Dans le cadre du dernier congrès du Barreau au mois de mai dernier, un atelier a suscité un enthousiasme particulier chez ceux qui y ont assisté, soit l'atelier « Apprivoiser les forces du stress » donné par le Dr Serge Marquis, en collaboration avec le Programme d'aide aux membres du Barreau (PAMBA).Tout en donnant des outils pour maîtriser notre réaction face au stress, certains constats y étaient faits qui rejoignent les conclusions d'autres études effectuées pour la communauté juridique.
Pourquoi? Notamment parce que la pratique est stressante, parce que nous sommes, pour la plupart d'entre nous, constamment confrontés à des personnes en difficulté, à des problèmes, parce que « notre profession est une profession où règnent l'agressivité, la contestation, la concurrence et la combativité », selon une étude réalisée en 1998 par le Programme d'aide aux juristes du Barreau canadien, et parce que la nature de notre profession nous amène à transporter partout où nous allons les problèmes que nous avons à résoudre, y compris à la maison.
Sans nécessairement tomber dans le gouffre de la dépression ou de l'alcoolisme, nous sommes souvent à bout de souffle, à l'ultime limite de nos capacités physiques et mentales. Mais il est souvent ardu pour le type de personnes que nous sommes, de façon générale, d'admettre avoir tout simplement besoin de repos.
Je vous entretiens de cela maintenant, au mois de juillet, pour vous implorer de lâcher prise ou du moins ralentir, ne serait-ce que pour une courte période. Pensez également à l'exercice physique pour refaire le plein d'énergie et que les vacances judiciaires en soient aussi de véritables pour vous.
Souvenez-vous que l'automne amène toujours son lot important d'activités, surtout en cette période où la profession doit s'adapter aux mutations générées par la globalisation des marchés et les nouvelles technologies.
On m'accusera peut-être d'user de clichés, mais rappelez-vous qu'on ne sait jamais ce que la vie nous réserve et qu'il n'est jamais trop tôt pour en jouir pleinement, jamais trop tôt pour dire à nos proches que nous les aimons, jamais trop tôt pour prendre le temps d'être à l'écoute des signes évidents de fatigue que notre corps nous envoie.
Admettre avoir besoin de repos, de recul, n'est pas synonyme de faiblesse. Notre culture de la performance, encore plus présente chez les avocats que dans le reste de la population avec le système des heures chargeables, accepte difficilement les ralentissements.
Et pourtant, ce serait rendre service à votre famille, à vos amis, à votre employeur, ou à vos associés que de vous écouter de temps à autre et de souffler.
Et même si vous n'en êtes pas rendu à ce degré de fatigue, prenez le temps, cet été, d'arrêter. « Ne confondez pas vie et carrière, elles ne sont pas synonymes », pour reprendre les termes de l'étude citée précédemment.
Et permettez-moi d'utiliser à nouveau un extrait du discours du juge en chef Michaud lors de la rentrée des tribunaux de l'année dernière: « Je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui, au crépuscule de sa vie, regrettait d'avoir passé trop de temps avec les membres de sa famille. La vérité, c'est qu'il n'y a aucune récompense professionnelle qui puisse compenser l'impossibilité de voir grandir ses enfants, de négliger son conjoint ou ses parents, de ne pas voir ses amis, de ne pas écouter la musique, bref de ne jamais prendre le temps de sentir les roses. »
Et si vous êtes encore fatigué à la rentrée judiciaire du mois de septembre, vous n'aurez que vous à blâmer!
Bon été!
Le bâtonnier du Québec,
Francis Gervais
batonnier@barreau.qc.ca