C'est reparti! La publicité annuelle du Barreau du Québec envahira le petit écran dès le 14 février. Jusqu'à la fin mars, un clip de 30 secondes sera diffusé sur les ondes des principales chaînes de télévision que sont TVA, SRC, RDI, LCN et Télé-Québec.
« Le produit que l'on veut voir développer va au-delà de la simple assistance téléphonique, de dire le bâtonnier du Québec. Il s'agit d'un produit d'assurance couvrant les conseils, les services et la représentation de l'avocat ou de l'avocate de son choix. » |
Nouveauté, cette année, on insistera sur un produit d'assurance favorisant l'accès à la justice. Ainsi, on mettra l'accent sur la protection juridique offerte présentement par certains courtiers et assureurs à des coûts minimes, explique le bâtonnier Denis Jacques.
L'objectif est simple. On veut faire connaître les avantages que comporte l'assurance protection juridique pour le public : si l'on possède une telle protection, que l'on soit un individu, un travailleur autonome ou une entreprise, on a les moyens de faire valoir ses droits -- qu'il s'agisse de consultation, de représentation, de médiation, de prévention -- pour quelques dollars par mois. Les services des experts du droit que sont les avocats sont donc beaucoup plus accessibles qu'on ne le croit et ce ne sont pas seulement les mieux nantis qui peuvent y faire appel. Voilà le message.
En fait, le Barreau vise à ce que les gens qui verront le message prennent conscience de l'existence de cette voie d'accès à la justice et, surtout, qu'ils se demandent d'abord si leurs protections actuelles n'incluent pas déjà une telle couverture. En effet, il faut savoir que quelque 700 000 foyers québécois disposent déjà d'une telle assurance mais l'ignoreraient dans beaucoup de cas. Par ailleurs, les foyers ne disposant pas de cette couverture peuvent trouver sur le marché des polices spécialement conçues à cette fin. Le Barreau incitera donc ceux qui auront été intéressés à communiquer avec leurs courtiers ou assureurs afin d'obtenir de plus amples renseignements.
Le Barreau compte bien que les courtiers et les assureurs prendront part à cette campagne et feront la promotion de ce produit. « Nous mettons une locomotive sur les rails et nous disons aux gens d'assurances: embarquez! », illustre M. Léon Bédard, directeur des communications du Barreau. « Nous ne leur demandons pas d'investir dans notre campagne publicitaire mais de profiter de l'occasion pour vendre leur assurance protection juridique. »
M. Léon Bédard |
Les publicités sensibiliseront le public à l'existence de la protection juridique. La douzaine de compagnies présentes sur le territoire québécois qui vendent ce type de couvertures devraient donc emboîter le pas et poursuivre sur la lancée, souhaite M. Bédard.
« Le produit que l'on veut développer va au-delà de la simple assistance téléphonique, de dire le bâtonnier Denis Jacques. Il s'agit d'un produit d'assurance couvrant les conseils, les services et la représentation de l'avocat ou de l'avocate de son choix incluant les débours et les frais d'experts selon les limites et les conditions prévues au contrat. » (voir également le Propos du bâtonnier à la page 6).
On aura compris que l'objectif premier n'est pas de « recruter » de nouveaux clients pour les avocats. Nous voulons que la population dispose d'une meilleure protection juridique afin de mieux faire valoir des droits qui souvent se perdent à cause du coût du système, de dire M. Bédard.
Les campagnes de publicité annuelle du Barreau du Québec ont toujours visé la promotion de la prévention de problèmes auprès de la population, et ce, depuis maintenant une dizaine d'années. La dernière édition n'échappe pas à cette orientation.
Selon M. Bédard, l'idée de base ayant guidé les opérations publicitaires du Barreau, soit que, pour prévenir un litige d'ordre légal, mieux vaut consulter un avocat, tient toujours. « Vous vous évitez bien des problèmes si vous consultez avant », répète-t-on inlassablement. En fait, l'assurance protection juridique n'est qu'un outil de plus offert aux citoyens afin de se prévaloir des conseils, des services ou de la représentation d'un avocat de leur choix.
Et, les perceptions sont en train de changer. « Les sondages nous l'indiquent, la profession d'avocat est de moins en moins une profession de litige », note M. Bédard. Les plaideurs même si leur rôle demeure au centre même du système judiciaire -- sont une espèce en voie de disparition... ou presque! En fait, des quelque 10 000 avocats en pratique privée, on évalue à 15 % ou 20 % la proportion de ceux qui plaident régulièrement. « Les secteurs de pratique qui sont le plus en déclin, ce sont les secteurs de litiges », précise M. Bédard.
Les modes non judiciaires de règlement des conflits comme la médiation et l'arbitrage sont donc, par conséquent, de plus en plus populaires. À preuve, les accréditations d'avocats dans ces domaines sont nombreuses, environ 600 en droit familial et aux alentours de 400 en civil et commercial.
Les frais inhérents aux recours devant les tribunaux ne seraient pas étrangers à ce mouvement des idéologies. « Simplement inscrire une cause et payer les timbres de toutes sortes, ça coûte cher », note M. Bédard. La population étant de mieux en mieux informée de ses droits, elle aurait tendance à opter pour les compromis comprenant ce que la majorité des avocats répètent : « Les tribunaux ne sont pas la solution à tous les problèmes. »
Les publicités du Barreau depuis plus de dix ans ne sont pas étrangères à cette évolution des mentalités, croit M. Bédard. « Cette tendance-là, elle est lourde dans la société », dit-il.
Le vieil adage juridique voulant que le pire des règlements vaille mieux que le meilleur des jugements prend donc de plus en plus de place. Si l'on peut maintenant parler de « justice douce », celle-ci permet aux parties impliquées de participer aux règlements, de mieux les accepter et d'en bénéficier davantage.
Notons finalement que la campagne publicitaire du Barreau du Québec pour l'an 2000 est réalisée avec un budget de 600 000 $, alimenté selon les directives du Conseil général par un prélèvement de 40 $ par avocat à même la cotisation générale. Ce budget est le même depuis plusieurs années.
En plus du spot de 30 secondes, de courtes capsules télévisées seront réalisées en collaboration avec la SRC et RDI. Celles-ci illustreront les avantages d'avoir recours aux services d'un avocat dans deux situations courantes: les vices cachés dans une maison et les congédiements non justifiés, explique le responsable du dossier chez Cossette communication-marketing, la firme qui a décroché le contrat, M. Ghislain Carré. En outre, le marché anglophone sera rejoint par l'entremise de publicités dans le quotidien The Gazette. Des marchés bien pointus, tel celui des assureurs, seront également touchés avec des encarts publicitaires publiés dans les pages de revues spécialisées.