Le 7 février dernier avait lieu à l'Université du Québec à Montréal (UQAM) l'inauguration de la nouvelle Faculté de science politique et de droit, qui regroupe maintenant le Département de science politique et le Département des sciences juridiques. Cette célébration s'est faite en présence de M. Bernard Landry, vice-premier ministre du Québec et ministre d'État à l'Économie et aux Finances, de l'honorable Pierre A. Michaud, juge en chef du Québec, de M. Yves-Marie Morissette, professeur de droit à l'Université McGill et diplômé en science politique de l'UQAM, de Mme Lynn Drapeau, vice-rectrice à la Formation de l'UQAM, et de M. Jacques Lévesque, doyen de la Faculté.
L'inauguration de la nouvelle faculté s'est faite en présence, de gauche à droite, de Jacques Lévesque (doyen de la nouvelle Faculté de science politique et de droit), Pierre A. Michaud (juge en chef du Québec), Bernard Landry (vice-premier ministre du Québec et ministre d'État à l'Économie et aux Finances), Yves-Marie Morissette (professeur et ex-doyen de la Faculté de droit de l'Université McGill) et Lynn Drapeau (vice-rectrice à la formation de l'UQAM) |
La complémentarité existant entre la science politique et le droit dans les sociétés contemporaines est évidente. Mais, de souligner le doyen Lévesque, la Faculté constitue cependant une expérience unique au Canada et elle vise à développer encore davantage cette complémentarité. Car, dit-il, « le droit et la politique, chacun à sa manière, abordent du point de vue de l'intérêt commun les grands problèmes auxquels font face nos sociétés, et réfèrent à des réalités intimement liées ». Chacun vient en complément de l'autre, « l'activité politique s'exerce en composant avec un ensemble de balises juridiques : constitutions, chartes des droits et libertés, lois sur les processus d'élection des gouvernements, etc. En même temps, c'est à travers le processus politique que sont décidés, appliqués et transformés les lois et règlements encadrant la vie des sociétés ».
Dans cet esprit, la Faculté offrira un nouvel axe de formation et de recherche qui fera place aux questions d'ordres politique, économique et juridique, tant aux niveaux local, national qu'international, souligne le doyen. Avec ses 70 professeurs et 200 chargés de cours en politique et en droit, du baccalauréat au doctorat, ainsi que ses huit centres et groupes de recherche, et la Chaire Téléglobe/Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques, la Faculté développera une approche nouvelle, semblable à celle qui existe déjà en Europe.
Pour l'honorable Michaud, « l'alliance science politique et droit est au fond très naturelle, et l'initiative de regrouper les deux départements en une même faculté procède d'un choix intéressant et prometteur ». La mondialisation des échanges touchant maintenant toutes les sphères d'activités, le monde judiciaire n'y échappe pas et il réagit positivement à ce mouvement planétaire, de confirmer l'honorable Michaud. « Qui aurait cru, voilà 25 ans, dit-il, que cette année plus de 23 pays de tous les continents enverraient des délégations de magistrats chez nous pour s'instruire de notre système judiciaire et de son application? Et ce qui impressionne le plus nos visiteurs c'est combien ancrée est cette tradition de respect de la séparation des pouvoirs. »
Le juge Michaud a rappelé également que « les lois qui régissent l'ordre intérieur des pays voyagent peu et mal. En effet, ces lois représentent, la plupart du temps, un compromis d'intérêt et de valeur à l'intérieur d'une société nationale. Or, voilà que depuis une décennie, même la règle de droit dépasse les frontières des États et, elle aussi, s'est mise à voyager ». Alors, dit-il, « lorsque je lis que l'UQAM encourage la coopération et le développement mondial à l'intérieur même de ses institutions, j'en suis ravi. Cette mission s'inscrit précisément dans la démarche entreprise par la société toute entière. »
Pour le professeur Morissette, l'initiative de joindre l'enseignement et la recherche en droit et en science politique mérite d'être saluée pour plusieurs raisons. D'abord, dit-il, « l'UQAM ne souffre pas des raideurs institutionnelles qui font que le droit, ailleurs, continue d'être majoritairement perçu comme une discipline professionnelle, débouchant nécessairement sur l'exercice d'une profession libérale et sur la prestation d'un service au profit d'une clientèle ». Il se souvient que l'UQAM, dès l'origine, « s'est démarquée de cette vision des choses: c'est par le moyen d'un département de sciences juridiques qu'elle a appréhendé le droit. La démarche qui est entreprise aujourd'hui confirme et intensifie une volonté de décloisonnement disciplinaire qui, ailleurs, est tenue en échec ». Ensuite, a fait remarquer le professeur Morissette, « le droit depuis plusieurs années a commencé à se réconcilier avec les disciplines voisines comme la philosophie, la science politique ou la science économique. L'époque est révolue où l'enseignement du droit constitue une dogmatique autonome. C'est une chose que d'inviter à la faculté de droit des politologues, économistes ou philosophes de formation, dont beaucoup n'ont jamais été étudiants en droit. Mais c'est autre chose, ajoute-t-il, que de faire cause commune avec une discipline extérieure au droit, et qui en permanence jette un regard critique sur le droit. L'UQAM ici a, encore une fois, le courage de ses convictions. » Et enfin, souligne-t-il, les mécanismes intimes du droit devraient intéresser de plus en plus les disciplines autres que le droit, et au premier chef la science politique. Il songe à certaines décisions judiciaires dont la portée de principe n'a plus aucune commune mesure avec ce que l'on appelait autrefois un procès. « Au printemps dernier, l'affaire Gosselin de la Cour d'appel du Québec, par exemple, avait un impact potentiel de 430 M$ sur les finances publiques. Or, en dehors des facultés de droit, où on étudie ces choses en vase clos, l'activité des tribunaux fait rarement l'objet d'une attention soutenue et de travaux convenablement documentés sur les impacts politiques du droit. »
Et pour le vice-premier ministre Landry aussi l'initiative se doit d'être saluée pour plusieurs raisons. Elle comporte toutefois plusieurs défis de taille pour la faculté nouvelle. Par exemple, dit-il, le fait que plusieurs politiciens contemporains réalisent que le protectionnisme pénalise les consommateurs, qu'il vaut mieux laisser circuler librement biens, personnes, capitaux et services, ce mouvement vers la mondialisation des échanges est susceptible de faire naître des questions nouvelles auxquelles le droit devra apporter des réponses.
La Faculté offrira dès septembre 2000 deux nouveaux programmes de baccalauréat, le premier en science politique, avec des profils thématiques tels que Europe contemporaine, Pensée politique classique, Évaluation des politiques, et le second en droit, avec renforcement du droit privé et du droit international et un accent sur les droits de la personne. Deux nouveaux programmes de maîtrises en politique internationale/droit international (science politique) et en droit international/politique internationale (sciences juridiques) seront offerts conjointement par les deux départements de la Faculté. Les professionnels en exercice auront la possibilité de s'inscrire dans un programme appelé approfondissement des connaissances, en sus du programme de maîtrise de type recherche, avec mémoire. Et dès l'automne 2000, la Faculté prévoit mettre aussi sur pied un Centre de recherche en droit international et en relations internationales.