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Le Journal
Volume 32 - numéro 5 - 15 mars 2000

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D'où provient la toge ?

Isabelle Huard

On l'enfile de façon tellement naturelle que l'on ne se demande pas toujours d'où elle provient. Or, dans le milieu juridique, le port de la toge est apparu vers le XVIIe siècle. C'est du moins ce que rapporte le livre Les habits du pouvoir alors que, durant ce siècle, la robe (c'est le nom qu'on lui donnait à l'époque) était portée régulièrement. « L'avocat ou le procureur, à l'image du magistrat, se trouve toujours revêtu de sa tenue professionnelle. La justice n'est-elle pas un sacerdoce qui exige, à l'image des prêtres, une tenue qui en soit la marque ? » Ainsi, l'avocat se rendait au palais en robe, faisait des consultations à son cabinet en robe et visitait ses clients vêtu de robe. La toge apportait à ce moment-là un réel sentiment d'appartenance au barreau et à la profession. Elle signifiait, surtout aux XVIIe et XVIIIe siècles, la noblesse et la dignité. La coupe du vêtement se présentait avec une queue rabattue à l'intérieur, qui était enroulée à un ruban accroché à l'échancrure de la manche droite. Cette queue était détachée dans les grandes occasions, formant ainsi une traîne. Bien que la toge avec queue était réservée en particulier aux magistrats, on dit toutefois que certains avocats vaniteux du XIXe siècle n'hésitaient pas à l'arborer. Vers la fin du XVIIIe siècle, on a assisté à un déclin du port quotidien de la toge à l'extérieur du palais, entre autres, en raison de l'effritement du prestige des membres du Parlement.

La « togue »

Au niveau étymologique, le mot « toge » est d'abord apparu en 1213 (on prononçait alors « togue »). Provenant du latin toga, il a été utilisé dans son sens propre en 1611. Le dictionnaire de l'Académie française en a fait mention en 1798 puis en 1835 comme étant une robe de laine ample et longue, formant l'habillement national des Romains, que ceux-ci mettaient par-dessus la tunique (gens togata). Dans l'Antiquité romaine, la toge était une pièce d'étoffe blanche représentant un vaste segment de cercle qui enveloppait le corps de telle sorte que le bras gauche était caché et que le bras droit sortait par le haut. Dans le deuil, on portait une toge brune ou grise, qui était aussi celle des gens modestes. Jusqu'à leur mariage, les jeunes filles portaient une toge blanche bordée d'un filet de pourpre (toga praetexta). Les garçons, quant à eux, la portaient jusqu'à dix-sept ans et prenaient ensuite la toge des hommes (toga virilis). On dit que les candidats aux fonctions publiques devaient revêtir une toge blanchie à la craie, ce qui lui donnait un aspect encore plus brillant (toga candida). De plus, dans les grandes cérémonies (comme celles du triomphe), on portait une toge brodée de pourpre et d'or. La coutume de mettre des vêtements larges ressemblant à ceux que l'on mettait en Europe chrétienne existait également dans les centres intellectuels de l'Islam. Dès le début du Xe siècle, les professeurs universitaires des grands centres musulmans se mettaient en toge pour les cours et les cérémonies officielles.

Sources : Larousse du XXe siècle (1933), Dictionnaire d'étymologie (Gilles Ménage), Dictionnaire de l'Académie française (versions 1798 & 1835). Pour en savoir plus sur les habitudes du port de la toge dans le milieu juridique, on peut également consulter l'ouvrage Les habits du pouvoir de Jacques Boedels (Merci aux gens de Confection De Lavoy Inc. pour cette dernière référence).

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