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Le Journal
Volume 33 - numéro 12 - 1er juillet 2001

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Compte rendu des activités de formation

La mondialisation des marchés

Jean Breton
Dans le sillage de la plénière du congrès qui avait pour thème « La mondialisation des marchés: une menace à la spécificité du Québec ? », un atelier animé par Me Alphonse Giard a réuni six personnalités du monde du droit et des affaires qui ont exprimé leur point de vue sur le phénomène et ses répercussions sur l'emploi, les économies nationales, les services financiers et juridiques, etc.

(Photo: Réjean Meloche)La mondialisation  des marchés a des impacts sur l'emploi, la pratique du droit, la société  en général. Le phénomène est incontournable, mais  continue de soulever plusieurs questions
(Photo: Réjean Meloche)La mondialisation des marchés a des impacts sur l'emploi, la pratique du droit, la société en général. Le phénomène est incontournable, mais continue de soulever plusieurs questions

Pour Me Jean-Marie Channon, bâtonnier de Lyon, la mondialisation est certes un phénomène incontournable mais elle continue de soulever des questions, notamment son impact sur l'emploi et la pauvreté. Le fait, par exemple, que de grandes entreprises, actrices de la mondialisation, suppriment des milliers d'emplois du jour au lendemain et réalisent des bénéfices considérables pose un problème de natures sociale et éthique. Selon Me Channon, il faut que les gouvernements trouvent des mesures de remplacement pour limiter les effets sociaux des licenciements. S'en tenant au cas de la France, il a aussi estimé que les gouvernements doivent faire davantage en matière de formation.

Par ailleurs, Me Channon se range du côté des experts qui ne voient pas de relation de cause à effet entre mondialisation et pauvreté. D'autres causes seraient en jeu, dit-il: les conflits armés, les épidémies, l'absence de formation et la corruption. La mondialisation, elle, devrait plutôt faire chuter la pauvreté dans les pays en voie de développement.

Croissance économique

Me Jean-Claude Scraire, président du conseil et directeur général de la Caisse de dépôt et placement du Québec, a dressé un portrait plutôt positif de la mondialisation et de la dynamique de croissance qui la caractérise. Il a montré ensuite de quelle façon la Caisse de dépôt s'est inscrite dans la mondialisation au cours des 15 dernières années, décrivant l'organisme qu'il dirige comme un joueur global sur l'échiquier international.

Me Scraire a mis l'accent sur les valeurs qui fondent le développement du portefeuille diversifié de la Caisse à travers le monde: performance, créativité, engagement, prudence, éthique/intégrité et entrepreneurship. Sur le plan éthique, il croit que le respect des entités locales est essentiel pour éviter les débordements d'une mondialisation débridée. Selon lui, les gouvernements nationaux ne doivent pas abdiquer leurs responsabilités face aux entreprises mais plutôt maintenir leur volonté et leur capacité de réglementer l'activité économique.

Des inégalités

Après avoir fait état du bilan social du libre-échange Canada-États-Unis et de l'ALÉNA (perte de milliers d'emplois dans le secteur industriel et diminution des rapports de force du mouvement syndical), Henri Massé, président de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), a exprimé des doutes sur les promesses de richesse et de prospérité de la mondialisation. Chiffres à l'appui, il a démontré que la richesse engendrée jusqu'ici n'a pas fait tomber les inégalités.

S'attardant aux problèmes économiques et sociaux soulevés par la création de la Zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA), il a souligné la nécessité de s'inspirer du modèle européen pour aider les pays les plus pauvres et atténuer les inégalités.

Un équilibre

Me Claude Béland, ex-président du mouvement Desjardins, professeur invité à l'UQAM et titulaire de la chaire Économie et Humanisme, a déploré le fait que les gagnants de la mondialisation soient si peu nombreux. Il a illustré son propos en décrivant les changements importants qui ont secoué l'industrie des services financiers et auxquels même le mouvement Desjardins, avec sa double mission économique et sociale, a dû s'adapter.

Dans une monde où les véritables maîtres sont ceux qui détiennent les clés des marchés financiers, Me Béland a constaté, d'une part, la rupture qui existe entre les pratiques du développement économique et les pratiques du développement social et, d'autre part, la concentration sans précédent de la richesse. Il a dit souhaiter que la société civile retrouve sa voix face aux nouveaux pouvoirs qui se sont créés et qu'on revienne ainsi à un sain équilibre entre les sphères de l'économie, du politique et du social.

Confusion

Dominique Vachon, économiste à la Banque nationale du Canada, a souligné pour sa part la confusion qui règne actuellement à propos des enjeux et des conséquences de la mondialisation. On aurait ainsi tendance à établir un lien de causalité entre mondialisation et appauvrissement alors que les études empiriques indiquent plutôt que la croissance économique qui caractérise le phénomène tend aussi à augmenter les revenus des moins biens nantis.

En évoquant la situation de divers pays, (le Pérou, l'Irlande, les pays de l'Est et les État-Unis), l'économiste a ensuite élaboré sur le rôle déterminant des institutions politiques et légales dans le développement économique et social. Dans le contexte de la mondialisation, madame Vachon croit qu'il revient aux pays les plus riches d'aider les pays en difficulté à se doter de cadres institutionnels de qualité et à mettre en place des mesures pour les faire respecter.

Un défi

Me Michel Décarie, de chez Stikeman, Elliot, s'est interrogé plus spécifiquement sur la capacité des avocats du Québec à relever les défis que pose l'internationalisation de la pratique droit.

Il a d'abord dressé un portrait de la situation du marché des services juridiques au Québec où les segments reliés aux grandes transactions et aux financements intéresseront de plus en plus les cabinets américains. Il a démontré ensuite que, sur le plan international, les cabinets canadiens ne peuvent se mesurer aux grands cabinets américains et britanniques qui dominent les marchés, à moins de développer une stratégie de niche. « Nous sommes formés dans les deux plus grandes sources de droit au monde et nous sommes perçus comme étant un peu plus objectifs que nos concurrents dans certains aspects du droit », a-t-il précisé.

Somme toute, jusqu'à présent, les avocats québécois ont joué un rôle mineur dans l'internationalisation du droit mais, pour Me Décarie, il pourrait en être autrement « si nous sommes prêts à adapter nos attitudes et nos approches, lesquelles ne doivent pas refléter l'obsession de 'jouer un rôle' et à apprendre à trouver notre place ». Dans le contexte actuel, par exemple, il a indiqué que la montée des interdépendances en matière d'environnement ou en matière de protection de la propriété intellectuelle offre des occasions d'affaires intéressantes à ceux et celles qui voudraient développer une haute expertise fondée sur la connaissance des lois de toutes les juridictions d'importance et qui trouveraient le moyen de faire la mise en marché de cette expertise.

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