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Le Journal
Volume 37, no 16, decembre 2005

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Quand l'avocat est coach et le citoyen plaideur
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Une avocate québécoise écrit la Constitution irakienne
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L'ombudsman municipal... complément au système judiciaire?
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Le droit mène à tout…

De la fac de droit de McGill à l'Afrique

Amélia Salehabadi, avocate

C’est entre deux avions que Jean-François Gascon, vice-président Afrique chez SNC-Lavalin, nous a accordé cette entrevue. Il revenait du Kenya et du Rwanda et repartait pour Madagascar et l’Afrique du Sud.

Âgé de 34 ans, il a déjà plus de 10 ans d’expérience dans le commerce international, secteurs public et privé.

Juriste de formation, Jean-François Gascon a été, de 1998 à 2003, conseiller du ministre fédéral du Commerce international.

En plus de ses responsabilités liées aux dossiers de financement du commerce international, il fut chargé de l’organisation de plusieurs missions commerciales officielles du gouvernement canadien, notamment en Chine et en Inde.

Un de ses dossiers les plus complexes durant ces années demeure celui sur les négociations avec l’industrie canadienne du vêtement et du textile. Ces dernières ont ouvert la voie à la politique canadienne d’ouverture du marché aux produits en provenance de 48 pays. M. Gascon a aussi été très impliqué dans l’élaboration du plan d’action canadien pour l’Afrique tel que présenté au Sommet du G8, en 2002. Nous avons voulu savoir comment sa formation en droit à l’Université McGill l’avait mené au commerce international.

Journal du Barreau : Pourquoi avoir fait des études en droit ?

Jean-François Gascon : Parce que les études en droit sont une des meilleures façons de se donner une crédibilité dans le domaine des affaires. De plus, cette formation me donne une certaine rigueur intellectuelle. Il est beaucoup plus simple d’en arriver à une entente écrite lorsqu’on est juriste, puisqu’on connaît mieux les paramètres de base.

Par exemple, il est plus facile pour moi de rédiger rapidement une lettre d’intention et de l’envoyer directement au département légal qui n’aura alors qu’à la revérifier, plutôt que de la faire au complet. On gagne alors du temps et on évite les malentendus.


M. Jean-François Gascon

JdB : Aviez-vous au départ un plan de carrière précis ?

J.-F. G. : J’avais un plan de carrière, mais pas trop strict. Je savais cependant, dès le départ, que j’allais travailler à l’international. Quand j’étais petit, je me disais que j’allais aller dans un maximum de pays pour côtoyer un maximum de cultures !

JdB : Quel était votre rôle au cabinet du ministre du Commerce international ?

J.-F. G. : J’étais responsable des dossiers du commerce avec l’Asie, l’Afrique et le Moyen-Orient. En tant que conseiller en politiques, je suis allé en Chine, en Inde, dans plusieurs pays africains, en Europe et, bien entendu, partout au Canada. J’avais également sous ma supervision des dossiers liés au financement du commerce international d’entreprises canadiennes faisant affaire à l’étranger. J’étais autant en charge des dossiers quotidiens que de l’orientation stratégique du Ministère sur ces sujets.

JdB : Quand vous étiez aux Affaires étrangères, y avait-il d’autres personnes avec une formation juridique ?

J.-F. G. : Oui. J'avais des collègues avec un background juridique. Certains fonctionnaires avaient une formation en droit, mais la plupart d’entre eux ne pratiquaient pas, à proprement parler, le droit. La formation juridique est une excellente base pour plusieurs domaines. Dans la fonction publique, on trouve beaucoup d’avocats, car la formation en droit est la meilleure, à part peut-être l’administration publique, pour être fonctionnaire. Des collègues que j’ai connus et qui avaient des formations en droit font maintenant de brillantes carrières dans la fonction publique ou dans le secteur privé.

JdB : Et chez SNC-Lavalin, avez-vous d’autres collègues avec une formation juridique ?

J.-F. G. : Non, pas beaucoup. La plupart de ceux que je connais et qui ont une formation en droit pratiquent le droit.

JdB : Quels sont, d’après vos expériences, les différents défis du secteur privé par rapport au secteur public ?

J.-F. G. : La notion du temps et de la liberté d’initiative. Dans le public, toute décision va être analysée avec une consultation très large pour qu’on soit certain qu’il n’y a pas d’erreur. Dans le secteur privé, tout est dû pour hier et est question d’une fenêtre d’opportunité qui se referme assez rapidement. L’adaptation s’est faite rapidement, car, au ministère du Commerce international, la méthode de travail s’apparentait beaucoup à celle du secteur privé. La clientèle de ce ministère était en grande partie issue du secteur privé.

JdB : Est-ce que la maîtrise de langues étrangères est primordiale à l’international ?

J.-F. G. : Non, pas vraiment. Ce qui est primordial, c’est la capacité de développer des liens avec les gens. À l’occasion, je vais dire quelques mots dans la langue locale, pour charmer les gens.

JdB : Comment gérez-vous les différences culturelles ?

J.-F. G. : Les différences culturelles sont surtout visibles au sein même de la compagnie. Si vous faites le tour de l’étage chez nous, à SNC-Lavalin, vous verrez un bon exemple de diversité culturelle. On croise des Algériens, des Libanais, des Autrichiens, des Grecs.

JdB : Pensez-vous que les avocats devraient se spécialiser davantage pour l’Afrique ?

J.-F. G. : Tout est à faire sur ce continent, car c’est lui qui en a le plus grand besoin. Nous avons une image déformée de l’Afrique. Il y a beaucoup d’opportunités d’affaires. Quand on parle de la Chine, de l’Inde et du Brésil, on se dit que ce sont des marchés en développement, et lorsqu‘on se retrouve dans ces pays, les concurrents sont déjà là. En Afrique, lorsque tu débarques, la concurrence n’est pas encore arrivée. Même les Français ne sont pas très présents en Afrique de l’Est.

JdB : Y a-t-il des juristes canadiens qui peuvent vous accompagner en Afrique ou faut-il passer par l’Europe ?

J.-F. G. : Il y a des cabinets canadiens présents, mais pas énormément. En général, on va trouver l’expertise juridique surtout en Europe.

JdB : Comment sont perçus les avocats en Afrique ?

J.-F. G. : La profession d’avocat est vue comme une forme d’érudition et donne un certain standing. Plusieurs ministres que j’ai rencontrés en Afrique ont une formation de juriste.

JdB : Si quelqu’un rêvait de faire la même carrière que vous, que lui suggéreriez-vous ?

J.-F. G. : Développer beaucoup ses capacités interpersonnelles et une pensée très stratégique. L’intelligence émotionnelle est primordiale. En ce qui concerne la formation, il faut qu’elle soit très solide et couvre l’essentiel des domaines. Elle peut provenir des finances, du droit, du génie ou de l’administration (avec un M.B.A.). Cependant, les capacités interpersonnelles sont vraiment la clé de tout.

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