On associe souvent le syndrome de l'épuisement professionnel, ou burn-out si vous préférez, aux métiers de l'enseignement et de la santé. « Mais il serait plus juste de dire que l'épuisement professionnel touche les métiers qui font appel à l'empathie, donc les infirmiers, les travailleurs sociaux, les intervenants de l'aide à l'enfance et... les avocats quand ceux-ci commence à jouer un autre rôle que celui de simple avocat, quand la distance professionnel-client commence à s'effacer », explique la directrice du programme d'intervention de crise au Groupe santé Physimed.
En fait, l'épuisement professionnel n'est pas un phénomène rare chez les avocats. Il n'y a cependant pas de statistiques précises, la question n'ayant d'une part jamais été étudiée et le diagnostic n'étant, d'autre part, pas toujours le bon. De plus, il est difficile dans un métier où le contrôle de soi est important d'admettre qu'on puisse être au bout du rouleau.
Il est évident que les avocats font face à des pressions que de nombreuses autres professions ne connaissent pas. Surtout ceux qui débutent dans le métier et qui ont une perception de l'obligation un peu démesurée. Ils se croient obligés d'arriver à un but, et de garder le contrôle.
Il est relativement facile, à première vue, de confondre les symptômes de l'épuisement professionnel avec ceux de la dépression. À la différence que l'épuisement professionnel est un syndrome de détresse psychologique liée au travail. C'est par le travail que se déclenchent des manifestations bien précises: fatigue émotionnelle (impression d'être vidé de ses émotions, de ne plus avoir de ressource émotionnelle); dépersonnalisation (attitude négative, cynique envers le travail, relations sociales très détachées dans l'entreprise); et sentiment de non-accomplissement personnel (impression d'incompétence, découragement face aux tâches quotidiennes).
« Faut que je me détache de mon travail. » « Je fais juste ma job et rien de plus. » « Je n'ai plus de tolérance! » « Je travaille pour mon chèque de paye. » « Je n'ai plus le feu sacré. » Ce sont des petites phrases qui peuvent paraître anodines mais qui sont des signes à ne pas ignorer. Mais avant d'arriver au burn-out, il y a des étapes définies. Au départ, la personne est prise d'un enthousiasme idéaliste, son niveau d'énergie est élevé, mais ses attentes ne sont pas réalistes. Son énergie est excessive et mal orientée. Puis arrive une période de stagnation où domine la recherche de bonnes conditions de travail. Le travail redevient alors un simple moyen de subvenir à ses besoins. Après, vient la frustration. On s'interroge sur l'efficacité et la pertinence du travail, on sent monter de la colère envers son employeur. À l'étape finale, la personne ressent de l'apathie, est chroniquement frustrée au travail, perd d'ailleurs tout intérêt pour celui-ci et n'investit que le minimum nécessaire pour le conserver.
Des symptômes physiques apparaissent également: insomnie, ulcère, migraines, maux de dos, hypersensibilité, anxiété, douleurs musculaires, fatigue, nausées, perte d'énergie, hyperactivité, renfermement sur soi-même. D'autres symptômes peuvent apparaître: éruptions cutanées, faiblesse, profonds sentiments de dépression, plus grande consommation d'alcool, hypertension, migraines, perte d'appétit, baisse de libido, retrait social, irritabilité excessive, accès de colère, peurs irrationnelles et entêtement.
Un sondage mené par l'Institut du stress en 1991 (mais qui demeure une référence à défaut d'étude plus récente) démontre que plusieurs employeurs expliquent plus du quart des congés de maladie par le stress causé par le travail. Selon un rapport de Price Waterhouse Coopers sur l'épuisement professionnel chez les cadres, le burn-out dépend également des traits intrinsèques ou individuels de chacun, y compris: ses expériences passées, ses valeurs et attitudes personnelles, le contrôle perçu, sa personnalité, le degré de stress résiduel, son état de santé général. Des facteurs externes ou organisationnels peuvent aussi exacerber le stress; entre autres, une surcharge de travail, une absence d'autonomie ou de contrôle, l'insécurité d'emploi, un conflit ou une ambiguïté de rôles, la culture ou le milieu organisationnel, une formation professionnelle inadéquate ou des compétences excessives compte tenu de l'emploi occupé, ou encore, des changements dans l'organisation interne de l'organisme.
Que faire pour éviter d'être atteint par le syndrome de l'épuisement professionnel? Dans un premier temps, il est important de reconnaître les signes avant-coureurs du burn-out. Par la suite, il faudra apprendre à réajuster ses perceptions et ses attentes à l'égard du travail. « Il faut apprendre à gérer ses perceptions, à gérer son stress », explique Nicolas Chevrier, qui est en train de finir son doctorat sur le sujet à l'UQAM, tout en travaillant pour le Groupe de santé Physimed. Il faut apprendre à gérer son temps et prendre conscience de l'importance d'une meilleure gestion de son temps. »
Et gérer son temps, c'est apprendre une hygiène de vie. On peut se baser sur le concept de 3 X 8, soit huit heures de sommeil, huit heures de travail et huit heures de loisirs. Tout en se rappelant que les horaires peuvent être malléables. Avoir trop de contrôle sur son agenda, c'est comme ne pas en avoir assez. Et Nicolas Chevrier d'énumérer des habiletés à mettre en pratique avant d'atteindre une phase critique: établir son horaire; l'alléger selon l'importance de chaque tâche; combattre le perfectionnisme; prévoir des périodes de repos (sorties, loisirs, etc.); aborder les tâches difficiles par étape; et apprendre à dire non.
Et il faut savoir demander de l'aide, utiliser les ressources offertes entre autres par le Programme d'aide aux membres du Barreau du Québec (PAMBA), en téléphonant au gestionnaire, Me Guy Quesnel : (514) 286-0831 ou 1-800-74PAMBA.