Femme de mérite, l'avocate Renée Dupuis, présidente de la Commission des revendications des Indiens (CRI), vient d'être reçue Membre de l'Ordre du Canada. Une reconnaissance qui l'encourage à poursuivre ses batailles, tant pour défendre les droits des Autochtones que ceux des femmes en général.
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Me Renée Dupuis |
Me Renée Dupuis pratique le droit depuis plus de 30 ans. Dès ses débuts, elle s'intéresse à des dossiers controversés et complexes concernant les droits des Autochtones. « J'ai exploré un domaine qui était alors inconnu. Il n'y avait peu ou pas d'écrits, et ça paraissait trop exotique à cette époque pour être pris au sérieux », relate-t-elle en entrevue.
Au fil des ans, non seulement le sujet a pris de l'importance sur les plans légaux et politiques, mais l'expertise de Me Dupuis s'est aussi précisée et développée. « Les gens sont devenus très attentifs à ce que je disais, lance-t-elle. Encore aujourd'hui, je crois que les gens font confiance à mon jugement. »
Et pour preuve, la gouverneure générale, Adrienne Clarkson, reconnaît sa contribution au domaine du droit par cette prestigieuse nomination. La principale intéressée se dit « agréablement surprise » de cette reconnaissance. « Ça m'encourage à poursuivre dans la même voie. Je ne sais pas si ce titre va me donner un nouvel “agenda”, mais il est évident que je conserve les mêmes fonctions », dit-elle, arguant qu'il est trop tôt pour savoir si son nouveau titre aura un certain poids politique.
Dossier Betsiamites
Au moment de l'entrevue, l'automne de la présidente de la CRI s'annonçait particulièrement chaud en ce qui a trait aux dossiers sur les droits ancestraux d'exploitation forestière par les Betsiamites sur l'île René-Levasseur. La CRI avait publié un rapport d'enquête en avril dernier sur deux revendications présentées par la bande de Betsiamites, au Québec, ayant trait à la route 138 (l'ancienne route 15) traversant la réserve de Betsiamites et au pont franchissant la rivière Betsiamites. La bande avait saisi la CRI de ses revendications en 2000, à la suite de leur rejet par le ministère des Affaires indiennes.
Un vent d'optimisme
Et même si les perspectives entre le gouvernement et les Autochtones demeurent diamétralement opposées, Me Dupuis reste optimiste quant à un règlement juste et durable. « On sent qu'il y a une prise de conscience gouvernementale pour réduire l'écart des conditions de vie entre les Autochtones et la population canadienne moyenne. Mais ce n'est pas encore une priorité gouvernementale. Je crois que l'on doit d'abord favoriser un consensus social pour que cette question soit mise à l'agenda », explique l'avocate, qui dit vouloir combattre préjugés et stéréotypes.
Rôle d'enquêteur
Déjà plus de 1 000 revendications ont été déposées au ministère des Affaires indiennes. La CRI offre un service de médiation à la demande des parties aux négociations, c'est-à-dire le gouvernement fédéral et les Premières Nations. L'organisme est habilité à mener des enquêtes sur les revendications particulières fondées sur le non-respect, par le gouvernement, d'une entente, d'un traité ou de la Loi sur les Indiens.
Réhabiliter le verbe… et lui donner le poids de l'écrit
Parmi ses batailles, Me Dupuis souhaite faire reconnaître l'importance de l'histoire orale comme moyen de preuve. « Le travail de la Commission est de documenter l'autre version de l'histoire. C'est un travail de longue haleine, mais qui permettra de diminuer notre ignorance sur l'histoire autochtone », dit la présidente, précisant que ces impacts sont non seulement légaux, mais aussi sociaux et historiques.
Dire le droit aux femmes en mode pro bono
Son deuxième cheval de bataille est de faire avancer le droit des femmes. Elle participe depuis 30 ans, à titre professionnel et à titre personnel, à des activités de formation à l'intention des femmes et d'organismes de soutien aux femmes. Bénévole au sein de plusieurs groupes de soutien aux femmes (particulièrement le groupe Les Relevailles depuis 10 ans), elle informe les femmes de leurs droits et devoirs. Une contribution qui lui a valu, en 2004, le Mérite Christine-Tourigny décerné par le Barreau du Québec.
… sans oublier les consœurs
L'avocate de Québec vise à faire avancer les droits des femmes sur la place publique, mais particulièrement à soutenir le travail professionnel des femmes au sein de sa profession. Même si elles sont de plus en plus présentes dans le milieu juridique, des différences salariales, de statut et de conditions persistent. « La place des femmes dans le domaine juridique est indéniable, et le milieu doit s'adapter à leur présence et à leurs valeurs. J'ai pris une avenue risquée il y a 30 ans et je suis heureuse qu'elle soit reconnue aujourd'hui », dit celle qui n'a fait ni compromis ni compromission sur ses valeurs à son arrivée en pratique privée. Une avenue semée d'embûches, mais « très valorisante », soutient-elle.