Adolescent, puis jeune adulte, Claude G. Leduc rêvait de grands débats idéologiques et ambitionnait de scruter l'âme des grands philosophes. Devenu avocat presque par accident, il aime toujours autant jouer avec les idées. Bâtonnier du Québec depuis le 1er juin dernier, il se fait cependant un point d'honneur de penser en termes d'exécution et de concrétisation des réflexions. Convaincu que le temps est venu de passer à l'action, il promet d'ailleurs un mandat fertile en réalisations concrètes. Quand l'idéalisme rencontre le pragmatisme...
« Quand le temps est venu de m'inscrire à l'université, je ne m'orientais pas du tout vers le droit. Je voulais m'en aller en philosophie. Mon père m'a suggéré de m'inscrire en droit et de prendre une décision ensuite. Je me suis inscrit et j'ai été accepté, mais je souhaitais toujours faire de la philosophie. Encore une fois mon père est intervenu pour me recommander de faire une session en droit avant de faire un choix final. J'ai suivi son conseil et j'ai tout de suite adoré le droit. »
Le choix sera en effet décisif, puisque l'homme n'a jamais délaissé la profession depuis. Admis au Barreau en 1977, il pratique d'abord au sein d'une étude déjà établie, puis fonde en 1980 son propre cabinet. « Je ne voulais pas travailler dans un gros cabinet. Avec la fusion qu'il a connue, le cabinet pour lequel je travaillais a rapidement doublé de taille. Je n'étais pas heureux dans un tel contexte et c'est essentiellement ce qui m'a encouragé à ouvrir mon bureau. »
Derrière l'histoire officielle, le ton de voix trahit largement le goût de l'action et du défi qui caractérisait le jeune avocat d'alors et le bâtonnier d'aujourd'hui. Vingt ans plus tard, encore à la tête du cabinet avec son associé de toujours, Luc Mercier, Claude G. Leduc confirme d'ailleurs trouver l'aventure toujours aussi emballante. « À l'époque, ouvrir un bureau était un peu inquiétant parce que je n'avais qu'un seul petit client et ma femme venait d'avoir notre premier enfant, mais mon associé et moi étions convaincus que c'était la chose à faire. Aujourd'hui, notre cabinet compte 11 avocats. »
Oeuvrant en droit administratif et en litige commercial, sa pratique le mène rapidement vers le droit disciplinaire. Une bifurcation qui s'avérera un véritable coup de foudre. « J'ai aimé ce droit tout de suite et je l'aime d'ailleurs toujours autant, parce que ça joint le côté humain et une forme de droit en constants développements. D'un côté, on est en contact avec des professionnels qui, pour toutes sortes de raisons, ont un comportement déviant. De l'autre, on évolue dans un secteur du droit qui a connu beaucoup d'expansion au cours des 20 dernières années et qui a été ponctué de nombreuses décisions d'importance. »
C'est le même goût pour le contact humain qui l'incite à prendre part aux activités du Barreau du Québec. Il agit d'abord comme professeur à l'École du Barreau, puis devient conseiller au Barreau de Montréal, membre du Comité d'accès à la profession et partie prenante au Conseil général du Barreau. « J'ai trouvé ça très intéressant. Il y avait de beaux dossiers et ça m'a donné le goût de m'impliquer davantage. » Une dizaine d'années plus tard, il brigue les suffrages pour la vice-présidence et envisage sérieusement de devenir bâtonnier. Là encore, précise-t-il cependant, ce sont en quelque sorte les événements qui ont décidé pour lui. « Devenir bâtonnier n'a jamais été dans mon plan de carrière. Ce sont les gens que j'ai côtoyés dans mes différents engagements qui m'ont encouragé à y penser et à aller de l'avant. Je me suis présenté à la vice-présidence, j'ai fait campagne et j'ai été élu. Puis la vice-présidence m'a préparé au bâtonnat. »
C'est donc fort de son expérience comme vice-président que Claude G. Leduc endossait récemment le rôle de bâtonnier devant ses collègues avocats réunis à La Malbaie dans le cadre du congrès annuel du Barreau. Un moment d'une grande fierté pour le principal intéressé. Une fierté à l'égard de sa profession notamment, qu'il souhaite d'ailleurs communiquer à l'ensemble des membres du Barreau. « À chaque fois que j'ai l'occasion d'en parler, je dis à tout le monde à quel point je suis fier d'être avocat. Je souhaite que ce sentiment soit partagé par l'ensemble de mes collègues. Nous jouons un rôle important dans la société. Il faut en être conscient et tenter de faire partager ce sentiment à la population, même si parfois les gens en ont contre la lourdeur du système judiciaire. »
Le bâtonnier attend beaucoup de la campagne de publicité annuelle à cet égard. Il souhaite non seulement qu'elle soit rassembleuse pour les avocats, mais aussi qu'elle permette aux gens de comprendre que le système existe pour eux.
La concrétisation de certaines actions entreprises au cours du précédent mandat figure aussi sur la liste des réalisations souhaitées par le bâtonnier. « Je peux parler très longtemps d'idées. J'adore ça, mais il vient un temps où il faut cesser de parler et passer aux actes. Je crois que nous sommes arrivés à ce stade. Beaucoup d'éléments ont été explorés l'année dernière. Il faut maintenant en faire quelque chose de palpable, montrer aux gens que si on réfléchit beaucoup, ça rapporte aussi quelque chose. »
La mise en ligne d'un portail juridique à même le site du Barreau du Québec figure au nombre des éléments qu'il souhaite voir se concrétiser au cours de son mandat. Même scénario du côté de l'École du Barreau où il espère voir le plan de réorientation récemment adopté se mettre en branle, notamment pour faciliter l'arrimage entre l'École et les universités.
Initiateur d'une table de concertation de jeunes avocats au moment de sa vice-présidence, il ne cache pas non plus son désir de voir certains travaux se poursuivre en ce sens. Au nombre de ces travaux: l'implantation d'un mécanisme de remplacement de revenu pour les jeunes ou les femmes de la profession ayant décidé de fonder une famille. Déjà, confesse-t-il, « un mandat a été confié à un économiste pour qu'il examine la faisabilité d'un tel projet et, si possible, sa mise en exécution cette année. Il y a un réel besoin. »
Enfin, il ne cache pas non plus sa volonté de voir les plans d'affaires adoptés par les différentes directions du Barreau mis en exécution. Ambitieux? Peut-être, concède le nouveau bâtonnier, avant d'ajouter qu'il n'est pas question pour autant de renoncer. « Je rêve peut-être en couleurs en espérant qu'un maximum de choses soit mis en place cette année. Mais il faut au moins tout faire en notre pouvoir pour que les dossiers avancent. Je serai peut-être mal aimé, mais je considère qu'en tant que bâtonnier, il est de mon devoir de m'assurer que les choses soient exécutées et je vais y veiller étroitement. La machine est en place. Elle est efficace. Il n'y a aucune raison que les choses ne se fassent pas. Cela dit, ma porte sera toujours ouverte. Personne ne possède la vérité. »