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Le Journal
Volume 36 - numéro 16 - 1er octobre 2004

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Le REJB 2e génération dès le 1er janvier
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Objectif: quête de solutions
Une position unique en droit commercial international
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Congrès mondial contre la peine de mort

Un rendez-vous stratégique à Montréal

Rollande Parent

La tenue du 2e Congrès mondial contre la peine de mort à Montréal, du 6 au 9 octobre, est un choix hautement stratégique. C'est que, trois semaines plus tard, se tiendra l'élection présidentielle aux États-Unis, pays qui applique encore la peine de mort dans plusieurs États, dont le Texas, où le gouverneur et président américain, George Bush, s'en est fait un ardent défenseur.

Comme le souligne le président du congrès, l'éditeur et écrivain français Michel Taube, le choix du Canada, puis de Montréal, s'est imposé tout naturellement. «Après le premier congrès mondial, à Strasbourg, en juin 2001, nous avons décidé que les prochains congrès mondiaux contre la peine de mort se tiendraient dans des pays qui ont aboli la peine de mort et qui se trouvent à proximitéde pays qui la pratiquent toujours»;, a-t-il confié tout récemment au cours d'une entrevue téléphonique.

Michel Taube, président du Congrès 2004 contre la peine de mort
Michel Taube, président du Congrès 2004 contre la peine de mort

«Il n'y a pas que les États-Unis dans ce cas. On peut penser à Cuba, une des principales destinations touristiques des Canadiens, où la peine de mort est pratiquée de façon assez horrible», a-t-il précisé. «En tenant le congrès à Montréal, nous espérons que les échanges très forts entre le Canada et ces pays qui ont la peine de mort pourront aider à faire avancer la cause de l'abolition», a-t-il dit.

L'actualité politique fournit d'autres importantes raisons de reprendre le débat sur l'abolition de la peine de mort. «Le dictateur Saddam Hussein encourt la peine de mort en Irak, où la première mesure du nouveau gouvernement a été de la rétablir. Un des grands progrès de la justice internationale, celui d'abandonner le recours à la peine de mort, pourrait ainsi être remis en question. La condamnation à mort de ce dictateur constituerait un grand recul du droit international maintenant qu'existe, grâce au Canada et à l'Union européenne, la Cour pénale internationale, qui interdit de recourir à la peine capitale pour juger les auteurs de crimes contre l'humanité, de crimes de guerre et de crimes de génocide.»

De l'avis de Michel Taube, les États qui s'interdisent de recourir à la peine de mort indiquent qu'une société démocratique développée ne veut pas pratiquer la vengeance et répondre au crime par un autre crime. «Pour les criminels politiques, pour la transmission de la mémoire et pour la pédagogie des futures générations, peut-être vaut-il mieux garder en vie les auteurs de ces crimes plutôt que de les mettre à mort et les oublier encore plus vite», soumet M. Taube.

Espoir d'écho au Sud

Il souhaite que les débats qui se feront au Congrès de Montréal trouvent écho aux États-Unis: «Nous espérons que l'opinion publique américaine entendra cette clameur et qu'elle partagera cette conviction qu'une démocratie peut rendre la justice sans la peine de mort. Toutes les organisations abolitionnistes américaines sont partenaires de notre Congrès et seront présentes. La mobilisation avance très bien aux États-Unis.»;

Le bâtonnier du Barreau du Québec, M<sup>e</sup> Denis Mondor
Le bâtonnier du Barreau du Québec, Me Denis Mondor

Michel Taube note aussi qu'ailleurs dans le monde, les choses commencent à bouger, notamment en Algérie: «Deux ministres, et pas n'importe lesquels, celui de la Justice et celui des Affaires étrangères, favorisent l'abolition de la peine de mort. Depuis le Congrès de Strasbourg, la Turquie a aboli la peine de mort et l'a fait dans la perspective de son adhésion à l'Union européenne.»

Pourquoi en parler encore?

Est-il bien utile de parler une fois de plus de l'abolition de la peine de mort? C'est la question que le Journal du Barreau a posée à trois spécialistes du droit, à quelques jours de l'ouverture du Congrès de Montréal. Le bâtonnier du Barreau du Québec, Me Denis Mondor, le professeur William Schabas, directeur du Centre irlandais des droits de la personne, et la directrice des études supérieures en droit de l'UQAM, Lucie Lemonde.

L'engagement d'un criminaliste

Membre du comité d'honneur du Congrès, le bâtonnier du Québec estime qu'il y a encore beaucoup à dire: «L'abolition de la peine de mort est une cause militante, un perpétuel combat dont on n'a pas fini de débattre. Il ne faut jamais tenir pour acquise l'abolition de la peine de mort.

La proximité des États-Unis fait en sorte que ça reste un sujet qui, à un moment ou à un autre, revient dans l'actualité. Quand il arrive des crimes sordides, il se trouve toujours des gens pour souhaiter le rétablissement de la peine de mort. On n'est jamais bien loin de ce discours.»

William Schabas, directeur du Centre irlandais des droits de la personne
William Schabas, directeur du Centre irlandais des droits de la personne

Selon Me Mondor, la tenue d'un tel congrès assure à la question un rayonnement important, puisqu'elle fera les manchettes internationales. «Montréal est un excellent choix, de par la proximité des États-Unis et du débat politique entourant les élections présidentielles. Les États-Unis sont le pays où il y a eu le plus de condamnés à mort et le plus d'exécutions» , rappelle Denis Mondor.

Avec des juristes, des avocats, des professeurs et des juges de partout dans le monde, le bâtonnier participera à un atelier au cours duquel il sera question de la défense des condamnés à mort et du travail difficile des avocats appelés à les représenter lors de procès, voire par la suite, afin de vérifier si des erreurs n'ont pas été commises.

Les vues d'un défenseur des droits de la personne

Pour sa part, William Schabas, auteur de trois livres et d'une cinquantaine d'articles scientifiques sur la peine de mort, et qui dirige un centre de droit de la personne en Irlande en plus d'enseigner à l'Université Galway, croit fermement que le mouvement en faveur de l'abolition de la peine capitale exige la tenue régulière d'évènements d'envergure pour faire avancer le débat. Canadien d'origine qui, jusqu'en 2000, enseignait à l'Université du Québec à Montréal, M. Schabas affirme: «Je crois que nous sommes à un point assez intéressant dans l'évolution du dossier, parce qu'il est certain qu'une majorité d'États ont aboli la peine capitale et que la tendance est nettement à l'abolition. Depuis 30 ou 40 ans, deux ou trois États par an abolissent la peine capitale. Il n'en reste que 67 ou 68 [qui la pratiquent encore]. D'ici 20 à 25 ans, on peut s'attendre à l'abolition universelle.»

M. Schabas note qu'aux États-Unis, le soutien à la peine capitale est en chute libre. «Au cours des années 80, les sondages montraient que le public américain soutenait la peine capitale dans une proportion de 85 à 90%. Durant les cinq dernières années, cet appui a chuté et se situe aux environs de 65%.»

Celui qui prononcera une allocution intitulée «Développement du droit international et des stratégies en faveur de l'abolition» dit noter une nouvelle direction dans les jugements. «Comme abolitionnistes, nous nous intéressons aux tendances chez les juges. Aux États-Unis, dans les jugements les plus récents, on voit que les juges sont influencés par l'évolution du débat sur le plan international. Il y a deux ans, un jugement de la Cour suprême a renversé un précédent pour déclarer inconstitutionnelle la peine capitale en ce qui concerne les arriérés mentaux. Cette année, il y a un dossier devant la Cour suprême ayant trait aux juveniles, les personnes condamnées pour des crimes qu'elles ont commis avant l'âge de 18 ans.» Sur ce point, il note qu'il reste peu de foyers de résistance: «Les États-Unis et peut-être l'Iran sont les seuls pays au monde à imposer la peine capitale pour des infractions juvéniles.»

Extradition vers la mort: les vues d'une spécialiste

Professeure de droits et libertés au Département des sciences juridiques de l'UQAM, Lucie Lemonde dirigera un atelier portant sur l'extradition vers des pays pratiquant la peine de mort. «En tant que spécialiste des droits de la personne, le débat sur la peine de mort m'intéresse. Je crois qu'il importe de traiter de cette question au profit des générations futures et parce que rien n'est jamais acquis. Je pense que, si le pays était mené par l'opinion publique, la peine de mort serait probablement rétablie, même au Canada, en raison notamment de la proximité des États-Unis. Chaque fois qu'il se produit quelque chose d'horrible, les gens reparlent de la peine de mort.»

Au chapitre des règles d'extradition, Lucie Lemonde rappelle que «la Cour suprême du Canada a, il y a quelques années, interdit l'extradition vers un pays où la peine de mort était susceptible d'être imposée. Le pays demande donc des assurances à l'autre pays vers lequel le renvoi se fait pour que la peine de mort ne soit pas appliquée. Les États-Unis respectent cette promesse, mais, dans d'autres pays, c'est problématique. On ne peut être certain. Un rapport de Human Rights Watch, de l'an dernier, montre que des promesses ne sont pas tenues.»

Lucie Lemonde, directrice des études supérieures en droit de l'UQAM
Lucie Lemonde, directrice des études supérieures en droit de l'UQAM

Mme Lemonde dit voir, dans la foulée de la lutte au terrorisme, de graves dangers à renvoyer des gens dans des pays où ils risquent la peine de mort. Mais elle se réjouit des pressions faites par les organisateurs du Congrès contre la peine de mort pour que le Canada ratifie le 2e Protocole facultatif du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui vise l'abolition de la peine de mort.

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