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Le Journal
Volume 37, no 16, decembre 2005

LA UNE
Aide juridique
PROPOS DE LA BÂTONNIÈRE
Pareil, pas pareil
ACTUALITÉ JURIDIQUE
Il était une fois… un projet de loi sur la protection de la jeunesse
Derniers développements en recours collectifs
Les ordonnances provisoires de la CRT
Le salarié est dorénavant une « personne »
Attention aux experts partiaux !
Processus de nomination à la magistrature fédérale
Rémunération des juges de nomination provinciale
Le minimum vital est-il un «droit de l'Homme»?
Responsabilité médicale et hospitalière
Colloque international de Winnipeg sur les erreurs judiciaires
Un conseiller spécial pour le ministre de la Justice
Quand l'avocat est coach et le citoyen plaideur
Arthabaska veut des juges résidents
Une avocate québécoise écrit la Constitution irakienne
Médiation judiciaire : le Québec à la proue
Projet pilote de facilitation pénale
L'ombudsman municipal... complément au système judiciaire?
Le droit mène à tout…
Synergologie et droit
L'accommodement raisonnable à l'école
CONGRÈS DE L'AAP
Plaider devant un juge
La déclaration préalable à l'enquête préliminaire
DOSSIER TRAVAIL C. FAMILLE
Une croisade du Barreau ?
Un changement de culture plus que payant
Haro sur le plafond traditionnel des heures facturables
CHRONIQUES
Barreau de Montréal
Justice et société
Regard sur le droit
D'une couverture à l'autre
Comité de discipline
La « nouvelle » École du Barreau
Formation en région
Parmi nous
Barreaux de section
AUDI ALTERAM PARTEM
Regard différent sur la Grande Bibliothèque
Glissement sémantique
BRÈVES
Nouvelles bourses d'études
Fondation Marie-Vincent honore la Maison des enfants de l'île de Montréal
Comité sur la gouvernance au Barreau
L'UdeM honore Peter W. Hogg
Cour du Québec
L'Université Laval honore ses meilleurs étudiants en droit
AVIS
Cour du Québec
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Pareil, pas pareil


D’ici 12 ans, un Canadien sur cinq sera issu d’un groupe des minorités visibles1.

Si on ajoute aux minorités visibles les citoyens issus des quelque 200 communautés culturelles présentes au Canada, c’est près de 50 % de la population qui est aujourd’hui née à l’étranger ou d’origine autre que britannique ou française.

Au Québec, les personnes immigrantes représentent environ 10 % de la population. Et cette tendance va en augmentant, au rythme approximatif de 45 000 nouveaux immigrants chaque année.

Un nouveau visage

Et la profession juridique dans tout ça?

Dans son plus récent rapport sur l’avenir de la profession, l’Association du Barreau canadien a identifié deux grands défis pour la profession juridique : la féminisation de la profession et la diversité2. Lors de mon passage à Chicago dans le cadre du Congrès de l’American Bar Association, l’équité et la diversité étaient LES sujets de l’heure.

De retour chez nous, lors de la dernière rentrée de l’École du Barreau à Montréal, j’ai constaté avec plaisir le nombre élevé d’étudiantes et d’étudiants de toutes origines et de tous horizons.

Autre signe des temps : le bâtonnier de Montréal nous a confié devoir pratiquer la prononciation des noms avant chaque assermentation des nouveaux avocats! Elle est révolue, l’époque où il n’y avait que des Tremblay ou des Smith dans notre belle province!

Minorités visibles, barrières invisibles

Le visage de la population canadienne a bien changé. Avons-nous suivi? On estime à 7 % les avocats canadiens issus d’une minorité visible, contre 13 % de minorités visibles dans la population en général3.

Et si je peux affirmer fièrement que 45 % des avocats au Québec sont des avocates, cette proportion n’est que du tiers dans l’ensemble du Canada.

Existe-t-il des barrières à l’accès à notre profession?

J’ai eu l’occasion de siéger au Comité d’accès à la profession du Barreau, où j’ai pu constater le besoin d’ouverture à la réalité de certains candidats issus de milieux socioculturels fort différents.

Les chiffres sont suffisamment éloquents pour justifier une prise de conscience. L’idée n’est surtout pas d’imposer des quotas, mais de s’assurer que tout est mis en place pour que l’accès à la profession, au marché du travail et aux instances décisionnelles soient exempts de discrimination et prennent le virage de la diversité.

Et le Barreau dans tout ça?

Une fois franchies les barrières — invisibles, mais bien réelles — à l’accès à la profession juridique, tout n’est pas réglé en matière d’équité et de diversité dans la profession juridique et le système judiciaire.

Je parlais encore récemment du rôle social exercé par le Barreau dans la défense de valeurs fondamentales comme l’égalité et les droits de la personne.

Mais que fait le Barreau dans la lutte contre les inégalités et les injustices causées par le sexisme, le racisme ou l’intolérance, au sein même de la profession ou dans le système judiciaire? Je dois vous dire, à la fois beaucoup et fort peu.

Divers comités s’intéressent à la question : le Comité sur les femmes dans la profession, le Comité sur les communautés culturelles et le Comité sur les droits de la personne jouent un rôle crucial d’aviseur auprès des instances du Barreau, et un rôle de vigie, de formation et d’éducation auprès des membres.

Ainsi, chaque année, dans le cadre de notre Congrès, une place importante est réservée aux travaux de ces comités. Je pense, entre autres éléments, à l’atelier sur le profilage racial en 2003, qui a été une occasion exceptionnelle de sensibilisation de nos membres, et ce, devant une salle pleine d’avocats profondément troublés par ce qu’ils ont entendu. Je le sais, j’y étais.

Par contre, quand je dis «fort peu», je me dois de faire le constat que ce n’est pas suffisant. Je pense notamment à l’absence de données démographiques sur la composition du membership au Barreau. Je n’ai aucune idée du nombre d’avocats issus d’une communauté culturelle, le Barreau ne faisant pas la cueillette systématique — sur une base volontaire — de ce type d’information.

Prêcher par l’exemple

Nos structures, tant au Barreau que dans l’administration de la justice, doivent tenir compte de la présence des femmes et des communautés culturelles dans nos rangs et refléter la diversité de notre société.

Défenseur de la justice pour tous, le Barreau doit s’attaquer aux inégalités et iniquités au sein de la profession et faire en sorte que celle-ci soit accessible à tous.

Le temps ne serait-il pas venu de réfléchir à la nécessité de se doter de ressources pour détecter les situations d’injustice et d’iniquités au sein de la profession et dans l’administration de la justice, pour sensibiliser, éduquer ainsi que provoquer les changements que nous souhaitons voir dans notre profession et dans notre société?

Les autres barreaux canadiens sont à des années-lumière en avance sur nous en ce domaine, alors que six d’entre eux se sont dotés de telles ressources depuis plusieurs années4.

 Profitons de leur expertise et continuons le dialogue avec eux sur cette question.

Sur ce, je vous souhaite de joyeuses Fêtes — Merry Christmas! Buon Natale! Jwaye Nowel! et meilleurs souhaits dans toutes les autres langues, dont les mots me manquent — et une agréable période de repos et de réjouissances avec vos proches.

La bâtonnière du Québec,
Madeleine Lemieux

mlemieux@barreau.qc.ca



[1] On entend par «minorité visible» les personnes, autres que les Autochtones, qui ne sont pas de race blanche ou qui n’ont pas la peau blanche.
[2] Voir «Clair comme le cristal : Perspectives novatrices pour l’Association du Barreau canadien»,rapport du Comité sur l’avenir de l’ABC, août 2005.
[3] Ibid., p. 16.
[4] Voir l’article «Objectif : équité» en page 7 de l’édition d’octobre 2005 du Journal du Barreau.
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