Connaître le Code civil par cœur, c'est bien. Savoir comment gérer un dossier de facultés affaiblies au volant et connaître exactement ce qu'un juge attend des avocats en cour, c'est encore mieux! C'est pourquoi le nouveau programme de l'École du Barreau en vigueur depuis la rentrée axe considérablement sa formation sur la pratique plutôt que sur la théorie déjà vue à l'université. De nouvelles activités, comme les ateliers thématiques et les ateliers pratiques, sont maintenant offertes.
La directrice de l'École du Barreau, Me Lise Tremblay, est ravie de constater l'engagement du milieu juridique envers les étudiants. « Il y a une mobilisation des ressources tournées vers le jeune autant des avocats, des juges que des gens du syndic », ajoute-t-elle. En tout, 300 formateurs autant pour les ateliers pratiques et thématiques que pour les cours sont mis à contribution dans les quatre Centres de formation de l'École.
Cette participation permet à l'École de proposer un choix de six ateliers thématiques d'une durée de deux heures : mode d'exercice de la profession (seul ou avec d'autres); médiation familiale; témoin et témoin-expert; déontologie et pénal; capacités affaiblies; et attentes des juges face aux plaideurs.
Le nouveau laboratoire informatique du Centre de Montréal de l'École du Barreau |
Des spécialistes de chacun des domaines viennent entretenir les étudiants sur la réalité de leur pratique et expliquent comment ça se passe concrètement sur «le terrain », tout en donnant de précieux conseils.
La directrice donne l'exemple de l'atelier sur le témoin et témoin-expert durant lequel les étudiants se familiariseront avec les façons de faire et répondront à plusieurs de leurs questions : comment gérer le dossier? quand a-t-on besoin d'un témoin-expert? pourquoi en a-t-on besoin? quelle sorte de témoin doit-on rechercher? un arpenteur, un évaluateur?
L'atelier thématique sur la déontologie donnera de bonnes pistes de réflexion pour les futurs assermentés. Où se situe la ligne à ne pas franchir? L'activité sera très formatrice, croit Lise Tremblay. « Même après plusieurs années de pratique, il n'est pas toujours évident de savoir où est la ligne », admet-elle.
Côté cour, côté pratique
Plusieurs cabinets ont fait part à l'École que leur stagiaire ne savait pas utiliser tel logiciel de recherche ni où aller au palais de justice pour produire tel document.
Ces connaissances de base vont de soi pour les avocats d'expérience, mais il en est tout autrement pour les «fraîchement débarqués » dans la profession. Les ateliers pratiques du nouveau programme viennent pallier cette lacune.
Avec un choix d'ateliers d'environ trois heures, les étudiants sauront désormais se débrouiller avec les outils de recherche du Centre d'accès à l'information juridique (CAIJ), pourront utiliser sans problème le registre foncier en ligne, et connaîtront le fonctionnement des formulaires Aliform. De l'avis de la direction de l'École, toutes ces connaissances sont des points vendeurs lors d'une entrevue d'embauche.
Afin de bien exercer sa profession, quoi de plus fondamental que de bien connaître son palais de justice. Des visites guidées sont prévues dans toutes les sections afin que les étudiants sachent où se trouvent les greffes et les divers services du palais. Ils pourront, de plus, assister à une audition et verront le déroulement de l'interrogatoire, du contre-interrogatoire, etc.
Professeurs devenus coachs
Avec le nouveau programme, les étudiants perdent leur rôle passif. « Une nouvelle relation de coach à jeune professionnel s'installe », explique Me Tremblay. Ainsi, dans les cours et les ateliers pratiques et thématiques, les élèves deviennent actifs dans le processus d'apprentissage. Pour certains, c'est un choc.
« On ne leur met plus la p'tite cuillère dans la bouche. Les professeurs ne donnent plus la réponse, mais encouragent plutôt l'étudiant à la trouver par lui-même, indique la directrice. Avant ils venaient à l'École pour l'évaluation seulement et pour obtenir une note. Dans le nouveau programme, c'est tout le côté pratique et une façon de faire qu'ils viennent chercher. »
Et afin de reproduire la réalité de la pratique du droit, les étudiants travaillent à quatre dossiers maîtres qu'ils doivent mener à terme pour la fin de la session. Plus de théorie en bloc et isolée du contexte, mais plutôt un processus complet de gestion de dossiers dans quatre champs de pratique : droit civil, droit pénal, droit administratif et droit des affaires. Ils devront, à la fin de leur formation, présenter la plaidoirie d'un des quatre dossiers.
Des professeurs rapportent que les étudiants sont plus motivés que jamais !