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Le Journal
Volume 37, no 15, novembre 2005

LA UNE
Urgent besoin d'outils pour les adjudicateurs
PROPOS DE LA BÂTONNIÈRE
Faire apparaître le droit
ACTUALITÉ JURIDIQUE
En attendant les décisions de la CRT
Abus de droit : nouvel ordre juridique, nouvelle moralité
Éducaloi maintenant en anglais… sur Internet!
Et si conciliation travail-famille rimait avec protection du public ?
Prévenir le suicide de son client… parfois possible malgré le secret professionnel
Les CAVAC bientôt sur grand écran !
Tout ce que peut dire un cadavre…
Assujettissement des ordres professionnels
Depuis Finney…
Radiation et suspension… le lien avec « l'essence » de la profession
La nécessaire autocritique…
L'obligation d'accommodement : Pandore a ouvert une étonnante boîte!
Le Maroc en quête d'un droit moderne
Le CAIJ ouvre ses portes aux étudiants
Barreau s'attaque au blanchiment d'argent
Barreau du Québec sur la scène internationale
H pour huissiers et pour… humaniser ?
Ma cabane au Canada… et un billet pour Paris !
Une Mauricie fière, engagée et rigoureuse
Cure de rajeunissement pour les techniques juridiques
RENTRÉES JUDICIAIRES
Rentrées judiciaires 2005
CHRONIQUES
Barreau de Montréal
Carrefour des professions
Justice et société
Comité de discipline
La « nouvelle » École du Barreau
Formation en région
Parmi nous
Barreaux de section
D'une couverture à l'autre
CONGRÈS DE L'AAP
L'AAP rend hommage au juge Allard
Cap sur l'accès à la formation
La Chambre des recours collectifs est née
AVIS
Projet de modification règlementaire
Draft regulatory amendment
Nouveauté au registre foncier du Québec
Assurance responsabilité professionnelle : prime pour 2006
BRÈVES
Présentation des membres du Comité consultatif
Projet Qualité… tout un PACTE!
Une « croisière » loin d'être reposante
Nomination de trois juges
Le juge Yves-Marie Morissette honoré
CALENDRIER
Calendrier


Pour que les citoyens soient mieux servis par la justice administrative

Urgent besoin d'outils pour les adjudicateurs

Louise Vadnais, avocate

Si vous croisez la bâtonnière du Québec, Madeleine Lemieux, demandez-lui où en est rendu son projet de mise sur pied d'une École de la justice administrative. Vous verrez son regard briller, et elle vous parlera, avec flamme, de sa volonté de structurer un programme de formation conçu pour les décideurs de la justice administrative et aussi pour les arbitres, pour enfin pallier une sérieuse carence de formation.

La bâtonnière du Québec, M<sup>e</sup> Madeleine Lemieux
Bâtonnière du Québec, Me Madeleine Lemieux

Ce projet d'École de la justice administrative faisait déjà partie du programme de Me Lemieux à la vice-présidence du Barreau et, si la tendance se maintient, il devrait voir le jour avant la fin de son bâtonnat. « Le Barreau a tout intérêt à offrir à ses membres la formation appropriée non seulement pour qu'ils puissent avoir accès aux fonctions de décideurs au sein d'organismes administratifs, mais également pour qu'ils soient bien outillés pour les exercer », plaide la bâtonnière, qui juge la conjoncture actuelle des plus favorables à la réalisation de ce projet d'école.

Une volonté gouvernementale…
Dans la foulée de la réforme du droit administratif en 1998, qui a vu naître le Tribunal administratif du Québec (TAQ), et dans celle du projet de loi 103* sur la justice administrative, il y a, dit Me Lemieux, « une volonté du gouvernement de se préoccuper davantage de la formation des gens travaillant pour la justice administrative ». Pour le moment, explique-t-elle, le projet en est à sa phase un : recenser et bien définir les besoins de la communauté juridique en matière de formation de décideurs.

… et d'enthousiastes partenaires potentiels
Un partenariat est envisagé entre le Barreau du Québec, l'École nationale d'administration publique (ENAP) et la Conférence des juges administratifs du Québec (CJAQ); d'autres joueurs sont également pressentis. Déjà, la Conférence, qui regroupe plus de 300 membres issus de 17 tribunaux administratifs exerçant tous des fonctions juridictionnelles, salue l'initiative de la bâtonnière.
Joint au téléphone, le président de la CJAQ, Jacques Prémont, évaluateur agréé et membre de la Section des affaires immobilières du TAQ, affirme que « le besoin d'une telle école est évident, et Madeleine Lemieux est la personne clé capable de donner vie à ce projet. Elle connaît le milieu ». D'ailleurs, il confirme la tenue de rencontres exploratoires avec la bâtonnière depuis juillet dernier.
Le rôle et la contribution de la Conférence sont actuellement en phase d'élaboration, précise le président : « On cherche des solutions afin de traduire et d'intégrer au projet du Barreau la dynamique de la multidisciplinarité des tribunaux administratifs, qui est l'essence même de la justice administrative. »

Pour que cesse l'apprentissage à la dure…
La bâtonnière Lemieux possède une connaissance approfondie du domaine de la justice administrative. Non seulement pratique-t-elle, depuis 1975, dans son cabinet privé à Bedford, principalement en droit administratif (secteur agricole et relations de travail), mais, lorsqu'elle a interrompu sa pratique privée pendant 10 ans, ce fut pour devenir présidente du Conseil des services essentiels, un tribunal constitué de huit membres, qu'elle a dirigé de 1986 à 1997.
Autodidacte acharnée, la présidente est allée frapper à mille et une portes pour acquérir la formation et l'information qui l'aideraient dans sa tâche. « Je cherchais à droite et à gauche l'information dont j'avais besoin pour bien faire mon métier comme membre et présidente d'un tribunal administratif. Je n'ai jamais trouvé tout ce dont j'avais besoin à un même endroit. Je ne pouvais entrer dans un programme de formation pour la simple raison qu'il n'existe pas de tel programme, déplore-t-elle. Aucune structure n'était en place. »
Elle a donc plongé. Elle a suivi de la formation en droit administratif, en gestion et en comptabilité de management, en linguistique et même en animation de groupes, en s'inscrivant à des cours du soir et à des séminaires la fin de semaine.

Les premiers semis
Confrontée à ce vacuum et forte de son expérience, elle a commencé, à la fin des années 80, à donner des cours à l'UQAM; puis à l'ENAP, au début des années 90. Elle a ainsi enseigné à quelques centaines de membres de tribunaux administratifs issus de divers domaines d'activité : indemnisation, économie, énergie, transport.
Au fil des ans, elle a pu élaborer, à leur intention, une dizaine de cours structurés en modules d'une durée de trois heures pouvant aller jusqu'à deux jours. Passionnée par l'écriture, elle a en outre conçu et donné des activités de formation en rédaction d'une décision.

Pas uniquement pour les avocats
Même si la majorité des participants à ses cours étaient des juristes, il s'y trouvait des pilotes d'avion, des médecins, des courtiers en assurances, des courtiers en valeurs mobilières, des travailleurs sociaux, des psychologues, des évaluateurs agréés. « Ce sont des spécialistes qui ont acquis beaucoup de connaissances techniques. C'est en vertu de cette expérience pointue qu'ils sont recrutés par ces tribunaux. Or, ils doivent tous interpréter et appliquer la loi et trancher un litige. On exige d'eux un travail rigoureux. Ils doivent acquérir des principes de base en droit administratif : principes de conduite d'une audience, règles de preuve et de procédure administrative, connaissance institutionnelle et habiletés transversales, telles l'écoute et la rédaction », fait valoir la bâtonnière.

Barreau à la proue
Comme le droit évolue, il faut mettre tout cela à jour. « C'est mon rêve de structurer tout cela! lance la bâtonnière, et la réalisation de mon rêve passe par la création d'une école. »
Certes, il y a bien l'ENAP qui a mis sur pied des activités d'intégration et de formation pour les membres des tribunaux et organismes administratifs, et la CJAQ qui donne de la formation à ses membres, mais, pour Madeleine Lemieux, « l'impulsion du projet d'une École de la justice administrative doit venir du Barreau du Québec ».
Elle estime que le Barreau doit s'engager dans l'élaboration d'un programme en partenariat avec les acteurs intéressés du domaine de la justice administrative. « Trancher un litige, c'est faire du droit, et il doit toujours y avoir un juriste sur le banc des décideurs. Aussi, ce sont les avocats qui plaident devant les tribunaux administratifs et qui deviennent des décideurs administratifs. En outre, un avocat membre d'un tribunal administratif continue à être un membre du Barreau », soutient la bâtonnière, qui souhaite, par cette initiative, « briser l'isolement des avocats du reste de la communauté juridique » une fois qu'ils ont franchi le seuil d'un organisme administratif.

Le quoi et le comment
Qui dit école dit programme. « C'est pourquoi on réfléchit présentement à toutes les connaissances spécialisées et à toutes les habiletés transversales nécessaires à l'exercice des fonctions d'adjudication. On travaille à la mise sur pied d'un programme universel. »
Quelle forme cet enseignement devrait-il prendre? « Des focus groups, des spécialistes de la formation à l'ENAP et des membres de la CJAQ pourront contribuer à cerner les besoins », répond la bâtonnière.

Besoin de bras!
Si elle ne peut dire de façon définitive où ce projet sera rendu à la fin de son mandat, chose certaine, il progresse, « et tous ceux qui veulent mettre l'épaule à la roue sont bienvenus », lance-t-elle en guise de conclusion avec un enthousiasme confiant et une vision sûre.
Et, comme elle souhaite travailler avec les ressources du milieu, elle invite tous les intéressés à prendre contact avec elle pour lui faire part de leurs idées ou commentaires à l'adresse suivante : mlemieux@barreau.qc.ca

* Sanctionnée le 17 juin 2005, la Loi modifiant la Loi sur la justice administrative et d'autres dispositions législatives entrera en vigueur par décret du gouvernement.

Tribunaux administratifs

« L'époque de la formation à la pièce est révolue »
On parle beaucoup d'accessibilité à la justice et de coûts. Les tribunaux administratifs jouent un rôle incontournable dans une multiplicité de domaines spécialisés. Un large bassin de population y a accès. Comme la procédure est moins lourde, le client peut se permettre de retenir les services d'un avocat même si le montant en jeu est modeste : le tribunal est saisi avec une procédure qui tient en deux pages, et la date d'audition est fixée dans les deux mois suivants. La procédure est donc plus simple, mais le tribunal doit, de l'avis de la bâtonnière Lemieux, offrir des garanties d'indépendance et de compétence. « C'est là que le bât blesse : chaque tribunal est laissé à lui-même pour organiser la formation de ses membres. Il y a là un véritable besoin, et c'est encore plus marqué pour les petits tribunaux, pour qui c'est plus difficile d'organiser de la formation. »

Savoir et savoir-faire
Le droit administratif, précise la bâtonnière, ce n'est pas seulement de la révision judiciaire. Il faut posséder le savoir juridique, mais aussi le savoir-faire de la pratique au sein d'un tribunal administratif. « Les décideurs administrent des lois avec des missions économique et sociale. La spécificité de leur mandat est d'appliquer une politique gouvernementale en prenant justement en compte la mission de l'organisme. »

Défis multiples, UNE solution
De tels organismes, il y en a plusieurs dizaines, tous différents, et leurs défis sont multiples. Si leurs priorités en formation concernent surtout leurs spécialités respectives — tendinites pour l'un, éoliennes pour l'autre —, comment leur permettre d'intégrer dans un programme universel tout le processus de la justice administrative?
Pour la bâtonnière Lemieux, la création d'une École de la justice administrative est LA solution. « Tous les décideurs font face au défi de communiquer. Ils doivent appliquer la règle de la primauté du droit et les principes juridiques qui l'expriment. L'époque de la formation à la pièce est révolue, et il est grand temps de mettre sur pied une École de la justice administrative. »

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