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Le Journal
Volume 37, no 16, decembre 2005

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Nouvelles bourses d'études à l'Université McGill

3 millions pour les droits de l'Homme

Étienne Gauthier, avocat

L’Université McGill offrira, à partir de la prochaine année, cinq bourses d’études de 25 000 $ chacune à des étudiants désirant poursuivre des études de deuxième et troisième cycles reliées aux droits de l’Homme. L’octroi de ces bourses est rendu possible par le don de trois millions de dollars d’un ancien diplômé de la Faculté de droit de l’Université, David O’Brien, président du conseil du groupe RBC (Royal Bank of Canada) et président d’Encana, une société pétrolière et gazière.


Le doyen de la Faculté de droit de l'Université McGill, Nicolas Kasirer, M. David O'Brien et la principale de McGill, Heather Munroe-Blum

Ainsi, cinq étudiants par année se verront attribuer 25 000 $ pour financer leur année d’études. Ces étudiants pourront voir ce montant être renouvelé pour une deuxième année. De plus, l’Université McGill offrira aux boursiers un bureau de travail privé et des subventions pour qu’ils puissent présenter le résultat de leurs travaux dans différentes conventions. Toutefois, l’Université ne va pas jusqu’à garantir la publication des travaux. Pour les boursiers qui viendront de l’extérieur du pays, l’Université compensera le montant qu’ils auront déboursé pour leurs frais de scolarité, de telle sorte qu’ils paieront les mêmes frais de scolarité que les étudiants d’ici.

Qui et quand? Info à venir…

Pour le moment1, l’administration et la gestion des bourses d’études O’Brien ne sont pas encore totalement définies. « Cela devrait prendre encore un mois ou deux avant que la Faculté de droit et la Faculté des études supérieures de l’Université définissent les critères de sélection, le processus d’application, les dates butoirs et autres détails techniques afin d’octroyer ces bourses », nous dit René Provost, directeur du Centre sur les droits de la personne et le pluralisme juridique de l’Université McGill, auquel se rattacheront les boursiers. « Évidemment, les étudiants seront choisis sur la base de la qualité de leur dossier scolaire. Non seulement cela inclut-il les résultats scolaires, mais aussi les publications, les lettres de recommandation supportant la candidature et l’originalité du projet de recherche proposé », souligne Me Provost.
Ce dernier admet d’emblée sa préférence pour les candidats au doctorat, ne serait-ce que par « le caractère considérablement plus ambitieux d’un tel projet, comparativement aux raisons qui peuvent pousser un étudiant à faire une maîtrise ». Il ajoute du même souffle : « Le but des bourses O’Brien est de favoriser la continuité et l’accès à des études supérieures dans le domaine des droits de l’Homme. En rien une préférence pour les études doctorales ne vient en contradiction avec l’esprit de ces bourses. »

Positionnement sur la scène internationale

Par l’octroi de ces bourses, l’Université McGill vise à recruter les meilleurs étudiants voulant poursuivre leurs études supérieures dans le domaine des droits de l’Homme. « Grâce à ces bourses, nous serons à même de rivaliser avec les plus grandes universités, comme Oxford ou Harvard, dans le recrutement des meilleurs étudiants dans le domaine », explique Nicolas Kasirer, doyen de la Faculté de droit de l’Université McGill.
M. Kasirer souhaite développer un réseau de spécialistes en droit de la personne qui auront le pouvoir de changer véritablement la nature même de la discipline : « Dans 20 ans, je prévois qu’un réseau de boursiers O’Brien établira une nouvelle norme en matière de droits de la personne dans les pays du monde entier. »

Recherches en mode armslenght

Les boursiers se grefferont au Centre sur les droits de la personne et le pluralisme juridique de l’Université McGill, dirigé par Me Provost. « Les étudiants pourront aussi bien travailler sur la gouvernance autochtone au Canada, sur des sujets reliés à l’aide humanitaire ou tout autre sujet de leur choix. Le spectre de recherche est large, et la démarche de l’étudiant sera toujours respectée, en autant qu’elle s’inscrive dans la large perspective des droits de l’Homme », souligne Me Provost avant d’ajouter que « l’étudiant sera seul maître à bord de son projet, c’est-à-dire qu’il décidera de son sujet et de l’angle d’attaque; le professeur avec qui il se sera entendu quant à la direction de ses travaux ne sera là que pour l’épauler et non imposer son point de vue. Autrement, ces étudiants seraient sous l’emprise et les diktats d’une autre génération. Les idées nouvelles auraient de la difficulté à naître dans un tel contexte. »

Philanthropie

À ceux qui verraient dans cette donation le geste d’un philanthrope intéressé, Me Provost répond de façon cinglante : « Même en faisant preuve de beaucoup de cynisme quant à la donation de cet homme qui provient du milieu des affaires, il est impossible d’y voir un motif autre que celui de vouloir aider des étudiants à poursuivre leurs études dans le domaine des droits de l’Homme. »
Même son de cloche du côté de M. Kasirer : « Par cette donation, M. O’Brien cherche à reproduire socialement qui il est. Il aurait été facile pour lui de laisser une trace matérielle de cette donation, par l’achat de volumes ou la rénovation d’un édifice… Mais M. O’Brien a choisi d’investir dans la recherche sur les droits de l’Homme. Il vise ainsi à aider des étudiants talentueux qui veulent faire une différence dans ce domaine. »



[1] Du moins au moment où nous mettions sous presse.

N.D.L.R. : Le Journal du Barreau a demandé à avoir un entretien avec M. O’Brien. Ce dernier a décliné notre invitation.

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