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Le Journal
Volume 32 - numéro 16 - 1er octobre 2000

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Avec un capital de plus de 100 millions $
PAMBA
Pression, pression, pression...
TRIBUNE LIBRE
Aphorismes (sur la justice)
ÉCOLE DU BARREAU
Les efforts devront y être!

Pression, pression, pression...

François-Daniel Brodeur
Ça commence avec ce réveil dont la sonnerie lointaine vous arrache au sommeil pour vous rappeler l'heure. Ça continue avec l'intense trafic routier du matin, avec les premiers dossiers, avec les dernières factures. Et ça se termine tard, alors que vous vous demandez encore comment vous allez franchir toutes les pages de votre agenda.

« Ça », c'est le stress. Celui qui s'en prend à votre corps, à votre esprit ou à votre âme quand une chose vous semble échapper à tout contrôle ou bien lorsque vous appréhendez une difficulté. L'avocat a une longue expérience du stress. Mais peut-on pour autant dire qu'il le connaît?

Au Programme d'aide aux membres du Barreau (PAMBA), Me Guy Quesnel s'est interrogé sur ce qu'était le stress, sur son modus operandi, sur les façons de le prévenir et sur la manière de le calmer. La raison de cette curiosité n'est que trop évidente : un stress mal géré pave la voie à de sérieux ennuis de santé. Le PAMBA a même requis les services d'un consultant pour mieux comprendre le phénomène. Il en est résulté une étude d'une trentaine de pages que l'on aura avantage à consulter sur le site du Barreau du Québec (http://www.barreau.qc.ca/barreau/organismes/pamba/), ne serait-ce que pour les trucs qu'on y donne afin de gérer positivement les instants trop lourds.

Le stress obéit à un cycle tout simple. Un événement, une situation ou une simple pensée l'amorce. Des questions se soulèvent alors d'elles-mêmes, toutes tendant à mesurer la capacité du sujet à s'adapter à la réalité que propose l'événement déclencheur. Lorsque cette faculté d'adaptation semble compromise, le stress apparaît. Nécessairement, le sujet stressé réagira, que ce soit en combattant la situation ou en la fuyant.

« L'adrénaline doit bien couler », rappelle Me Quesnel, pour rappeler que les choses les plus anodines comme les plus graves peuvent déclencher le processus. « Les problèmes surviennent toutefois lorsque le stress dépasse le seuil de ce qui peut être géré », enchaîne le gestionnaire du PAMBA, avant de passer en revue tout un ensemble de petites et grandes choses destinées soit à faciliter l'adaptation aux situations nouvelles, soit à stopper les machines avant que l'on ne s'engage trop avant dans le sentiment de sa propre impuissance.

On peut ainsi agir sur son attitude, sur la manière dont on reçoit l'inattendu. Il s'agit d'apprendre à croire en soi, à répondre positivement aux inévitables questions et à éviter qu'elles ne se multiplient. Êtes-vous bien installé pour lire ces lignes? Quelqu'un vous distrait-il? Sautez-vous des phrases pour y revenir l'instant d'après? Cela pourrait bien faire la différence entre lire pour votre plaisir et lire pour vous acquitter d'une obligation que vous vous imposez. Ludique ou obligée, votre lecture portera la même information. L'une vous enrichira cependant moins qu'elle ne vous stressera.

On peut encore agir sur le corps. Ulcères, hypertensions, insomnies, dépressions trouvent trop souvent leur origine dans un stress excessif pour que l'on ne voit pas un juste retour des choses dans ces milles trucs qui soulagent le moral en détendant le physique. Prendre quelques respirations profondes, s'étirer, se masser la nuque ou recourir aux techniques de visualisation, autant de moyens d'arrêter ce qui peut encore l'être.

Un équilibre

Enfin, on peut aussi agir sur sa vie. On ne compromet pas indéfiniment ses heures de détente sans en payer le prix... Me Quesnel insiste d'ailleurs sur l'importance de maintenir un équilibre entre vie professionnelle et heures de loisir, entre le temps qui fuit et celui qu'on capture. Comme plaideur, ses meilleurs souvenirs lui viennent d'ailleurs de long procès suffisamment bien préparés pour lui laisser ses soirées. L'avocat ne peut ni plus ni mieux qu'un autre être humain renoncer à son repos. De même, il doit prendre de l'exercice, se nourrir sainement, rencontrer des gens, parler et rire. Et il doit encore rattraper tout ce dont les imprévus l'auront privé. Cela fait beaucoup de choses dans une semaine si on doit encore y ajouter un objectif d'heures facturables. Trop de choses, en fait, pour que l'on se paie le luxe d'imprévus « prévisibles », de travaux à la dernière minute ou, plus généralement, de perdre le plaisir de travailler...

Et quand un avocat se sera bien reposé, qu'il mènera une vie bien équilibrée et qu'il saura contrer efficacement le sentiment de perdre pied devant l'imprévu, pourra-t-il éviter le stress? Non, bien sûr. Vivre comporte nécessairement une part de stress. Mais celui qui sait s'y préparer a plus de latitude pour y faire face que celui dont les ressources auront déjà été hypothéquées. En ce sens, le stress, c'est un peu comme une marge de crédit : il vaut mieux se garder d'y recourir.

Et puis, malgré toutes les bonnes résolutions, il demeure des situations qui échappent à tout contrôle, même pour le plus équilibré des hommes. Un deuil, une succession de revers ou un échec matrimonial induisent nécessairement un stress considérable, parfois même au point de justifier le recours à une aide professionnelle. C'est précisément là qu'intervient Me Quesnel, qui reçoit les demandes d'assistance de ses confrères. Au besoin, le PAMBA pourra ainsi orienter un avocat vers un psychologue dont les honoraires seront pendant un certain temps mis à la charge du programme. Et tout ça, est-il besoin de le dire, dans la plus grande confidentialité. C'est déjà un stress de moins...

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