La Médaille du Barreau du Québec a été décernée cette année à l'honorable Louis LeBel, en présence de quelque 250 congressistes lors d'une cérémonie qui avait lieu le 1er juin, dans le cadre du congrès 2000 du Barreau du Québec. Créée en 1982 pour mettre en lumière l'apport exceptionnel de ceux et celles qui ont contribué au développement de la société québécoise dans le domaine du droit, la médaille a été remise par le bâtonnier Denis Jacques, accompagné pour l'occasion par la ministre fédérale de la Justice, Anne McLellan. Chacun à sa façon a tenu à souligner les qualités exceptionnelles de l'homme, mais aussi du juriste qui accédait en janvier dernier à la Cour suprême du Canada.
C'est entouré de la ministre fédérale de la Justice, Madame Anne McLellan, et du bâtonnier Denis Jacques que le juge Louis LeBel reçoit la Médaille du Barreau, la plus haute distinction accordée par le Barreau du Québec |
Le bâtonnier Denis Jacques a salué en l'homme un grand juriste, un juriste complet qui a mis sa vie au service du droit. Un bâtonnier aussi (1983-1984), qui a mis tous ses talents, ses énergies et ses convictions à faire évoluer la profession d'avocat. « Il ne nous est pas permis, ni comme corporation professionnelle, ni comme avocat, de laisser les choses aller... engourdis par le rêve de ce que nous étions », avait d'ailleurs affirmé le futur bâtonnier LeBel, dès 1983.
Le bâtonnier Jacques a de plus mis en lumière la justesse de la vision du magistrat à l'endroit de la profession, une vision toujours d'actualité et à l'image de sa carrière. « Notre profession, avait dit le bâtonnier LeBel lors de son allocution de clôture du congrès du Barreau en 1984, n'est pas seulement une entreprise, un métier ou un emploi, si légitime que soit cette conception. Elle dépasse ce cadre et se voit imposer une responsabilités de qualité et de disponibilité que nous devons assumer pleinement en raison de notre rôle dans l'application, l'interprétation et le développement du droit. »
Les congressistes qui assistaient à la cérémonie ont réservé une chaleureuse ovation au juge LeBel, qui a manifestement appréciée, faisant part de sa joie et de son bonheur pour le geste de reconnaissance exprimé par cette famille, cette communauté, avec qui il partage la passion de la justice, du droit, et du service à la société. « Au milieu des incertitudes de la vie, j'ai toujours aimé ce métier, qui nous forme et nous développe par le service d'autrui. Je continuerai à travailler pour ce milieu », a-t-il dit.
L'honorable Louis LeBel est le deuxième magistrat de la Cour suprême à recevoir la plus haute distinction décernée par le Barreau du Québec à un juriste. On se souviendra qu'en 1995, l'honorable Claire L'Heureux-Dubé avait reçu le même honneur.
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Admis au Barreau en 1962 après avoir obtenu sa licence en droit de l'Université Laval en 1961, le juge LeBel a complété une maîtrise en droit à l'Université de Toronto en 1963 et obtenu un diplôme d'études supérieures en droit privé de l'Université Laval en 1965.
Avec le bâtonnier Henri Grondin, c.r. il a été l'un des fondateurs, en 1964, du cabinet Grondin, Poudrier, Bernier, auquel il a été associé jusqu'à sa nomination à la Cour d'appel du Québec, en juin 1984. « Me LeBel était l'âme dirigeante du bureau sur le plan juridique et professionnel. Rien ne lui échappait, se rappelle le bâtonnier Grondin. Il a souvent été comparé à l'honorable Louis-Philippe Pigeon, de la Cour suprême, pour sa grande acuité juridique, son sens pratique et sa mémoire phénoménale : une véritable bibliothèque vivante! »
Il est aussi coauteur, avec Me Pierre Verge c.r. et Me Robert-P. Gagnon, de l'ouvrage de référence en droit du travail au Québec, publié aux Presses de l'Université Laval en 1971, puis revu et augmenté en 1991 sous le titre Le droit du travail.
Le juge LeBel a été très actif au sein du Barreau du Québec, notamment au Comité de rédaction de la Revue du Barreau (1976-1982), mais surtout à titre de bâtonnier du Québec en 1983-1984, une époque de tension sociale et de difficultés économiques, se souvient le bâtonnier Pierre Sébastien, c.r., alors vice-président du Barreau: « L'événement le plus marquant, à l'époque, a été la construction de la Maison du Barreau. Or, ce projet n'avait pas l'adhésion de tous les membres. Malgré la controverse, le bâtonnier LeBel a contribué, par son leadership et avec respect pour l'opinion contraire, à la réussite du projet. »
À la fin de son mandat à la présidence du Barreau, le bâtonnier LeBel a été nommé juge à la Cour d'appel, où il a siégé jusqu'à sa nomination à la Cour suprême, le 7 janvier dernier. L'honorable Paul-Arthur Gendreau, qui lui a succédé comme juge coordonateur à la Cour d'appel, reconnaît en lui un leadership intellectuel qui se traduit notamment par des connaissances considérables dans le domaine juridique. « Le bijuridisme canadien, comme système de droit comparé, l'a toujours intéressé, observe le juge Gendreau. Tous les systèmes juridiques piquaient sa curiosité. Il a d'ailleurs fait partie, en juin 1999, d'une délégation d'experts canadiens en Chine, pour discuter du nouveau droit privé qu'ils entendaient introduire chez eux. »
Le bâtonnier Denis Jacques a également côtoyé le juge LeBel alors qu'il se joignait, en 1978, à l'étude de Québec où celui-ci pratiquait. « Je me souviens d'un brillant intellectuel et d'un excellent juriste, de dire Denis Jacques. Le début de la pratique est une étape très importante qui laisse sa trace. Le juge LeBel, par son savoir, par sa passion de la profession, a toujours été une source d'inspiration pour tous les avocats qu'il a contribué à former. Ce fût un privilège pour moi de pratiquer dans un tel environnement. »
Me Jean Loranger, c.r. et Me Émile Colas, c.r. (1982), Me Jacques Viau, c.r. (1983), Me Louis-Philippe de Grandpré, c.r. (1984), l'honorable Marcel Crête (1986), l'honorable René Dussault (1987), l'honorable Jean-Louis Baudouin (1988), l'honorable Jules Deschênes, c.r. (1989), Me Paul-André Crépeau, c.r. (1990), l'honorable Alan B. Gold (1991), Me Yves Fortier, O.C., c.r. (1992), l'honorable Albert Mayrand (1993), Me Gil Rémillard, c.r. (1994), l'honorable Claire L'Heureux-Dubé (1995), Me Michael H. Cain, c.r. (1996), Me Bartha Maria Knoppers (1997), Me Monique Ouellette (1998) et Me J. Vincent O'Donnell jr (1999).