Me Alain-Claude Desforges, animateur de la conférence intitulée « Le crime crève l'écran » ne pouvait alimenter la discussion au Congrès de meilleure façon : la dernière année ayant été marquée par des procès hautement médiatisés, le rôle et la présence des médias dans les palais de justice sont de nouveau scrutés à la loupe, a-t-il évoqué en substance.
L'auteure et productrice Fabienne Larouche |
En effet, l'affaire Guy Cloutier a connu une couverture médiatique inouïe avec des rebondissements inattendus. Le procès de Dave Hilton, un peu plus tôt dans la décennie, n'a pas été de reste sur ce plan. À Québec, des débordements ont été notés lors du procès sur la question de la prostitution juvénile.
Récemment, le battage médiatique effectué autour de la comparution de Karla Homolka pour remise en liberté semblait dépasser l'entendement.
Le crime serait donc devenu trop présent sur nos écrans de télévision. Raison de plus, avancent certains juristes, pour que l'exercice du travail journalistique soit restreint ou mieux encadré.
La liberté de presse n'a pas de prix, répliquent les journalistes par leur association, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ).
Et les victimes et leurs familles dans tout ça, leur a-t-on seulement demandé leur avis?
La presse prend-elle vraiment trop de place dans les coulisses des palais de justice? La transparence tant souhaitée de l'appareil judiciaire au Québec n'est-elle qu'un vœu pieux?
« Le Québec est la province au pays où l'accès des médias au palais de justice est le plus ouvert:, a-t-elle fait savoir. Cependant, il faut constamment s'assurer de la sérénité du processus judiciaire. »
Ce qui semble justifier, d'après elle, la proposition d'un resserrement des règles pour éviter des débordements médiatiques comme on en a connu lors du procès de Maurice Boucher, il y a quelques années. La juge Côté s'est chargée de rappeler que l'accusé avait dû se doter de gardes du corps pour se frayer un chemin parmi les membres de la presse.
La révision toute récente de l'article 38.2 des règles de procédure de la Cour supérieure du Québec semble appuyer cette inquiétude.
Sans l'évoquer spécifiquement, Lise Côté a reconnu qu'il y avait un malaise quant à la couverture de certains médias dans les salles d'audience. Elle s'est avouée sceptique devant la requête de ceux-ci, qui tiennent à diffuser des extraits sonores des jugements.
Pour équilibrer la discussion, la juge Côté avait à ses côtés Yves Boisvert, chroniqueur à La Presse, réputé pour ses analyses sociales et judiciaires éclairées.
Le journaliste Yves Boisvert et la juge Lise Côté |
Le « columnist » a tôt fait de répliquer aux aspirations de la juge Côté en soulignant que le travail des journalistes des médias électroniques consistait, entre autres tâches, à appuyer des propos par des extraits sonores ou visuels du déroulement du processus judiciaire.
D'ailleurs, à ce sujet, la FPJQ a déploré en décembre dernier cette atteinte inexplicable à la liberté de presse. La Fédération estime que la Cour supérieure du Québec n'avait pas « à décider de la pertinence de ce qui doit aller en ondes et de choisir sous quelle forme les médias doivent le faire ».
La transparence du processus judiciaire serait-elle en danger? Le journaliste Yves Boisvert, bachelier en droit, avait une piste de réponse à cette interrogation.
« Il faut permettre l'accès aux journalistes afin de faire sortir le droit des corridors et des coulisses du palais pour qu'il soit expliqué sur la place publique. Il y a un travail constant d'éducation populaire qui devrait être fait », a-t-il conclu. Et les journalistes en sont des diffuseurs privilégiés.
En conférence de presse à la suite de l'atelier, Pierre-Hughes Boisvenu a fait part de l'intérêt manifesté par le ministre Cotler envers son association des familles des victimes d'actes criminels : une rencontre a d'ailleurs eu lieu au Parlement, quelques heures avant que le ministre de la Justice participe à la cérémonie de clôture du Congrès |
Sa fille, Julie Boisvenu, a été retrouvée assassinée en 2002, à Sherbrooke. M. Boisvenu a, depuis, fondé l'Association des familles de personnes assassinées ou disparues.
« On n'informe pas du tout les familles des victimes sur les différentes voies que peut emprunter le processus judiciaire, a-t-il souligné. Au lendemain du jugement, on doit souvent apprendre à composer avec le silence, à gérer la fin du cirque médiatique, etc. »
Il est vrai que les familles n'ont souvent aucune idée du barrage de questions auquel elles devront faire face à la sortie de la salle d'audience à la conclusion d'un procès médiatisé. Souvent, les émotions sont à fleur de peau et les paroles peuvent s'enflammer inutilement. C'est là que le travail du juriste peut être important, car il crée un tampon entre les familles des victimes et les médias.
L'auteure et productrice Fabienne Larouche était aussi de la poignée d'invités à cette conférence fort animée. La mère de la série «: Fortier »: a estimé n'avoir absolument aucun rôle d'éducation, qu'il soit judiciaire ou autre, à assumer dans ce qu'elle propose aux téléspectateurs par le truchement du petit écran.
Une œuvre, a-t-elle laissé entendre, est avant tout un «: rebrassage »: de faits de société qui viennent titiller l'esprit de l'auteur et qui sont ensuite représentés sous forme dramatisée.