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Le Journal
Volume 37, no 14, octobre 2005

LA UNE
Regard acéré sur les irritants du système de justice
PROPOS DE LA BÂTONNIÈRE
De quoi on se mêle?
AUDI ALTERAM PARTEM
No to chari'a law in Canada
ACTUALITÉ JURIDIQUE
On manque de temps!
Mettre la table pour l'information à l'heure des célébrations
Nomination des juges à la Cour suprême
Question résolument au cœur de l'indépendance de la magistrature
Oser s'adapter aux changements
L'AIAD forme des avocats africains
Nouveau programme d'échange international
De nouveaux partenariats au service des avocats
L'avocate Renée Dupuis reçue Membre de l'Ordre du Canada
Une contestation axée sur les droits individuels
Les processus passés au peigne fin
Naissance d'une nouvelle Charte
Bâtonnière D'Onofrio veut des membres informés et branchés
Rentrée des tribunaux
Douloureuse épellation du droit
Une expatriée à Santiago
La permission de présenter une preuve appropriée
CHRONIQUES
Barreau de Montréal
Carrefour des professions
Justice et société
Regard sur le droit
D'une couverture à l'autre I
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La « nouvelle » École du Barreau
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Parmi nous
Barreaux de section
DOSSIER LA HAYE
Contrer l'idée d'un naïf romantisme féminin
L'inégalité des armes
Un barreau international à la CPI ?
Entre collaborateurs, eux-mêmes soupçonnés, et contribution à la va-comme-je-te-pousse…
Vers une nouvelle référence en droit ?
C'est la faute à la common law
CAUSES PHARES
D'abord libeller les droits pour pouvoir statuer s'il y a entorse au droit?
Téléchargement illégal de musique : l'étau se resserre au Canada
CALENDRIER
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BRÈVES
Nominations à la Cour du Québec
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Nouveau syndic adjoint à Montréal
Candidature à la vice-présidence du Barreau du Québec
Grand départ de Québec
Dénoncer l'injustice devant public et jury


Droit humanitaire sur le terrain

Contrer l'idée d'un naïf romantisme féminin

Francis Plourde, correspondant à La Haye

« Quand on se fait arrêter à un barrage et qu'on a une Kalashnikov sur la tempe, il faut être capable de rester calme. »

Parmi toutes les qualités nécessaires pour faire son travail sur le terrain, c'est celle que la juriste québécoise Kristèle Younès, officier juridique pour la Coalition pour la Cour pénale internationale (CCPI), mentionne en premier. Exit les bureaux d'avocat et les tribunaux, bienvenue dans le monde du droit humanitaire!

Mme Younès s'est toujours intéressée au droit humanitaire : « C'est pour cela que j'ai fait du droit pour commencer. » Forte d'un diplôme en droit de McGill et d'un DEA en droit humanitaire de la Sorbonne, la jeune femme se lance à la recherche d'un stage.

Grâce à un programme du ministère canadien des Affaires étrangères, elle en trouve un en Bosnie avec l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe. Elle y reste six mois.

Par la suite, tout s'enchaîne. Après son stage, elle part sept mois avec une ONG britannique au Proche-Orient et en Afrique du Nord, pour analyser les compensations envers les victimes de torture. Puis c'est l'Afghanistan, avec Médecins du monde et ensuite le Congo. Dans ce dernier cas, c'est avec une ONG du nom d'International Rescue Committee.

Aujourd'hui, Mme Younès travaille pour la CCPI, offrant des recommandations aux membres de la Coalition sur des enjeux juridiques en lien avec la CPI.

La si nécessaire place des juristes

Ils sont plusieurs juristes à travailler pour des ONG sur le terrain, notamment des organisations de droits de l'Homme. « Au sein d'ONG humanitaires, il y a un besoin de gens qui connaissent très bien le droit humanitaire et tout ce qui a trait aux droits des réfugiés, au droit de la guerre, à la convention de Genève, explique Mme Younès. Les ONG humanitaires se sont rendu compte qu'elles ne pouvaient pas faire un travail efficace sans un volet de protection des personnes. »

Mme Younès estime que sa formation juridique est importante, surtout dans des pays comme l'Afghanistan. La juriste a notamment dû étudier le droit islamique et argumenter devant les conseils tribaux, mais aussi faire un travail de sensibilisation, expliquer les droits de l'Homme et leur compatibilité avec l'islam.

Une goûte d'eau dans l'océan

Pour ce type de travail, il faut non seulement un calme à toute épreuve, mais aussi une certaine flexibilité. « Il faut être prêt à dormir sous une hutte et manger du riz pendant six mois. Il faut être prêt à des conditions de vie difficiles. Et c'est psychologiquement difficile, explique Kristèle Younès. Il faut être très réaliste, savoir qu'on ne va pas changer le monde, que ce qu'on va faire, c'est de temps en temps, parfois, aider quelqu'un un petit peu. »

Le préjugé d'un romantisme typiquement féminin

Aux difficultés de travailler sur le terrain s'ajoutent, pour les femmes coopérantes, celles de s'adapter à certains us et coutumes. En Afghanistan, les femmes doivent être voilées. Même au sein des équipes de travail, il y a la question de l'image pour les femmes. « À la base, c'est toujours un peu plus difficile quand tu es une femme, surtout quand tu es une jeune femme, parce qu'on a toujours tendance à les regarder, les jeunes femmes, comme si elles avaient une image romantique du droit humanitaire », dit-elle.

Les conséquences d'une intervention militaire travestie… en aide humanitaire

Pour les coopérants, les dangers deviennent plus grands avec les ans. Avec l'occupation américaine en Irak et la ligne floue que dressent les GIs entre opérations militaires et humanitaires, les servants de la société civile sont de plus en plus pris pour cible. L'assassinat de cinq membres de Médecins sans frontières ainsi que d'autres coopérants a d'ailleurs sonné le glas de l'aide humanitaire en Irak.

« La population locale a plutôt l'impression qu'on est tous pareils, finalement. Ceux qui s'opposent à l'occupation américaine ont l'impression que ceux qui font de l'aide humanitaire sont pour l'occupation. Du coup, on est pris pour cible », explique la coopérante.

Actuellement installée à La Haye, Kristèle Younès compte y demeurer pour un certain temps… jusqu'à ce qu'un autre contrat la conduise ailleurs, en Asie ou en Afrique. Mais pas dans le Caucase, jure-t-elle. Selon elle, chaque coopérant a ses limites. Pour certains, ce sera les voiles religieux; pour d'autres, les dangers du Caucase.

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