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Le Journal
Volume 32 - numéro 13 - 1er août 2000

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Fixation des pensions alimentaires pour enfant
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BEAUX MOTS DITS

Histoire de pêche

Jacques R. Roy, jcq

C'est vaste comme le monde et profond comme la mer, l'océan Pacifique. Johnny, mon beau-frère, en ce matin de la mi-mai 2000 dans son petit bateau de pêche, m'expliquait que le Pacifique était aussi étendu que tous les autres océans réunis. Nous étions sortis de grand matin quelque part sur l'île de Vancouver à trois cents kilomètres au nord de Victoria, à la chasse aux saumons. Deux aigles à tête blanche pourchassaient au-dessus de nos têtes des hérons bleus qui s'enfuyaient à double tour d'ailes. Comme des Sioux sur les sentiers de la guerre, nous apprêtions avec minutie et en silence nos lignes et nos appâts pour les laisser danser ensuite à l'arrière du bateau, qui trottait doucement sur l'eau qui s'ébrouait comme un cheval au champ.

Peut-être le bonhomme LaFontaine, dans sa fable Le chêne et le roseau, pensait-il aux pêcheurs à la ligne des ruisseaux ou sur un petit bateau quand il écrivait que « patience et longueur de temps font plus que force ni que rage ». À force de regarder le bout de la canne à pêche au cas où son bout se mettrait à s'émouvoir et à se mouvoir d'aise parce qu'un poisson tout en-dessous s'était épris de l'appât en bout de ligne, j'animais et bougeais ma tête pour éviter de sombrer dans le sommeil juste du pêcheur que surprendrait le poisson. Mais je rêvais, éveillé à demi, à mes peu nombreuses excursions de simple pêcheur. Ni moi ni la pêche ne sont faits pour cheminer ensemble sur le cours d'eau de la vie et s'éprendre l'un de l'autre au point de se fusionner, tel le chasseur et sa proie dans l'ombre. Peut-être n'ai-je point la force de la patience pour dompter ma rage face à la longueur de temps que la pêche nécessite pour l'apprivoiser.

Il me souvint qu'à la mi-août une année bien lointaine, je m'étais retrouvé dans une chaloupe bâtie au pays de Madeleine de Verchères avec mon ami Pierre, grand pêcheur devant les mortels. Nous voguions, tels des grenouilles en foire sur les flots lisses, comme un miroir aux alouettes du lac Saint Jean. Pierre m'avait parlé avec émotion et effusion des saumons d'eau douce que sont les ouananiches qui règnent et gazouillent dans ces eaux du royaume du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Il me souvient que cet après-midi là, Pierre ne reçut la visite dans notre chaloupe d'aucun poisson mais que son compagnon eut la fortune de toucher et de haler plusieurs poissons pour le souper sur l'herbe du soir avant qu'il ne se couchât. C'était, de toute évidence, ce qu'un bonhomme fabuliste moderne aurait qualifié de la chance d'un premier venu aux cartes.

Une autre fois, au temps de mon anniversaire de naissance qui tombait cette année là en mai, mon ami Roméo m'avait entraîné, à mon corps se défendant à la pêche, sur le pourtour du lac des Deux-Montagnes. Il nous fallait faire du lancer léger depuis la terre plus ou moins ferme dans l'eau qui scintillait devant nous. Rarement mon lancer était assez fluide pour se prolonger jusqu'à l'eau où devait s'agiter la truite promise par Méo.

Mon lancer ne me quittait point pour prendre son envol dans l'air libre et se rafraîchir dans la douceur moelleuse du lac. Il arriva à mon lancer de se saisir du sac à pêche de mon compagnon d'infortune et une autre fois d'une forte branche de l'arbre au dessous duquel Méo s'était réfugié pour goûter aux délices de son lancer léger et éviter les miens par trop lourds. Sans hameçon aucun, tous retenus dans les feuilles des bouleaux, ni poisson d'aucune taille, je m'en fus au soleil baignant dans le lac, bredouille mais content d'en avoir fini avec mes lancers, chez moi, où nous accueillirent en chœur et à cris des amis joyeux pour une fête surprise que ma femme avait concoctée pour la commémoration actuelle de ma naissance précédente.

Quand j'étais enfant de moins de dix ans, je m'en allais à la fin des classes en juin passer mes vacances avec un de mes cinq frères à la campagne chez un oncle amateur de fraises et de politique. Il y avait là un pont de bois et dessous une rivière blanche. On se taillait une branche avec la hache de mon oncle. On y joignait une corde qu'on trouvait dans la grange et qui servait à lier les bottes de blé. Puis au bout de la corde on y ajoutait un gros clou pris dans la menuiserie et un hameçon acheté au magasin général après la longue grande messe du dimanche. La canne à pêche sur l'épaule, les pieds nus dans l'herbe et la terre, nous descendions à la rivière pour y pêcher sous le pont des poissons qui parfois venaient nous y voir. C'était léger et exquis ce temps de la pêche avec mon frère Jean sous le pont de mon enfance qu'on en revienne bredouille ou sentant le poisson à plein. On avait le temps de se comprendre et se parler doucement sans lancer ni paroles que celles du vent et du silence.

À la mi-mai de cette année 2000, le soleil était maintenant à son zénith et Johnny et moi toujours dans notre bateau de pêche à la poursuite de saumons qui ne nous pourchassaient point à notre grand dam. Sur les roches de la petite île qui abrite le phare et la maison du gardien de phare, des phoques luisants de noir éclatant se prélassaient au soleil et nous narguaient de leur barbiche mal tondue.

Du poisson on en a vu des bancs et des bancs même si c'était des petits bancs dans l'écran du sonar. On nous indiquait sur le petit écran du sonar du petit bateau de Johnny qu'il y avait à 37 pieds puis à 79 pieds de gros poissons qui s'y mouillaient. Pour mon beau-frère d'armes et de lignes à pêche, ces bancs de poissons c'était des écoles de poissons. (school of fish). Mais bancs ou écoles j'étais sûr d'en avoir beaucoup à connaître et à maîtriser sur l'art et les artifices de la gent poissonnière.

Mais aucun poisson ne s'émoustillait d'aise et n'éprouvait d'attrait pour notre leurre que nous lui tendions avec égard et attention. L'âme à la vague et le cœur dans l'eau, nous avons alors re-pêché nos lignes et nos appâts, rentré nos cannes et navigué en douce vers la grève. Pour raconter à nos femmes qui nous y attendaient que du poisson et du saumon nous en avions vu des forêts entières dans la mer du Pacifique. Mais nous avions décidé de faire une pêche écologique ce jour-là comme on fait maintenant la chasse aux fauves en Afrique quand on fait un safari-photo.

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