Selon l'Organisation des Nations Unies, chaque jour, 29 000 enfants meurent de malnutrition, de mauvais traitements ou de la guerre à travers le monde. Le Bureau international du travail estime pour sa part que 8,4 millions d'enfants sont victimes d'esclavage ou sont recrutés de force en vue de participer à des conflits armés, à des activités de prostitution, de pornographie ou à d'autres activités illicites. Des milliers d'organisations non gouvernementales travaillent quotidiennement à faire changer ces chiffres. Le Bureau international des droits des enfants (BIDE) est du nombre. À la tête de l'organisme ayant pignon sur rue à Montréal, un jeune avocat québécois, Jean-François Noël, rêve de lendemains heureux pour les enfants du monde.
Me Jean-François Noë |
Ici, l'espoir se conjugue en plusieurs langues, l'action est mondiale. Fondé en 1994, le Bureau international des droits des enfants travaille autour de trois questions principales, à savoir les enfants touchés par les conflits armés, les enfants victimes et témoins de criminalité ainsi que les enfants se trouvant hors de leur pays d'origine sans être accompagnés de leurs parents, y compris ceux qui sont victimes de trafic. La tâche est énorme, les enjeux colossaux.
Dans son modeste bureau du centre-ville de Montréal, Me Jean-François Noël est pourtant loin de désespérer. Le regard brillant, il affirme convaincu que les choses ont bougé depuis quelques années et qu'il continuera tant et aussi longtemps qu'il aura le sentiment de pouvoir faire quelque chose. Rien de plus normal pour cet ancien éducateur spécialisé de centre jeunesse. « D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours voulu travailler avec les enfants. Dans ma famille, beaucoup de gens sont enseignants. C'est comme une seconde nature. J'ai d'abord étudié en criminologie à l'Université d'Ottawa puis j'ai eu envie d'aller plus loin, de faire changer les choses. Je me suis inscrit à la maîtrise en criminologie et au baccalauréat en droit. C'est le droit qui l'a finalement emporté parce que j'avais le sentiment que ça me permettrait de faire bouger les choses davantage. »
Le coup de foudre pour le droit des enfants sera immédiat. « Dès mes premiers cours en droit, j'ai compris que c'était ce qui m'intéressait. » Sa formation complétée, il fait son stage auprès des juges de la Chambre de la jeunesse. Puis, son Barreau terminé, il s'engage dans une maîtrise ayant pour sujet d'étude la Convention internationale relative aux droits de l'enfant. Parallèlement à ses études, il travaille au Centre de recherche en droit public de l'Université de Montréal et enseigne le droit de l'enfant comme chargé de cours. La passion se confirme.
Puis, deux ans après avoir été reçu au Barreau, on l'approche pour agir comme conseiller juridique au sein du BIDE. Le défi est intéressant, le sujet en droite ligne avec ses préoccupations, il accepte la proposition qui lui est faite sans hésiter. « Quand je suis entré au Bureau tout était à faire. L'organisation avait à peine trois ans d'existence. Il fallait s'affirmer, se faire connaître, prendre position, se développer un argumentaire. »
Petit à petit, il travaille à l'élaboration d'outils de surveillance et de mise en œuvre de la Convention internationale. Il intervient dans certains dossiers judiciaires et aident notamment quelques confrères appelés à défendre en Cour suprême l'interdiction de possession simple de matériel de pornographie juvénile. Le jugement fait histoire.
C'était avant l'an 2000, avant qu'il accepte de devenir directeur général du Bureau. Depuis, il veille au bon fonctionnement de l'organisme, mais confesse consacrer encore beaucoup de son temps au contenu.
Au printemps 2003, l'organisme publiait les Lignes directrices en matière de justice pour les enfants victimes et témoins d'actes criminels. Outil d'interprétation de la Convention internationale des droits de l'enfant, le guide s'adresse aux praticiens du droit, mais aussi à tous les professionnels qui sont appelés à travailler auprès des enfants victimes ou témoins d'actes criminels. « Tout le monde connaît le texte de la Convention, ce qui est moins évident c'est ce qu'il est possible de faire au quotidien, dans notre pratique pour faire en sorte que tous ces beaux principes s'articulent et se concrétisent. L'objectif est clair, nous voulons transcrire les droits des enfants dans le processus pénal.»
Le travail effectué par le Bureau n'est pas resté lettre morte. Très bien reçues par le ministère de la Justice du Canada, les lignes directrices pourraient même mener à l'élaboration de directives administratives claires à l'échelle nationale. L'Organisation des Nations Unies elle-même réfléchit à la possibilité d'en faire des lignes directrices mondiales. Quoique modeste, Jean-François Noël a d'ailleurs de la difficulté à cacher sa satisfaction à l'égard du sujet. «Le document a été bien reçu partout, mais j'avoue que le fait que Genève pense à en faire une référence nous rend particulièrement heureux. C'est un peu inespéré.»
Il faut dire qu'en matière de droits humains, les victoires sont histoires d'années. Une réalité qui rend la patience et la capacité d'indignation essentielles. Deux qualités que Jean-François cultive visiblement depuis des années. « Quand on pense aux droits des enfants, on pense souvent aux réalités extrêmement difficiles que vivent les enfants d'ailleurs. La réalité, c'est qu'en Amérique même, très peu de choses sont faites, particulièrement pour les droits des enfants réfugiés qui ont été séparés de leurs parents naturels. Rien de tout cela ne peut changer du jour au lendemain. Personnellement, beaucoup de choses m'interpellent et me font réagir, non seulement en tant que directeur général du Bureau, mais aussi en tant que père. Il faut garder cette capacité d'indignation, se nourrir de celle des autres et ne pas avoir peur de dire les choses, de s'associer avec d'autres pour les redire. C'est encore la meilleure façon de provoquer le changement.»