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Le Journal
Volume 33 - numéro 12 - 1er juillet 2001

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Compte rendu des activités de formation

Femmes et profession juridique

Guylaine Boucher

Depuis l'admission des femmes dans la profession, en 1941, bien de l'eau a coulé sous les ponts. De plus en plus nombreuses dans la profession, tout comme dans la magistrature, les femmes font lentement leur chemin, mais beaucoup reste à faire. Voilà ce qui résume l'essentiel des propos tenus par les conférencières invitées dans le cadre de l'atelier sur les enjeux de la féminisation de la pratique.

L'atelier sur les femmes dans la profession  aura entre permis aux congressistes de se questionner sur la place qu'occupent  les avocates au sein des diverses instances du Barreau et à la magistrature
L'atelier sur les femmes dans la profession aura entre permis aux congressistes de se questionner sur la place qu'occupent les avocates au sein des diverses instances du Barreau et à la magistrature

« Quand j'étais petite fille, il était inconcevable de penser devenir juge. Même rêver de devenir avocate était un peu hors de l'ordinaire. Aujourd'hui, la présence des femmes dans la magistrature est incontournable. » Juge en chef de la Cour du Québec, Huguette St-Louis se dit heureuse du chemin parcouru par les femmes depuis leur admission dans la profession. Dépeignant, au moyen de chiffres, la place grandissante qu'occupent les femmes dans la magistrature ­ 23 % des juges à la Cour du Québec et 30 % à la Cour d'appel - elle confesse tout de même qu'il « est encore trop tôt pour mesurer l'impact de ces mêmes femmes au plan législatif ».

Une situation ambiguë que Me Chantal Corriveau, avocate chez Kugler, Kandestin, a elle aussi mis en lumière. C'est que, dira-t-elle, si les femmes sont beaucoup plus nombreuses qu'avant dans les cabinets, leur accès au pouvoir reste plutôt timide. Ainsi, a-t-elle expliqué, peu nombreuses à faire partie des comités de gestion de cabinets, les femmes sont aussi minoritaires dans les rangs des associés. Une situation qu'elle attribue à divers facteurs, dont celui de l'attitude des femmes elles-mêmes. « De manière générale, les femmes sont moins combatives que les hommes. Elles cherchent moins à s'imposer, à faire valoir leurs idées, même dans les plus petits détails du quotidien. Quand quelqu'un quitte, par exemple, les femmes, par respect, vont souvent hésiter à faire rapidement et clairement savoir leur intérêt pour le grand bureau que cette personne occupait, et ce, même si ça leur revient de droit. Parce qu'elles ne veulent pas exercer leur pouvoir de manière traditionnelle et plus masculine, les femmes sont donc en marge du pouvoir. C'est ridicule et il faut que ça change. »

Au Barreau aussi...

Une invitation à l'action qui rejoint la présentation de Me Line Samoisette, avocate chez Lemay, Gladu, Collard et associés et membre du Conseil général du Barreau du Québec. « Bien qu'elles représentent 41 % des membres du Barreau, les femmes sont encore sous-représentées dans les instances décisionnelles de leur ordre professionnel, explique Me Samoisette. À titre d'exemple, un seul des 13 membres du Comité administratif de l'an dernier était une femme et on ne parle pas du poste de bâtonnier que seules cinq femmes ont pu occuper dans en 150 ans d'histoire. »

Des constats qu'elle souhaite voir changer rapidement. À ce titre, il est à son avis urgent de s'attaquer au principal obstacle que rencontrent les femmes sur leur route: la conciliation travail-famille. Un obstacle qui peut, selon elle, être contourné relativement facilement. « Plusieurs femmes hésitent à s'impliquer parce qu'elles préfèrent être à la maison le soir avec leurs enfants plutôt qu'en réunion avec d'autres collègues. C'est tout à fait légitime et certains aménagements très légers, des manières de faire, permettraient de respecter ça. Ne serait-ce que de faire des réunions sur l'heure du lunch plutôt qu'en soirée, par conférence téléphonique plutôt qu'en personne ou encore au moyen des nouvelles technologies. C'est facile, accessible et surtout, ça ferait probablement l'affaire de tout le monde. Après tout, même les hommes aimeraient passer plus de temps avec leur famille. Il s'agit simplement de provoquer le changement. »

Des changements qui s'imposent

Jeune avocate, Me Simone Bonenfant, confirme que la conciliation travail-famille est au cœur des préoccupations quotidiennes des avocates. Dans certains cas, surtout chez les travailleuses autonomes, a-t-elle précisé, « la maternité est un luxe dont les femmes ne peuvent se prévaloir ».

Une réalité qui ne pourra changer sans la mise en œuvre de cinq changements majeurs. Le premier de ces changements est une plus grande flexibilité dans les horaires et la possibilité de faire un réel temps partiel. Dans le même ordre d'idée, la possibilité de travailler à contrat, pour une période temporaire mériterait aussi, selon elle, d'être explorée. Le tout accompagné d'une plus grande clarté de la part de l'employeur quant à ses attentes au moment de l'embauche. « Trop souvent, a-t-elle dit, les filles se font dire que le bureau n'a aucun problème avec les congés de maternité au moment de leur embauche, mais vivent une toute autre réalité lorsqu'elles sont véritablement enceintes. » Vient ensuite, à son avis, l'assouplissement des critères d'admission au statut d'associé, notamment sur le plan de la facturation. Enfin, l'idée de mise en place d'une sorte de fonds pour les travailleuses autonomes désirant prendre un congé de maternité mérite, selon elle, d'être poussée plus loin.

Des solutions que Caroline Honey, spécialiste en recrutement juridique et conférencière invitée dans le cadre de l'atelier, confirme avoir entendues à maintes reprises dans la bouche des femmes qu'elles côtoient. À son avis, non seulement ces solutions sont intéressantes, mais les cabinets devront y songer sérieusement s'ils souhaitent garder les femmes dans leurs rangs. « Les chiffres les plus récents démontraient encore un grand écart salarial entre les hommes et les femmes avocats. On parle de 103 000 $ en moyenne pour un homme et de 53 000 $ pour une femme. À l'heure actuelle, 60 % des gens qui nous consultent sont des femmes qui se questionnent sur leur carrière et souhaitent passer à autre chose. Si les cabinets ne s'ouvrent pas véritablement à un mode de pratique alternatif, ils devront se priver des qualifications de nombreuses personnes. Dans le contexte concurrentiel actuel, personne ne peut se payer un tel luxe. »

Mais par où commencer? Par l'implication, répondent en cœur les principales femmes présentes. « Mieux vaut s'appliquer à faire changer les choses que de risquer de subir, affirme convaincue, Line Samoisette. C'est vrai pour toutes les causes, y compris celles des femmes avocates. »

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