Non seulement le discours dominant des droits de la personne échoue à humaniser le système pénal, mais celui-ci se crispe davantage dans une logique pénalo-centrique irréversible, détournant les droits de la personne de leur vocation. « Les développements récents des "usages pénaux" des droits de la personne semblent attribuer à ces derniers le statut d'un nouveau fondement du droit de punir au lieu de les voir comme un outil privilégié pour construire une pensée alternative en droit criminel. » En entrevue au Journal du Barreau, Mme Garcia nous offre l'éclairage de la recherche en quête d'analyses et de réponses.
« Cette tendance à une plus grande répression existe depuis l'adoption du Code criminel canadien (1892), avec une tentative d'inflexion dans les années 60/70 avec toutes les Commissions de réforme, où le système pénal commençait à être vu comme un système brutal », explique la chercheuse. Mais les idées innovatrices, quoique prometteuses, ne se sont pas imposées « sauf quelques exceptions ». Elles échouent à fournir une pensée alternative en matière criminelle. « Toutes ces nouvelles peines, au lieu d'être une alternative, viennent s'ajouter aux peines traditionnelles. Elles constituent un alourdissement de la situation du justiciable », affirme Mme Garcia.
L'absence d'effets pratiques réels de ces réformes a eu raison d'elles. Un recul du système pénal a succédé à ce blocage. On assiste, après cet élan de réforme, aux politiques de tolérance zéro des années 80, à la criminalisation des incivilités, à l'incarcération excessive. « Même les idéaux de réhabilitation et de réinsertion ont été mis de côté », observe la chercheuse. Le « bill omnibus », présenté à la Chambre des Communes en 1967 par le ministre de la Justice, Pierre E. Trudeau, illustre ce recul du droit criminel, souligne Mme Garcia. Encore aujourd'hui, même si chacun sait que la peine n'a pas d'effet dissuasif, « on ne remet pas en question cette théorie ». La chercheuse y voit « un effet d'aveuglement transhistorique et transpolitique ».
Les tentatives ne manquent pas qui entendent réformer le droit pénal : défense des droits des détenus, ouverture aux droits autochtones, justice réparatrice, etc. Mais, « ces initiatives restent toujours en périphérie et ne réussissent pas à déloger le fondement guerrier du droit pénal », constate-t-elle. Non seulement ces tentatives ne parviennent à « pénétrer la rationalité centrale du système pénal », mais elles sont condamnées à l'échec parce qu'elles finissent « dans la piscine des théories classiques de la peine. Peu importe le bien-fondé de ces démarches pour changer le système, elles sont toujours réappropriées par les traits dominants de ce système, qui sont très archaïques ».
Ce système de pensée repose sur les mêmes présupposés philosophiques qui expliquent qu'aujourd'hui encore, des juges motivent leur sentence par les théories de la rétribution et de la dissuasion.
Quels sont ces présupposés qui enchaînent le système de pensée pénal? « Une vision du criminel comme un ennemi de la société, un exclu du contrat social. » À persister dans cette « vision du criminel comme ennemi », c'est tout le système pénal qui est figé dans son archaïsme! Cet « obstacle cognitif » repose sur « une énorme ignorance de la façon dont le système fonctionne », estime Mme Garcia.
D'ailleurs, les juges seraient les premiers intéressés à cette réforme majeure : « beaucoup de juges me disent : "donnez-nous d'autres philosophies, d'autres idées" », rapporte-t-elle, au retour de Bruxelles. « Même le discours des garanties juridiques, de la présomption d'innocence est vaincu. »
L'urgence et le défi sont donc à la créativité! « Je suis convaincue que la créativité requiert une certaine amnésie par rapport aux idées reçues et à certaines valeurs. On a beaucoup de problèmes à mêler deux concepts qui se croisent fréquemment : éthique et imagination. » A-t-elle des exemples de solutions innovantes? « La solution est d'enrichir ce système en instaurant, avec le concours des juges, d'autres peines et façons de faire, telles que le dédommageable, le pardon, les travaux d'intérêt général, les travaux communautaires, etc. »
Avec de telles solutions, la victime elle-même aurait tout à gagner, estime la chercheuse, qui poursuivra sa recherche jusqu'en 2007… Affaire à suivre!