de la Cour du Québec, est la troisième personne à recevoir le Prix Christine-Tourigny du Comité sur les femmes dans la profession. Elle reçoit ici le prix des mains de Me Jean Saint-Onge, membre du Comité |
La bâtonnière Jocelyne Olivier, présidente du Comité, était retenue à Québec et avait confié à Me Jean Saint-Onge, membre du Comité, le mandat de remettre le prix à la récipiendaire, décerné pour la première fois à la juge Christine Tourigny en 1998 (le prix porte maintenant son nom). L'honorable Réjane Laberge-Colas a mérité le prix l'an dernier.
Femme sur la ligne de feu, pionnière en devenant avocate travailleuse autonome dès 1983 et juge municipale dès 1985, Me Saint-Onge a dit admirer l'audace du cheminement professionnel de la juge Gaboury, « qui en fait déjà une femme de mérite. Une femme dont la force et la grandeur lui ont valu une réputation sans faille, une amie pour plusieurs et plus particulièrement pour les jeunes avocates du Québec, pour qui elle est une précieuse conseillère. »
Particulièrement fière de son prix, la juge Gaboury, fidèle à la mission de son Comité, a lancé un appel aux femmes de la profession: « Ne tolérez rien : ni harcèlement, ni sexisme! Parlez-en au Barreau, il va vous soutenir! »
Diplômée en droit de l'Université de Montréal, madame la juge Gaboury a été admise au Barreau du Québec en 1974, après quoi, elle s'est jointe au bureau de l'Aide juridique de Joliette, section criminelle. Me Véronik Durocher, directrice générale du Centre communautaire juridique Laurentides-Lanaudière, se rappelle de cette époque. « Me Gaboury a été la première femme à pratiquer le droit criminel à l'Aide juridique de Joliette. S'imposer en droit criminel, il y a 25 ans, dans une ville de province et dans un milieu réservé aux hommes demandait du cran. À force de courage et de détermination, Lise Gaboury a réussi à faire sa place, à se faire accepter des clients, des confrères et des juges. »
Puis, en 1980, l'avocate criminaliste part pour la France. À son retour, en 1983, elle ouvre un bureau à Terrebonne et y établit une pratique générale en droit civil et pénal, en plus de siéger comme juge municipale de Sainte-Thérèse dès 1985.
En 1990, Lise Gaboury devient la première femme bâtonnière de la section Laurentides-Lanaudière. L'honorable Ruth Veillet, juge à la Cour du Québec, a œuvré avec elle au sein de l'exécutif du Barreau de leur section. « La juge Gaboury a contribué, par son exemple, à donner aux femmes le goût de foncer. C'était une battante! Ses deux enfants sont avocats: Me Sophie Dagenais et Me Marc-André Dagenais. C'est une femme de grande qualité, avec un sens très développé de la collectivité. Pour elle, la profession c'était aussi un don de soi. »
Elle deviendra la première présidente du Comité sur les femmes dans la profession, mis sur pied par le Barreau du Québec en mars 1991. Elle y restera jusqu'à sa nomination comme juge à la Cour du Québec, en mars 1996. Une présidence qui ne passera pas inaperçue alors que dès le mois d'octobre 1991, elle invite les 4000 avocates inscrites au Tableau de l'ordre à compléter un sondage visant à faire le point sur la situation des femmes dans la profession. Un énorme travail de déblayage qui donnera lieu à un plan d'action, présenté par le Comité au Barreau du Québec en août 1992. La bâtonnière Jocelyne Olivier, l'actuelle présidente de la Commission de l'équité salariale, qui a succédé à Me Gaboury comme présidente du Comité, se rappelle de ces années d'effervescence. « À bien des égards, la juge Gaboury a été une pionnière, notamment en devenant juge à la Cour municipale. Elle a toujours revendiqué un accroissement du nombre de femmes à la magistrature. Sa nomination à la Cour du Québec en 1996 est le couronnement d'une carrière remarquable et d'une lutte tenace pour l'accès des femmes à des postes de juge. »
Enfin, Me Denis Matte, de la Commission des normes du travail, qui a travaillé avec Me Gaboury à la réalisation des objectifs du Comité, se souvient d'une femme active, dévouée, qui savait regrouper les gens. « C'est sous son mandat que le Comité a présenté sa politique contre le harcèlement sexuel au travail. Un guide visant l'élaboration d'une telle politique a été rédigé en mars 1994, afin qu'elle soit mise de l'avant par le plus grand nombre de cabinets. Le Comité a aussi participé à l'élaboration d'une politique d'équité dans l'embauche et dans l'emploi, publiée par le Barreau du Québec en avril 1995. Elle était une présidente d'une énergie et d'un dynamisme contagieux. »