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Le Journal
Volume 33 - numéro 2 - 1er février 2001

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Au pays des géants

Cérémonies de prestation collective de serments 2000

À l'enseigne du changement

Louise Vadnais, avocate

Devant le bâtonnier du Barreau de Montréal, Me Michel A. Pinsonnault, 163 nouveaux collègues ont prêté collectivement leurs serments d'allégeance et d'office les 13 novembre et 18 décembre 2000, à l'hôtel Delta centre-ville de Montréal. Deux cérémonies empreintes de solennité, présidées tour à tour par la juge en chef de la Cour supérieure et par la juge en chef de la Cour du Québec et auxquelles assistaient une trentaine d'invités d'honneur. Deux soirées remplies d'émotions pour les futurs avocats et avocates ainsi que pour leurs proches et invités.

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S'adapter aux changements

Si les nouveaux venus de l'an 2000 ne doivent retenir qu'un seul message des allocutions prononcées par les présidentes d'honneur et par les bâtonniers de Montréal et du Québec lors de ces cérémonies, ce serait très certainement le suivant: chères consœurs, chers confrères, vous entrez dans une profession passionnante, au service de la justice, mais sachez que vous devez maintenant, et que vous devrez votre pratique durant, vous adaptez aux changements et aux nouvelles réalités qui la traversent.

D'entrée, l'honorable Lyse Lemieux, juge en chef de la Cour supérieure, a fait remarquer aux futurs avocats que l'industrie des services juridiques, devenue extrêmement compétitive, vit présentement une période de remise en question. « Car, soutient la juge, le justiciable, le client, a changé, comme le contexte dans lequel il évolue. [...] Le client du XXIe siècle n'est plus celui que bon nombre de vos aînés ont connu. Il est beaucoup mieux informé, beaucoup plus éduqué et donc beaucoup plus critique. Au surplus, il dispose maintenant d'une masse d'informations qui autrefois n'étaient accessibles qu'à une minorité de spécialistes en la matière. »

C'est pourquoi la juge exhorte les avocats à penser client, soit à penser en termes de solution globale afin d'orienter davantage celui-ci vers une médecine douce des conflits.

Le droit mène à tout...

Pour sa part l'honorable Huguette St-Louis, juge en chef de la Cour du Québec, a invité les nouveaux avocats à prendre d'autres chemins que celui de la pratique traditionnelle de maîtres plaideurs. Le droit, dit-on, mène à tout et c'est vrai, observe la juge: négociation, médiation, entreprise, conseil, enseignement, recherche, journalisme, gestion et même des chemins encore inexplorés.

Suicide assisté, manipulation génétique, clonage humain, nouvelle réalité virtuelle, autant de sujets qui interpellent l'avocat moderne. « Les nouvelles réalités sociales et économiques nous obligent à transformer nos pratiques, à changer nos habitudes et à nous adapter au monde ainsi revu et corrigé. La pratique du droit n'y échappe pas », de dire la juge.

Élargissez vos horizons

Chef d'orchestre de leur passage de citoyens à officiers de justice, le bâtonnier de Montréal, Me Michel A. Pinsonnault, a souligné aux assermentés que leurs deux serments prononcés, ils allaient devenir non seulement des agents de stabilité et de continuité dans la société mais aussi des agents de changement.

La diffusion massive de l'information par Internet vient de changer la donne en plus de repousser les frontières, explique le bâtonnier. Cet élément nouveau a fait du justiciable un client de plus en plus averti et dont les attentes vont grandissantes à l'égard de la profession. S'il veut conserver son rôle de conseiller de premier plan, l'avocat doit bénéficier d'un accès rapide à l'information en se servant d'outils à la fine pointe de la technologie. Il doit, en outre, rassurer le client en démêlant pour lui cette masse d'information et en la vulgarisant.

Cela veut dire maintenir à jour non seulement ses connaissances juridiques mais aussi sa connaissance des outils technologiques. « Élargissez vos horizons. N'ayez aucune crainte. Notre société et vous même en ressortirez gagnants », promet Me Pinsonnault.

Imagination et créativité

Par ses propos, Me Ronald Montcalm, c.r., le bâtonnier du Québec, a mis en lumière le phénomène de la globalisation des marchés qui, dit-il, générera de nouveaux débouchés pour les juristes qui feront preuve d'imagination et de créativité.

« Les juristes d'ici occupent une place de choix sur l'échiquier mondial, ajoute Me Montcalm, puisque nous avons l'immense privilège d'être familiers avec les concepts de deux grands systèmes juridiques ­ le droit civil et la common law ­ qui régissent la très grande majorité des citoyens de la planète et que nos membres sont en mesure d'accomplir leurs fonctions dans au moins deux langues. »

En terminant, Me Chantal Chatelain, présidente de l'Association du Jeune Barreau de Montréal, a encouragé ses nouvelles recrues. Soyez de la partie, leur a-t-elle lancé. Comment? En relevant positivement et « selon nos valeurs » les défis que soulèvent les changements apportés par Internet, la réalité des cabinets multidisciplinaires, la montée des femmes dans la profession et en y « ...consacrant toutes les énergies et les efforts nécessaires... mais pas plus que nécessaire », a fait valoir la jeune présidente.

Au total durant l'année 2000, le bâtonnier de Montréal a assermenté 418 stagiaires. Plus de la moitié étaient des femmes. Pour reprendre le mot de clôture de la juge Lemieux, « nous souhaitons à toutes et à tous une belle et fructueuse carrière ».

Maîtres de leurs priorités!

Me Ariane Pasquier

« Depuis mon cours primaire, cela a toujours été clair que je serais avocate », affirme Me Ariane Pasquier, une jeune femme de 25 ans qui pratique au sein de l'étude Bélanger Sauvé en litige municipal et commercial, après y avoir complété son stage. Diplômée en droit de l'Université de Montréal, elle est inscrite à l'École des Hautes études commerciales au programme « Certificat en commerce international » et a l'intention de poursuivre des études supérieures en droit international ou en administration des affaires.

Et la famille? « Je ne sais pas si je veux des enfants, dit-elle. Je suis prête à travailler et je me consacre à ma carrière. Mon plus grand défi comme jeune avocate, c'est de gérer mon stress: en pratique privée on doit apprendre beaucoup et vite. »

Me Hugh Mansfield

Ingénieur diplômé de McGill, Me Hugh Mansfield, 38 ans, débute sa deuxième carrière comme avocat et agent de brevet au sein de l'étude Goudreau Gage Dubuc. Il est le père d'une fillette de six ans et sa conjointe attend des jumeaux pour le mois de mars. Après ses études de droit à McGill, il a complété son stage chez Léger Robic Richard, se spécialisant en propriété intellectuelle et domain names sur Internet.

Comment voit-il son avenir? « Beaucoup de changements en perspective, dit-il, mais ça marche, c'est une question d'organisation. »

Me Caroline Scherer

« Je voulais être comptable agréée, puis au cégep j'ai aimé mon cours de droit des affaires. Cela a fait un déclic et j'ai choisi d'aller en droit à l'UQAM », se rappelle Me Caroline Scherer, 24 ans, stagiaire puis avocate au contentieux de la Fédération des Caisses populaires Desjardins de Montréal.

La cérémonie du 18 décembre sera particulièrement mémorable pour elle. Victime d'un grave accident de voiture survenu lors d'une collision avec un train le dimanche 10 décembre 2000, elle ne peut se déplacer seule depuis. Elle a bien pensé ne pas pouvoir prêter serment. Or, très sportive -- elle a fait du patinage artistique pendant 15 ans -- elle récupère vite et bien et se réjouit aujourd'hui, avec ses parents, d'être en vie et d'être avocate.

« J'aime pratiquer dans l'entreprise, dit-elle, c'est comme une famille. C'est un milieu de travail qui permet de penser à fonder une vraie famille », dit Me Scherer qui aimerait bien avoir des enfants d'ici cinq ou six ans.

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