NDLR - Cette allocution a été prononcée par le bâtonnier Denis Jacques à l'occasion de la cérémonie d'honneur de Monsieur le juge Louis LeBel à la Cour suprême du Canada. La cérémonie avait lieu le 14 février dernier à Ottawa en présence de plusieurs invités de marque dont Mme la juge en chef du Canada, Madame Beverley McLachlin, les ministres de la Justice du Canada et du Québec, Mesdames Anne McLellan et Linda Goupil respectivement, et l'ex-juge en chef Antonio Lamer.
Le bâtonnier Denis Jacques |
Vous vous souvenez certainement, Monsieur le juge LeBel, du plaisir, de l'honneur et de la fierté que l'on ressent, à titre de bâtonnier du Québec, au moment de prendre la parole pour souligner l'accession à la magistrature d'un membre du Barreau du Québec.
M. le juge Louis LeBel |
Vous imaginez alors le sentiment qui m'habite aujourd'hui d'avoir le privilège de féliciter, au nom des avocates et des avocats que je représente, un éminent juriste de chez nous, ancien bâtonnier du Québec que j'ai eu la chance de côtoyer pendant six ans alors que nous étions associés au sein de l'étude Grondin, LeBel, Poudrier, Isabel, Morin et Gagnon.
Alors à mes tout débuts dans la profession, je me souviens d'un brillant intellectuel et d'un excellent juriste qui maîtrisait l'art de transmettre son savoir, sa passion de la profession et surtout son souci constant du détail et de l'excellence.
Monsieur le juge LeBel, ce n'est pas un secret pour ceux et celles qui vous connaissent que votre grande inspiration professionnelle a été votre père, Paul LeBel, un des pionniers du droit du travail au Québec et un des fondateurs de l'École des sciences sociales de l'Université Laval.
Permettez-moi ici de rappeler son souvenir.
Le 7 septembre 1962, à l'occasion de la cérémonie de rentrée des tribunaux, le bâtonnier de Québec, Me Paul LeBel, présentait les nouveaux membres du Barreau. Parmi ceux-ci se trouvait, son fils, le jeune avocat Louis LeBel à qui il a formulé et je cite « quelques modestes conseils dictés par l'expérience et le désir de servir ».
Voici quelques passages de ces mots de sagesse transmis d'un père à son fils dans son discours.
« ... te voilà maintenant parvenu à une époque unique dans ta vie d'homme; disait-il, l'accession à la profession d'avocat...
Le Barreau, pour reprendre une expression si juste du maître Payen, est à la fois un art et une fonction et surtout une fonction. Fonction sociale qui mobilisera toutes tes énergies, tous tes talents, et aussi tout ton cœur, au service du droit et de la justice.
...
Songe que la carrière d'avocat ne doit pas être conçue dans une perspective d'intérêts matériels mais, au contraire, de dévouement envers toutes les classes de la société.
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Songe aussi que cette carrière se bâtit peu à peu, à chaque jour, par un labeur constant et sans défaillance, par une volonté opiniâtre de servir, et que les sommets ne s'atteignent pas sans efforts continus et sans que les années n'aient suivi leur cours naturel.
...
Ainsi tu poursuivras au Barreau une carrière utile, féconde et heureuse au service de ton pays et tu réaliseras pleinement une vie professionnelle digne d'être vécue. »
Ce jour de septembre 1962, vous aviez certainement l'oreille attentive, Monsieur le juge LeBel. Ces judicieux conseils semblent avoir tracé la voie qui vous a mené à la Cour suprême du Canada.
Votre « labeur constant » et vos « efforts continus » vous ont permis de cultiver sans relâche votre faculté d'apprendre avec rigueur et détermination.
Au moment de votre nomination, l'ancien juge en chef Antonio Lamer a souligné avec justesse que votre présence apportera à la Cour « une bonne dose de sagesse et de connaissance à ce moment important de son histoire ».
C'est en effet un bagage riche et polyvalent de connaissances et d'expériences que vous offrez à la Cour suprême. Les commentaires élogieux que j'ai entendus à votre égard permettent de dire que vous êtes, non seulement un grand juriste, mais aussi un juriste complet. Votre rigueur intellectuelle et l'étendue de votre savoir vous ont valu l'admiration de tous. Travailleur acharné, vous savez reconnaître l'importance du travail d'équipe et en toutes circonstances, le respect des autres a constitué pour vous une ligne de conduite.
Ces qualités vous serviront dans vos nouvelles fonctions comme elles vous ont toujours servi d'ailleurs. À cet égard, au moment de son entrée en fonction, madame la juge en chef Beverley McLachlin s'exprimait comme suit: « we want to strengthen collegiality and continue to build procedures that encourage consensus ».
The Supreme Court of Canada has become a fundamental institution of our lives. In its wide ranging preoccupations, it operates under the close scruting of the entire nation.
As Chief Justice Brian Dickson said during the 1985 Supreme Court of Canada Conference « ... The Supreme Court plays a major role in shaping the legal, moral and social contours of our country ».
Therefore, you have agreed not only to accept a challenge in your professional life but also to contribute to the evolution of Canada.
Dans un discours à la mémoire du juge en chef Bora Laskin en avril 1984 alors que vous étiez bâtonnier du Québec, vous avez rappelé que le juge Laskin avait compris que « ... la justice dépasse le droit et que celui-ci même au plan de la pure technique est un art social exigeant ».
Vous êtes également de ceux, Monsieur le juge LeBel, qui avez appris au cours de votre carrière à maîtriser cet « art social exigeant ». Votre attachement profond aux grands principes qui gouvernent le fonctionnement de notre appareil judiciaire, votre ardeur extraordinaire au travail, votre science juridique et votre souci constant de servir vous permettront de poursuivre à la Cour suprême « une carrière utile, féconde et heureuse au service de votre pays ». Vous aurez compris des propos que je viens de tenir l'admiration et l'estime que j'ai pour Monsieur le juge LeBel comme homme et comme juriste.
Sur une note plus personnelle, je vous transmets les amitiés et le sentiment de fierté de vos anciens associés qui ont une pensée toute particulière pour vous aujourd'hui.
En terminant, je tiens à saluer vos parents, plus particulièrement votre épouse Louise, vos enfants Paul, Catherine, François et vos nombreux amis sur qui rejaillit l'honneur qui vous est rendu aujourd'hui.
Au nom des quelque 18 000 avocats et avocates du Québec, je vous transmets, Monsieur le juge LeBel, toutes nos félicitations et vous souhaite beaucoup de bonheur et de joies dans cette nouvelle étape de votre carrière professionnelle.