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Le Journal
Volume 33 - numéro 12 - 1er juillet 2001

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PAMBA élargit son champ d'action
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Compte rendu des activités de formation

Votre client songe au suicide?

Guylaine Boucher

Divorce, problèmes financiers, perte d'emploi, les problèmes vécus par les clients des bureaux d'avocats poussent bon nombre d'entre eux à songer au suicide et parfois même à passer à l'acte. Laissés seuls à eux-mêmes, rares sont les avocats qui savent comment réagir face à une telle situation. Animé par Natalie Préfontaine Girouard, porte-parole du Centre de prévention de suicide Haute-Yamasaka, l'atelier sur la prévention du suicide a permis non seulement de démystifier la problématique, mais aussi de savoir quoi faire en de telles circonstances. Une invitation à l'action pour le moins chargée d'émotions.

Le juge Michael Sheehan a rappelé  aux avocats d'être à l'écoute de leurs clients: « Il  est de notre responsabilité, dit-il, d'être vigilant, d'inciter  les gens à parler de leurs sentiments, de leur rappeler que demander  de l'aide n'est pas un signe de faiblesse et surtout, le plus important, de  ne pas céder à la tentation d'agir seul, mais plutôt de  les relier à des personnes formées et spécialisées  pour agir dans ces circonstances. »
Le juge Michael Sheehan a rappelé aux avocats d'être à l'écoute de leurs clients: « Il est de notre responsabilité, dit-il, d'être vigilant, d'inciter les gens à parler de leurs sentiments, de leur rappeler que demander de l'aide n'est pas un signe de faiblesse et surtout, le plus important, de ne pas céder à la tentation d'agir seul, mais plutôt de les relier à des personnes formées et spécialisées pour agir dans ces circonstances. »

Au Québec, chaque année, environ 1 500 personnes décident de mettre un terme à leurs jours. De ce nombre, quatre personnes sur cinq sont des hommes. Des hommes aux prises avec des problèmes qu'ils jugent insurmontables. Des problèmes familiaux, financiers ou autres. De l'avis de Me Lucie Joncas, « parce que les problèmes juridiques peuvent souvent en entraîner d'autres », les avocats sont très souvent aux premières loges de cette souffrance humaine. Une situation qui exige, selon elle, une certaine prise de conscience de la part des membres de la communauté juridique. « Lorsqu'un client se présente à nos bureaux, une fenêtre est ouverte sur son âme. Dans ce sens, l'avocat détient une responsabilité toute spéciale vis-à-vis ces gens, celle de ne pas jouer à l'autruche, parce que dans ce domaine, ce n'est pas en refusant de voir les choses qu'on les empêchera de se produire. »

Elle-même avocate en droit criminel, Lucie Joncas sait pertinemment de quoi elle parle, puisque quatre de ses clients sont déjà passés à l'acte. Une dure réalité qui, une fois le choc passé, l'a incitée à faire équipe avec le centre de prévention du suicide de sa région. Une geste qu'elle n'a jamais regretté et qu'elle recommande à tout le monde. « En suivant une formation auprès du centre de prévention j'ai pu non seulement mieux comprendre ce qui se passait dans la tête de mes clients, mais aussi savoir quoi faire et comment le faire. Aujourd'hui, quand je sens que quelque chose ne va pas, je n'hésite plus à poser des questions très personnelles à mes clients, parce que j'ai appris qu'il vaut toujours mieux savoir que de se cacher derrière une prétendue pudeur. Je suis à l'écoute de leurs réactions. Il m'arrive même de mettre mes clients directement en contact avec le centre de prévention du suicide. »

Apprivoiser la réponse

Juge à la Cour du Québec, Michael Sheehan est lui aussi très familier avec les activités du centre de prévention du suicide de sa région. Et pour cause. Quand, à 25 ans, son fils Michel décide de mettre fin à ses jours, c'est toute sa vie qu'il confesse avoir remis en question. Accablé, c'est finalement son implication dans le milieu de la prévention du suicide qui lui a apporté le réconfort tant souhaité. Une implication qui lui a appris l'importance de poser les vraies questions. « En côtoyant les gens qui travaillent dans les milieux d'aide, j'ai compris l'importance d'intervenir et d'agir. De ne pas hésiter à poser des questions claires et directes, même si les réponses font peur. »

C'est que, dit-il, « même cette peur peut s'apprivoiser quand on réalise que l'on n'est pas seuls, que des professionnels chevronnés peuvent nous aider et qu'il suffit en fait de diriger les gens vers eux ». Une manière de voir les choses qu'il souhaiterait voir adopter par le plus grand nombre de gens possible, notamment dans la communauté juridique. « Comme avocat, interroge-t-il, qu'est-ce qu'on a de plus important à faire que d'être à l'écoute de nos clients? Même la Charte des droits et libertés est on ne peut plus claire là-dessus quand elle dit que tout être humain dont la vie est en péril a droit à de l'aide, secret professionnel ou non. Il est donc de notre responsabilité d'être vigilant, d'inciter les gens à parler de leurs sentiments, de leur rappeler que demander de l'aide n'est pas un signe de faiblesse et surtout, le plus important, de ne pas céder à la tentation d'agir seul, mais plutôt de les relier à des personnes formées et spécialisées pour agir dans ces circonstances. »

Changement de mentalité exigé

Respectivement professeur à l'Université McGill et intervenante en prévention du suicide, Germain Dulac et Julie Campbell figurent au nombre des personnes aptes à intervenir dans les situations de crise suicidaire. Conférenciers invités, ils ont convié les participants à l'atelier à une plus grande ouverture d'esprit envers les hommes, considérés comme le principal groupe à risque. Face à la difficulté qu'ont les hommes de demander de l'aide, il faut, à leur avis, redoubler de patience et de vigilance. « On présume trop souvent, avance Germain Dulac, que les hommes sont forts et n'ont pas de problème. C'est un leurre et il faut absolument changer cette perception si l'on souhaite faire avancer les choses. »

Une vision de la réalité que Michael Sheehan partage entièrement, mettant les participants en garde contre les apparences. « Il faut, dit-il, se méfier des gens forts et performants à qui tout réussit. Le succès cache souvent de grandes souffrances. » D'autant, précise Germain Dulac, « que la demande d'aide est alors, plus qu'en de toute autre occasion, perçue par les hommes comme un aveu d'incompétence ». D'où l'importance, soutient Lucie Joncas, de savoir lire entre les lignes. « Quand un client nous dit qu'il est incapable de dormir, de manger ou de se concentrer, qu'il est irritable, découragé ou encore qu'il consomme beaucoup d'alcool, une lumière rouge doit s'allumer dans notre tête et on doit passer en mode action. Les trois-quarts du temps il y a une vie en jeu. »

Écouter sans juger, tenter de se mettre à leur place, de décoder leur langage voilà les défis de la prévention du suicide, a pour sa part souligné Julie Campbell. Un défi auquel il est, selon Germain Dulac, urgent de s'ouvrir si l'on souhaite déjouer la tendance et mettre un terme à l'escalade un jour. « La société moderne a fait de nous des machines à bonheur. Quand la machine ne fonctionne plus, un nombre grandissant de gens, des hommes surtout, considèrent qu'il est dans leur droit de tirer sur le fil et de tout arrêter. Si on veut renverser la tendance, il faudra prendre conscience qu'il y a dans la vie des hommes, notamment, des choses difficiles qu'ils ne veulent plus garder secret et qu'il faut être prêt à accepter. Dans bien des cas, c'est une question de vie ou de mort. »

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