Récemment, le Département d'histoire et de sciences politiques de l'Université de Sherbrooke présentait un débat intitulé « Est-ce que les Autochtones sont une menace à l'intégrité politique du Québec? » Ce débat mettait en présence M. Armand McKenzie, représentant du Conseil Innu du Nitassinan auprès des Nations unies, M. Patrick Brazeau, vice-chef du Congrès des peuples autochtones, et Mme Marie Léger, coordonnatrice de la thématique Droits des peuples autochtones chez Droits et Démocratie.
Bien que la question posée n'ait pas reçu de réponse ferme, elle a tout de même suscité une réflexion sur les défis qu'engendre la présence grandissante des Autochtones sur la scène politique nationale et internationale.
Toutefois, ces ententes, mal connues du grand public, soulèvent des préoccupations. D'un côté, les gouvernements essaient de faire des Autochtones des Québécois et des Canadiens avec les mêmes droits, d'un autre côté, ils négocient des ententes particulières leur octroyant des avantages. Cette politique encourage les préjugés et la jalousie à l'égard des Autochtones et donne le sentiment aux non-Autochtones que ces revendications sont menaçantes pour eux. Cela sans raison, de dire McKenzie, car le pouvoir politique n'est pas entre les mains des Autochtones.
L'exemple le plus concret est certainement la signature de La Paix des braves en 2002, accord entre les Cris du Québec et le gouvernement québécois.
« Malgré le succès de cet accord, grâce à la collaboration entre les parties impliquées, le rapport de force lors des négociations était inégal, les Autochtones ne bénéficiant que de peu de ressources pour faire valoir leur point de vue. Situation qui prévaut encore aujourd'hui : nous n'avons qu'à penser à la requête en injonction présentée par les Innus de Betsiamites pour faire stopper les opérations forestières sur l'île René-Levasseur », d'ajouter M. McKenzie.
Ce dernier souligne que « les procédures juridiques entreprises par des Autochtones leur donnent une voix dans le développement économique de leurs terres et leur permettent de se protéger et de protéger leur intégrité, leur culture et leur société, tout en entrant dans le développement économique du Québec. Ce qui ne peut être qu'un bénéfice pour tous les acteurs touchés, incluant les non-autochtones, les gouvernements canadien et québécois ».
Le moyen le plus adéquat pour remédier à cette situation, selon les conférenciers, est la reconnaissance du droit à l'autodétermination des peuples autochtones. Un droit qui ne constitue pas une menace à l'intégrité territoriale des États et de leurs citoyens, selon eux, mais plutôt un outil qui permettra aux autochtones de négocier d'égal à égal avec les gouvernements. Toutefois, les gouvernements sont en désaccord avec cette affirmation et cela les rend hésitants à accepter l'article 3 du projet de Déclaration, qui stipule que les peuples autochtones ont le droit de disposer d'eux-mêmes. Pourtant, l'article 1 des Pactes internationaux sur les droits civils et politiques et sur les droits économiques, sociaux et culturels leur reconnaît déjà ce droit.
En fait, ce que les Autochtones réclament, c'est la reconnaissance de leur identité, de leur langue et de leur culture et l'accès aux outils économiques et politiques pour assurer celle-ci.
Pour être reconnue par le gouvernement canadien et profiter des programmes et services offerts aux Indiens, une personne doit donc s'inscrire et ainsi obtenir « sa carte d'Indien ». Le gouvernement du Canada aura alors une obligation de fiduciaire envers ces autochtones inscrits, seulement s'ils vivent dans des réserves. Notons qu'environ 30 % de la population autochtone vit dans des réserves tandis que l'autre 70 % vit hors des réserves2.
Toutefois, l'adoption de cette résolution a nécessité beaucoup d'efforts et, jusqu'au dernier moment, les délégués ont été incertains du dénouement. Les États-Unis ont exprimé leur désaccord à la prorogation du mandat en statuant que le Groupe de travail, en plus d'être inefficace, avait perdu sa crédibilité.
À leur l'avis, l'instance permanente sur les questions autochtones était suffisante pour répondre aux besoins des populations autochtones et faire avancer leurs droits en voyant à l'adoption du projet de Déclaration. Un dédoublement des instances était à proscrire, et le prolongement du mandat ne pourrait que nuire à la cause autochtone, selon eux.
Mais ces arguments n'ont pas tenu la route lors du vote par appel nominal. En effet, 39 États, dont le Canada, ont voté pour la résolution recommandant la prorogation du mandat, tandis que 13 États4 ont voté contre, et les arguments des États-Unis ont été déboutés.
Dans leur proposition d'amendement, qu'ils ont déposée la veille du vote, ils demandaient que les travaux prennent fin avant la prochaine session de la Commission des droits de l'Homme. Par cet amendement, les États-Unis espéraient que les travaux du Groupe de travail, peu importe leurs résultats, se termineraient dans l'année, sans possibilité de continuer, advenant la situation où le projet de déclaration ne serait pas complété.
Au moment du vote par appel nominal, seulement deux États ont voté pour cet amendement,- les États-Unis et l'Australie - au plus grand plaisir des délégués autochtones et gouvernementaux présents, car l'adoption d'un tel amendement aurait mis en péril le projet de Déclaration.
Finalement, les États-Unis, dans une intervention de la dernière chance, ont demandé un second vote sur ce même amendement, mais, cette fois-ci, ils se sont abstenus de voter, ce qui a permis au projet d'être adopté par consensus, l'Australie ayant fait volte-face.
La résolution 2005/50 de la Commission des droits de l'Homme recommandant au conseil économique et social d'autoriser le Groupe de travail à se réunir pendant une période de 10 jours avant la 62e session de la Commission des droits de l'Homme a donc été adoptée par consensus.
Pour Armand McKenzie, représentant du Conseil Innu du Nitassinan, « les discussions à la Commission des droits de l'homme sur les questions autochtones, et particulièrement celles portant sur le projet de Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, restent difficiles. Les peuples autochtones remettent en question les structures politiques des États ainsi que la manière dont les ressources économiques sont gérées et redistribuées ».
Quel sera le climat de travail à la prochaine rencontre? Sans doute, difficile.
1 L.R. 1985, ch. I-5
3 Résolution 2005/49
4 Australie, France, Allemagne, Hongrie, Irlande, Japon, Pays-Bas, République de Corée, Roumanie, Ukraine, Grande-Bretagne et États-Unis. La Finlande s'est abstenue..